Moscou fournirait des informations à l'Iran
Vladimir Poutine est-il en train de creuser sa propre tombe au Moyen-Orient?

Depuis plusieurs jours, la Russie fournirait à l'Iran des renseignements sur les positions américaines. Malgré de sérieux soupçons, l'attitude de Trump à ce sujet reste étonnamment très mesurée.
1/2
Selon plusieurs médias américains, Poutine fournirait à Téhéran des informations sur les positions américaines au Moyen-Orient.
Photo: Getty Images
RMS_Portrait_AUTOR_823.JPG
Samuel Schumacher

La Russie n'est pas un allié fiable. Quand les rebelles syriens ont renversé Bachar al-Assad en 2024, Moscou n'a pas agi pour le soutenir. Au début de l'année, le Kremlin est resté passif face à la capture de Nicolas Maduro par les Etats-Unis. Depuis une semaine, la Russie se déclare inquiète alors que l'Iran, son allié, voit son régime menacé sans aucune aide militaire concrète de Moscou.

On ne peut guère compter sur Vladimir Poutine. Du moins selon toute apparence. Plusieurs grands médias américains avancent que Moscou fournirait depuis quelques jours à Téhéran des renseignements sur la position de navires et de bases militaires des Etats-Unis.

Une décision lourde de risques, considérée comme l'une des plus graves erreurs stratégiques du Kremlin depuis des années, avec des conséquences possibles pour la Russie. La frappe iranienne sur une installation militaire américaine au Koweït, au cours de laquelle six citoyens américains ont été tués, n'a probablement été possible qu'avec le soutien des services secrets russes.

Selon plusieurs experts militaires, l'Iran a déjà perdu une grande partie de ses capacités de renseignement après ces premiers jours de guerre. Repérer seul les forces américaines représente un vrai défi. Autrement dit, sans l'aide russe pour fournir ces informations, les dirigeants iraniens seraient nettement moins bien informés, voire aveugles sur certains fronts.

La Russie paie ses dettes

Il semble toutefois que Moscou n'ait pas oublié le soutien apporté par l'Iran au moment crucial: au début de la guerre en Ukraine, Téhéran a fourni à la Russie des drones kamikazes de type Shahed, qui sont devenus l’un des principaux moyens utilisés pour frapper des cibles civiles ukrainiennes. Par la suite, les Iraniens ont également aidé les Russes à construire une usine de fabrication de drones. Les ingénieurs russes y assemblent désormais eux-mêmes des drones de combat (Geran-2 et Geran-3), conçus sur le modèle iranien.

En contrepartie de ces services, Téhéran reçoit désormais des renseignements sur les positions américaines. Point important: la Russie ne semble pas transmettre à l'Iran ce que l'on appelle des «dossiers complets de ciblage».

Ces dossiers ne se limitent pas aux coordonnées GPS; ils incluent aussi des recommandations précises sur les modes d'attaque, les armes à utiliser et les vulnérabilités de la cible. Fournir de tels éléments reviendrait à s'impliquer activement dans le conflit.

La retenue suspecte des Américains

Dans un tel contexte, on pourrait légitimement s'attendre à une vive réaction des Etats-Unis. Or, jusqu'à présent, il n'y a pas eu de véritable indignation publique. Interrogé sur une possible ingérence russe, Donald Trump a qualifié la question de «stupide». De son côté, son ministre de la Défense, Pete Hegseth, a minimisé le sujet lors d'une interview accordée à CBS, affirmant que la Russie «ne joue pas vraiment un rôle» dans ce conflit. Il a ajouté que Trump «réagirait avec fermeté» face à toute implication avérée.

La porte-parole de Trump, Karoline Leavitt, a finalement affirmé que cette affaire importait peu tant que les Etats-Unis «écrasaient» le régime iranien. De son côté, l'émissaire de Trump, Steve Witkoff, a déclaré sans détour avoir demandé aux Russes de ne pas transmettre de données à l'Iran.

On peut supposer que l'équipe de Trump cherche à ne pas compromettre les discussions en cours avec la Russie sur d'éventuels accords commerciaux. mais en coulisses, la pression exercée sur le régime de Poutine devrait s'intensifier nettement.

L'Ukraine à la rescousse

La mort de soldats américains, qui serait liée à la transmission d'informations par la Russie, suscite aussi la colère des responsables politiques républicains. Par ailleurs, l'Ukraine apporte un soutien précieux aux Etats-Unis dans la lutte contre les drones de combat iraniens: le président Volodymyr Zelensky envoie actuellement des spécialistes au Moyen-Orient afin de montrer aux pays arabes et aux Américains comment neutraliser les drones Shahed en vol.

Donald Trump ne peut donc pas se permettre de fermer les yeux trop longtemps sur les agissements de la Russie. Au contraire, il est tout à fait envisageable que les Etats-Unis renforcent leur coopération en matière de renseignement avec l'Ukraine. Depuis le début de la guerre, les Américains transmettent déjà à Kiev des données de ciblage sur les positions russes – sans toutefois fournir de «dossiers complets de ciblage».

L'atout de Poutine: ses prisonniers politiques

Récemment, les forces de Vladimir Poutine ont perdu du terrain face aux troupes ukrainiennes, et le Kremlin demeure loin d'atteindre ses objectifs de guerre. Si Washington décidait de répondre à ses agissements en faveur de l'Iran – en intensifiant par exemple la coopération entre les services de renseignement américains et ukrainiens – la position de la Russie pourrait rapidement s'affaiblir.

Mais Poutine a encore un atout dans sa manche: si Trump devait aller jusqu'au bout, le dirigeant russe pourrait chercher à l'amadouer avec un geste spectaculaire. La Russie héberge en effet plusieurs personnalités connues que Trump préférerait voir comparaître devant la justice américaine – ne serait-ce que pour l'impact symbolique et médiatique. 

Parmi elles figurent l'ancien dirigeant syrien Bachar al-Assad ou encore l’ex-consultant du renseignement américain Edward Snowden. Dans le contexte international actuel, l'idée qu'un détenu politique puisse être livré en guise de compensation diplomatique n'apparaît plus totalement inimaginable.

Articles les plus lus