Son armada navale est prête
La guerre de Trump en Iran ne sera pas celle qu'on croit

La marine américaine dispose désormais de tous les moyens nécessaires pour attaquer le régime des ayatollahs iraniens et venir en aide à la révolte populaire. Mais Donald Trump a d'autres possibilités.
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Le porte-avions américain Abraham Lincoln est l'un des fleurons de l'US Navy, déployé dans le Golfe persique.
Photo: AP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Il a désormais tous les moyens militaires nécessaires pour agir. Avec l’arrivée, au large de l’Iran, du groupe aéronaval conduit par le porte-avions Abraham Lincoln, Donald Trump peut frapper à tout moment la République islamique. Loin du golfe Persique, les bombardiers furtifs B-2 de l’US Air Force, ses «monstres» que le président américain adore, sont aussi en alerte sur leur base de Whiteman (Missouri), aux États-Unis, et sur l’ile de Diego Garcia, dans l’océan Indien. Mais frapper comment et quoi? S’agit-il de décapiter le régime des ayatollahs pour obtenir sa chute? Ou Trump cherche-t-il à entamer une négociation avec les mollahs, au pouvoir depuis 1979 dans ce pays de 92 millions d’habitants?

La réalité est que la guerre que Donald Trump et ses généraux sont en train de préparer ne ressemblera sans doute pas aux scénarios évoqués dans les médias. Pour l’heure, trois types d’interventions sont évoqués. Or aucune ne permettrait, à coup sûr, d’obtenir un avantage décisif et de conclure cette affaire en quelques heures et sans pertes américaines, ce qu’exige le président des États-Unis.

Une opération spectaculaire

Le premier scénario sur la table de Trump, dans son bureau ovale à Washington, la capitale fédérale noyée sous une tempête de neige, est celui de frappes aériennes spectaculaires et ciblées, comme cela fut le cas dans la nuit du 21 au 22 juin 2025, durant la guerre des 12 Jours entre Israël et l’Iran. L’objectif était alors d’en finir avec le programme nucléaire iranien. Et le résultat, aussi impressionnant soit-il en termes de logistique et de précision, ne semble pas avoir été définitif. L’Iran, en tout cas, n’a pas cédé. Son programme nucléaire n’a pas été abandonné. A quoi bon, dès lors, suivre le même mode d’emploi?

Le second scénario est aussi celui de frappes aériennes, peut-être menées conjointement avec Israël, mais avec pour cible les forces de sécurité iraniennes qui mènent l’atroce répression en cours contre la population, révoltée par la détérioration de ses conditions de vie. Selon des organisations de défense des droits de l’homme, le bilan de la répression s’établirait entre 10'000 et 35'000 morts. Les responsables? Les milices «bassidji», armées par les Gardiens de la révolution. Problème: aucune frappe, aussi ciblée soit-elle, ne peut décapiter ces milices dont les chefs sont souvent autonomes et éparpillés. Le risque de guerre civile serait maximal. On estime aussi que le fait de tuer l’ayatollah Khamenei (86 ans), guide suprême de la révolution, ne conduirait pas au démantèlement de la République islamique. Moralité: le démantèlement du pouvoir ne peut intervenir qu’avec une intervention au sol, ce dont Trump ne veut absolument pas.

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Embargo maritime

Troisième option: l’embargo maritime et l’interdiction de tout commerce du pétrole iranien, dont le principal client, de très loin, est la Chine. L’armada navale américaine peut le faire, et l’asphyxie du régime et des Gardiens de la révolution serait réelle. Mais l’Iran est un grand pays, frontalier de l’Irak, de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie, de la Turquie ou encore du Pakistan. Imaginer que les trafics ne se poursuivent pas par voie terrestre, avec tous ses voisins, est illusoire. L’Iran n’est pas une île. L’efficacité d’un tel étranglement maritime demeure donc discutable.

Deux autres scénarios, plus surprenants compte tenu des risques qu’ils impliquent, permettraient en revanche à Trump d’obtenir les deux objectifs recherchés: l’abandon total du programme nucléaire iranien et le desserrement de l’étreinte policière sur la population révoltée.

Forces spéciales

Le premier est celui d’une intervention duale: frappes aériennes et forces spéciales au sol, comme au Venezuela. Dans ce cas, les commandos envoyés pourraient être israéliens. Leur mission serait d’éliminer les structures de commandement des Gardiens de la révolution, après la destruction de tous les radars et des batteries antiaériennes. La condition pour que cela fonctionne? Qu’une partie du régime iranien actuel soit acquise au changement. L’option la plus probable serait un coup d’Etat militaire. L’armée prendrait le pouvoir. Les commandes du pays resteraient aux mains des Iraniens. La famille de l’ayatollah Khamenei pourrait être exfiltrée ou éliminée.

Le second scénario est celui d’une infiltration de commandos au sein de la population en lutte. Cela voudrait dire que des armes ont été acheminées sur le terrain. Il s’agirait alors d’une révolution aidée, voire guidée, par les Américains. La revanche sur le régime des mollahs serait totale. Parvenu au pouvoir par la rue, celui-ci serait chassé de la même façon.

Impressionner les cadres du régime

Au final, l’ironie de la situation est que les moyens militaires très lourds acheminés dans le golfe Persique par l’US Navy (Marine des Etats-Unis) compteront moins que le renseignement humain, maîtrisé par les Israéliens. En revanche, la présence de cette armada joue un rôle crucial: impressionner les cadres du régime et les inciter à faire sécession maintenant, avant un déluge potentiel de frappes aériennes.

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