La colère gronde dans les rues iraniennes. Les manifestations qui ébranlent le pays depuis le 28 décembre 2025 ne semblent pas prêtes de s'apaiser. La vague de contestation sociale qui a pris forme au bazar de Téhéran, liée à l'effondrement du rial – monnaie locale –, à l'inflation et à la corruption s'est étendue aux 31 provinces de l'Iran, déferlant avec violence dans de nombreuses villes du pays. La grogne des citoyens contre la chute monétaire s'est rapidement transformée en contestation politique, avec des appels explicites au changement de régime visant la République islamique.
Mais ces protestations ont rapidement pris une tournure sanglante, soldées par une répression sévère: tirs à balles réelles, arrestations massives, coupures d'internet dans tout le pays. Si le bilan est difficile à établir au vu du blackout, des ONG font état d'un compte-rendu provisoire de plusieurs centaines de morts. Alors que les manifestations s'étendent au-delà même du pays, de nombreux Iraniens qui étaient déjà descendus dans les rues en 2009 et 2022, remettent désormais frontalement en cause le régime, dont la légitimé semble plus fragile que jamais.
Dans ce contexte brûlant, une ombre fantôme plane au dessus des manifestants. Sur les slogans, dans les chansons ou en photo, un nom et un visage reviennent sans cesse: Reza Pahlavi. Mais qui est cet ancien prince héritier qui revient hanter le régime, près de 40 ans après la chute de son père?
Un «prince» en exil
Reza Pahlavi, fils du dernier chah déchu Mohammad Reza Pahlavi, est officiellement désigné prince héritier d'Iran en 1967, sept ans après sa naissance, sous le règne de son père. Mais ce titre s'évapore avec la révolution de 1979 qui entraine la chute de la monarchie. A 18 ans, Reza Pahlavi s'exile aux Etats-Unis où il suit une formation de pilote de chasse interrompue par l'effondrement du régime, avant de s'installer durablement à Washington. Il ne remettra jamais les pieds en Iran.
Un interlocuteur politique
Mais le pays ne l'a pas oublié. Depuis son lieu d'exil, Reza Pahlavi qui a désormais 65 ans, se présente comme un opposant au régime islamique et comme un partisan d’une transition démocratique. Il tente de s'imposer comme une figure de rassemblement et rappelle sa volonté d'exister comme interlocuteur politique pour son pays.
L'ancien prince héritier du trône assure ne pas revendiquer le retour de la monarchie et plaide pour que les Iraniens choisissent eux-mêmes leur futur système politique. Mais ce que Reza Pahlavi veut avant tout, c'est l'affaiblissement du régime. Quitte à pactiser avec l'ennemi.
Un booster de la révolte
Loin de son pays, Reza Pahlavi vient pourtant attiser les flammes qui s'emparent des rues iraniennes. Depuis l'étranger, il multiplie les appels à la rue et cherche à capter l'attention de son peuple par une stratégie de communication forte: vidéos sur les réseaux sociaux, messages en persan et en anglais, appels à des rassemblements de masse et à des grèves dans des secteurs clés de l'économie (transports, pétrole, gaz, énergie). «Grande nation iranienne, le monde entier a les yeux rivés sur vous. Descendez dans la rue et, unis, faites entendre vos revendications», écrivait-il sur les réseaux sociaux le jeudi 8 janvier, en tentant de s'imposer comme une voix centrale du soulèvement.
De son exil américain, Reza Pahlavi voit son visage apparaître sur les affiches des manifestants et son nom scandé dans les cortèges. Peu à peu, les symboles monarchiques refont surface au coeur de la foule en colère qui grossit chaque jour un peu plus. Un tremplin politique inespéré.
Un personnage controversé
Mais cette ascension publique s'accompagne de fortes limites. En Iran, Reza Pahlavi divise profondément. Si une partie de la population, notamment parmi les plus âgés, exprime une nostalgie de l'époque du chah jugée «plus ouverte et moderne», d'autres Iraniens rejettent fermement l'héritage monarchique des Pahlavi, associé à la dictature, à la police politique et à la répression. Le slogan «ni chah, ni mollah», illustre ce double rejet d'un peuple qui aspire à la liberté.
D'un autre côté, les interventions politiques du fils du chah déchu alimentent la controverse. Reza Pahlavi avait notamment choqué les Iraniens par sa proximité affichée avec Israël, ennemi juré de l'Iran. Ce dernier avait rendu visite au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en 2023, avant de le féliciter pour ses frappes sur l'Iran en 2025 qu'il avait qualifiées d'«opportunité» contre le pouvoir iranien. Des propos vivement critiqués, notamment en raison des victimes civiles.
Un revenant?
Par cette fenêtre politique, Reza Pahlavi affirme se tenir prêt à revenir en Iran si le régime s'effondre. «Je me prépare (…) à rentrer dans ma patrie pour être avec vous, grande nation iranienne, lorsque notre révolution nationale aura triomphé. Je crois que ce jour est très proche», a-t-il assuré dans une vidéo publiée sur X samedi 10 janvier.
Mais les obstacles sont nombreux: d'une part, l'exilé n'a pas refoulé le sol iranien depuis des décennies. Il ne dispose donc ni de relais politiques solides dans le pays, ni de forces organisées. Conscient de cette faiblesse, Reza Pahlavi a sollicité l'aide de Donald Trump, lui demandant d'être «prêt à intervenir pour soutenir le peuple iranien». De son côté, le président américain entretient le flou, multipliant toutefois les menaces contre Téhéran avec une potentielle intervention militaire.
Alors que le peuple iranien retient son souffle, Reza Pahlavi demeure surtout un symbole: visible, clivant, omniprésent dans le débat, mais loin encore d’un pouvoir réel.