Que fait, dans les eaux du golfe Persique, le navire de surveillance chinois Liaowang-1? Fonctionne-t-il, à quelques milles nautiques de l’impressionnante armada aéronavale américaine déployée dans la région, comme un QG électronique flottant, capable de suivre en temps réel les tirs de missiles américains et les mouvements de l’US Navy? Accompagné de deux navires d’escorte, le Liaowang-1 est en tout cas à l’image de la Chine dans le conflit déclenché, le 28 février, par les frappes aériennes israéliennes et américaines: il suit les événements. Il se tient en embuscade.
Les autorités chinoises ont publié, depuis l’attaque contre le complexe où a trouvé la mort le Guide suprême Ali Khamenei aux premières heures du matin, le 28 février, plusieurs communiqués. Tous disent la même chose : Pékin dénonce le fait qu’Israël et les Etats-Unis n’ont pas sollicité l’accord de l'Organisation des Nations unies (ONU) avant d’attaquer l’Iran. «Ils ont mené des frappes militaires sans l’autorisation du Conseil de sécurité de l'ONU, ce qui constitue une violation du droit international», a déclaré, lundi, la porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Mao Ning. Conséquence: la Chine «s’oppose résolument et condamne fermement» l’attaque et l’assassinat du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. D’autant que cette attaque est intervenue en pleine négociation sur le programme nucléaire iranien.
Le droit international bafoué
La réalité, pour la Chine, est plus complexe que cette défense officielle du droit, et ce pour deux raisons. La première est qu’en termes d’intérêts commerciaux, hors pétrole, Pékin a beaucoup plus intérêt à ménager ses relations avec les pays du Golfe attaqués par l’Iran qu’avec Téhéran. La preuve en a été apportée, ces dernières années, par la multiplication des partenariats avec ceux-ci: «partenariats stratégiques globaux» avec l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn ; «partenariats stratégiques» avec l’Irak, la Jordanie, le Koweït, Oman, le Qatar, la Syrie, la Turquie et l’Autorité palestinienne ; «partenariats de coopération amicale» avec le Liban et le Yémen et, enfin, «partenariat global innovant» avec Israël.
Moralité: le régime chinois doit avant tout s’assurer que sa présence dans la région ne sera pas remise en cause à la fin du conflit. «Cette réalité économique pousse la Chine à investir beaucoup plus massivement dans les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), où la stabilité financière, la prévisibilité politique et l’ouverture institutionnelle favorisent des partenariats stratégiques durables et le développement d’infrastructures, contrairement à l’Iran», notait, en juillet 2025, un article détaillé du site The Conversation.
Enlisement américain
Deuxième raison de cette discrétion : la Chine a tout à gagner d’un enlisement américain, si celui-ci devait advenir. En clair : pour Pékin, le conflit n’est pas du tout terminé, malgré la supériorité aérienne écrasante des Etats-Unis et d’Israël. Les Chinois se savent en outre épiés par les satellites du commandement spatial des Etats-Unis qui, à coup sûr, repéreraient des livraisons d’armes à l’Iran si elles avaient lieu.
«En termes d’appui militaire direct, ce qui devait être livré par les Chinois à la République islamique l’a été après la guerre des «douze jours» de juin 2025», estime un expert. Pour Pékin, le travail a été fait et l’important est de savoir combien de temps le régime iranien peut tenir. Plus les semaines passent, plus les ruines de bâtiments publics iraniens s’accumulent, plus la Chine engrange, par défaut, une forme de sympathie face aux agresseurs.
Dépendance énergétique
L’argument le plus souvent cité, enfin, est la dépendance énergétique de la Chine, qui l’oblige à ménager l’avenir. Sauf que là aussi, l’affaire est délicate. Les 50 millions de barils de pétrole iraniens actuellement stockés dans des tankers au large des côtes chinoises pèsent peu face aux importations d’or noir en provenance d’Arabie saoudite, des Etats-Unis et du Koweït, tous fournisseurs de pétrole brut de la République populaire de Chine (RPC), loin devant l’Iran. La seconde puissance économique mondiale a, par ailleurs, tout misé sur la réduction de sa dépendance pétrolière ces dernières années pour éviter, justement, de se retrouver prise en otage par un conflit qui paralyserait ses fournisseurs.
Conclusion: garder un silence entrecoupé de communiqués est une bonne méthode pour se ménager, dans tous les cas, une porte de sortie. Un très bon moyen aussi, pendant que les Etats-Unis s’épuisent dans le golfe Persique, de continuer à resserrer l’étau sur Taiwan, défendu par les mêmes technologies américaines et israéliennes aujourd’hui à l’œuvre dans le golfe.