Donald Trump est persuadé qu’un «deal» est encore possible avec le régime iranien, en train de réprimer son peuple descendu dans la rue. Le président des Etats-Unis l’a dit ce week-end, alors que trois diplomates américains s’envolaient pour Oman, où ils rencontreront sans doute des émissaires du pouvoir à Téhéran. Mais pour négocier quoi?
Le Guide suprême Ali Khamenei, 86 ans, a lancé vendredi 9 janvier un appel clair à la répression, tout comme le président de la République islamique, Massoud Pezechkian. Et ce, alors que des chiffres alarmants circulent sur le nombre de morts parmi les protestataires, tués par les forces de l’ordre. «L’Iran est tout à fait prêt à la guerre mais également à des négociations», a déclaré pour sa part, lundi 12 janvier, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi.
Reste l’option militaire. Une intervention sous forme de frappes ciblées pour décapiter le régime iranien au pouvoir depuis 1979. Cette option a été soumise à Trump par son état-major ce week-end en Floride, où il se trouvait. A quoi ressemblerait un coup d’éclat militaire américain? Sans doute à cela…
Pas de troupes au sol
Ce qui semble acquis est le non-déploiement de troupes au sol, même sous la forme d’une opération spéciale menée par les commandos d’élite Delta ou Navy SEALs, comme on l’a vu dans la nuit du 2 au 3 janvier à Caracas, au Venezuela, pour l’enlèvement du président Nicolás Maduro, aujourd’hui détenu dans un pénitencier new-yorkais, de même que son épouse, capturée avec lui.
Pourquoi? Parce que l’Iran est beaucoup plus éloigné des Etats-Unis que le Venezuela, et parce que l’histoire exige la plus grande prudence. Donald Trump se souvient à coup sûr de l’échec cuisant de l’opération «Eagle Claw» (« Serre d’aigle ») des 24 et 25 avril 1980, conçue pour libérer les 53 otages de l’ambassade américaine à Téhéran, détenus par le régime naissant des ayatollahs. Echec sur toute la ligne! Huit militaires américains furent tués, des hélicoptères abandonnés sur place et des documents compromettants pour la CIA tombèrent aux mains des mollahs. Les otages furent ensuite libérés, via la médiation de l’Algérie, en janvier 1981. Mais le président sortant des Etats-Unis, Jimmy Carter, l’avait entre-temps payé cher, battu par Ronald Reagan à l’élection du 4 novembre 1980.
Hostilité des électeurs MAGA
L’autre raison de ne pas envoyer de commandos américains est l’hostilité de l’électorat MAGA (Make America Great Again) à toute intervention extérieure, surtout au Moyen-Orient, où le souvenir de l’intervention des Etats-Unis en Irak, en 2003, demeure cuisant. Quid, en revanche, d’une opération commando menée par les Israéliens, dont les services de renseignement ont de longue date infiltré le régime iranien, comme l’ont prouvé leurs frappes ciblées et l’assassinat, à Téhéran, le 31 juillet 2024, du leader du Hamas palestinien Ismaël Haniyeh? Cela serait beaucoup plus crédible. L’objectif serait alors de s’emparer de quelques dignitaires clés du régime, afin d’en décapiter les forces de sécurité. Mais attention, là aussi: le déploiement d’hommes en Iran constitue un énorme risque.
Le plus probable est donc que cette intervention américaine se fasse sous forme de frappes aériennes, en concertation avec une nouvelle offensive de l’opposition dans les rues, aidée par la reconnexion à Internet via le système Starlink d’Elon Musk. Pour l’heure, l’accès à Internet est complètement coupé en Iran, tout comme les télécommunications. Si, grâce à des terminaux Starlink passés par la frontière ou distribués clandestinement, Internet est partiellement rétabli, la coordination entre les protestataires redeviendra possible. Or, dans ce type de situation révolutionnaire, c’est le nombre de manifestants qui fait la différence. Les forces de sécurité du régime ne céderont que si elles sont submergées.
Cibles prioritaires
Qui frapper, et où? Trois cibles ont été identifiées comme prioritaires selon les médias américains. La première est l’infrastructure des Gardiens de la Révolution, ce corps d’environ 200'000 personnes entièrement dévouées au régime islamique, dont ils constituent la colonne vertébrale: cantonnements, casernes, centres d’entraînement, domiciles de leurs chefs… Ces frappes auront pour but moins de tuer les hauts responsables des Gardiens (sans doute cachés) que d’empêcher toute réponse coordonnée aux manifestations de masse.
La seconde cible est la famille de l’ayatollah Khamenei, le Guide suprême âgé de 86 ans, que Donald Trump affirme avoir épargné lors de la guerre de douze jours de juin 2025 entre l’Iran et Israël. Les Etats-Unis avaient alors frappé les sites nucléaires iraniens dans la nuit du 21 au 22 juin. Pourquoi n’avaient-ils pas cherché à décapiter le régime après la mort, sous un missile israélien, du chef des Gardiens de la Révolution, le général Mohammad Ali Jafari, le 13 juin 2025? Parce qu’ils manquaient de solution de rechange. Et parce que Washington voulait éviter un embrasement régional, tout en renonçant à un changement de régime. Aujourd’hui, la donne est différente: le clan Khamenei constitue un obstacle à tout changement. Il devient donc une cible.
Dépôts d’armes et casernes
Troisième cible: les dépôts d’armes du régime, mais aussi des lieux cruciaux pour l’organisation de la répression, comme des centres de commandement policiers, à coup sûr identifiés. Plus les milices gouvernementales seront désorganisées et paralysées, plus les manifestants pourront prendre le dessus sans risque de tuerie de masse. Là aussi, tout dépend de la qualité des renseignements dont disposent les Etats-Unis et Israël. Rappelons que l’Iran est un grand pays de 90 millions d’habitants. Deux millions vivent à Téhéran. La possibilité, pour le régime, de cacher ses effectifs de sécurité est donc grande.
Dernière cible enfin: les grands axes routiers, afin d’éviter tout envoi de renforts policiers ou militaires vers les villes débordées par les protestations. Mais attention: il faut aussi que les frappes américaines préservent certaines structures, comme celles de l’armée iranienne, présumée moins acquise au régime, afin de pouvoir rétablir l’ordre le moment venu. Si l’on additionne tout cela, le risque est immense. Pour Donald Trump, la meilleure solution serait, de loin, une reddition négociée du leadership actuel de la République islamique.