Les ayatollahs (presque) KO
Révolution en Iran: ces 5 facteurs peuvent tout bouleverser

Le régime de la République islamique peut tomber à tout moment. La plupart des experts le jugent même fini, au vu des manifestations massives dans le pays. Mais attention: tout va dépendre de ces 5 facteurs.
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Les importantes manifestations en Iran sont désormais confrontées à la pire répression policière.
Photo: AP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Ils sont le dos au mur. Ils savent que les milliards de dollars accumulés depuis les débuts de la République islamique (y compris en Suisse par où transite l'or du régime), en 1979, peuvent leur échapper. Les Gardiens de la révolution et l’élite du régime iranien sont peut-être sur le point de tout perdre, alors que des manifestations monstres se poursuivent dans les villes du pays. Le plus directement visé ? Le clan familial du Guide suprême de ce pays musulman chiite: l’ayatollah Ali Khamenei, 86 ans. En cas de victoire de la révolution, ce vieillard et son fils peuvent se retrouver devant un tribunal et être exécutés, eux qui ont utilisé sans relâche la peine de mort pour régner sur l’Iran depuis un demi-siècle.

Mais vont-ils vraiment céder le pouvoir? Les Pasdarans (Gardiens de la révolution) et les Bassidjis (membres des forces de sécurité intérieure) peuvent-ils lâcher prise? Tout va dépendre de ces cinq facteurs.

Tuer ou être tués

La violence de la répression a commencé à s’abattre ce week-end dans toutes les villes d’Iran, où l’accès à Internet a été coupé. Des images parviennent néanmoins à l’étranger et montrent toutes des membres des services de sécurité qui n’hésitent pas à tirer sur la foule de manifestants. Le Guide suprême Ali Khamenei a d’ailleurs changé de ton lors de son prêche de vendredi. Il avait d’abord enjoint les forces de l’ordre à discuter avec les protestataires. Il a maintenant donné le feu vert à la répression, en arguant de la destruction de bâtiments publics. Les forces du régime doivent tuer ou être tuées. La question décisive sera dès lors celle du nombre, et celle de l’attitude de l’armée iranienne, distincte de l’appareil répressif. Des images qui sont parvenues à sortir d'Iran montrent des tirs à balles réelles contre les manifestants. Les chiffres sur le nombre de victimes vont de 200 à 2000.

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Trump, ses cibles et ses frappes

Selon le «New York Times», le président des Etats-Unis a été briefé, samedi 10 janvier, par son état-major sur les options de frappes visant à décapiter le régime iranien, et surtout sa composante sécuritaire. Lors de la «guerre des douze jours» entre Israël et l’Iran, en juin 2025, Trump avait ordonné des frappes sur les sites nucléaires du pays. Il avait ensuite affirmé qu’il aurait pu en finir avec le Guide suprême Ali Khamenei. Vrai? Faux? La réalité est que le régime islamique iranien est infiltré au plus haut niveau par les services de renseignement israéliens, qui ont réussi à tuer le leader du Hamas palestinien, Ismaël Haniyeh, lors d’une frappe (ou d’une explosion) à Téhéran, où il se trouvait, en juillet 2024. Chaque haut cadre du régime iranien a donc une cible sur la tête. Parallèlement, trois diplomate américains sont présents ce lundi à Oman pour des pourparlers sur l'Iran. Avec qui? Mystère.

Un régime déjà divisé?

C’est la théorie de nombreux experts de l’Iran, selon lesquels les Gardiens de la révolution, qui contrôlent environ la moitié de l’économie de ce pays de 90 millions d’habitants, doté des troisièmes réserves mondiales de pétrole et de gaz – mais soumis à d’importantes sanctions internationales –, seraient prêts à se séparer des dignitaires religieux qui dirigent l’Iran. Le Guide suprême, malade (il serait sous dialyse), pourrait être écarté, de même que son fils et sa famille. Le président de la République, Massoud Pezeshkian, élu le 5 juillet 2024 et considéré comme un pragmatique, pourrait incarner l’alternance sans que le régime soit déboulonné. Mais il a, dimanche, assumé une répression sans faille des émeutiers aux ordres, selon lui, des Etats-Unis et d'Israël.

Problème: Washington et Jérusalem semblent désormais croire un changement de régime possible. A Washington, où il vit en exil, le fils du Shah (le monarque iranien renversé en 1979), Reza Pahlavi, est très présent dans les médias. Alors, quelle alternance? Rappelons que Trump s'accommode fort bien de régimes autoritaires, dès lors qu'ils servent ses intérêts.

La foule ou la mort

Il n’y a souvent qu’une issue aux révolutions en marche: celle du nombre. L’actuelle révolution iranienne n’y échappe pas. La seule force des manifestants, mobilisés depuis des années, est de déferler en masse dans les villes pour submerger les forces de sécurité, au risque de nombreux morts. On se souvient du mouvement «Femme, vie, liberté», qui a démarré en 2022 suite à la mort en détention d’une jeune étudiante kurde iranienne, Jina Mahsa Amini, arrêtée pour avoir refusé de porter le voile.

Le courage des femmes iraniennes a impressionné le monde entier. Beaucoup, aujourd’hui, refusent le voile et déchirent les portraits des religieux en pleine rue. Mais le mouvement a été maté. Aujourd’hui, la donne est sociale: le mouvement actuel est parti du bazar de Téhéran. Les Iraniens n’en peuvent plus d’être appauvris. Seule la foule pourra renverser les mollahs.

Israël, maître clandestin

Donald Trump attire sur lui les projecteurs mondiaux. Il se fait briefer sur de potentielles frappes auxquelles le régime iranien a promis de répondre, ce week-end, par des attaques contre les bases militaires américaines dans la région et contre des navires américains. Le but du régime islamique est de brandir le spectre de pertes humaines que le président des Etats-Unis aurait beaucoup de mal à faire accepter à sa base électorale, hostile à toute intervention lointaine. Reste l’option Maduro, en référence à la capture du président vénézuélien à Caracas le 3 janvier: un ou plusieurs enlèvements de hauts responsables du régime iranien, ou une vague d’assassinats ciblés, comme ce fut le cas pour le Hamas avec l’opération des «bippers» le 17 septembre 2024. Or seuls les services secrets israéliens peuvent mener une telle opération. Possible? La lutte clandestine, en Iran, appartient à l’Etat hébreu.

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