Ali Khamenei est un survivant. Le Guide suprême iranien avait été averti voici quelques mois par Donald Trump, à l’issue de la guerre des Douze Jours (du 13 au 25 juin 2025): s’il l’avait voulu, le président des États-Unis aurait pu en finir avec celui qui le considère toujours comme le «Grand Satan». Il aurait suffi d’une bombe. En clair: les services de renseignement américains et israéliens disposent, en temps réel, de toutes les informations pour décapiter le régime au pouvoir à Téhéran depuis la révolution islamique de 1979.
Vrai? Faux? Ce flou trumpiste agit en tout cas comme un élément galvanisateur pour les centaines de milliers d’Iraniens qui ont décidé de descendre dans les rues pour réclamer le départ des ayatollahs. Partie du bazar de Téhéran, cette vague de manifestations a contaminé l’ensemble des villes du pays, menaçant de submerger les services de sécurité, lesquels savent qu’ils sont sous surveillance de Wahington et Jérusalem. Les chefs des Gardiens de la révolution, tout comme Ali Khamenei, ont de facto une cible sur le front, avec le risque d’être visés à tout moment par une frappe en provenance des États-Unis ou de l’État hébreu.
Un soulèvement
L’autre élément décisif, dans ce qui ressemble fort à un soulèvement, est le délabrement de l’économie nationale. Les revenus des hydrocarbures, cruciaux pour nourrir le régime et ses «gardiens», ont considérablement diminué, et la prise de contrôle du Venezuela par les Etats-Unis va accroître les pressions. Autre facteur aggravant: la Russie de Vladimir Poutine est aujourd’hui tout, sauf un bouclier fiable pour les ayatollahs.
Moscou n’a pas eu d’autre choix que de laisser tomber son allié Bachar al-Assad, soutenu par Téhéran, lorsque les islamistes se sont emparés de Damas en décembre 2024. Poutine vient de subir une nouvelle défaite politique avec la capture du président vénézuélien Maduro. L’embargo pétrolier, que les Etats-Unis viennent de resserrer en interceptant deux tankers de la flotte fantôme russe, commence à faire très mal. Les Iraniens se retrouvent, par conséquent, sans alliés.
Une série de scandales, dont l’un porte sur la disparition récente de huit milliards de dollars de revenus du pétrole, alimente aussi ce mécontentement. Les cadres du régime anticipent-ils sa chute possible alors que l'héritier du Shah, Reza Pahlavi, multiplient les appels pour la prise des centre-villes par les protestataires? Selon les ambassades occidentales présentes à Téhéran, les demandes de visa des familles de l’élite iranienne ont considérablement augmenté. La vulnérabilité du régime, prouvée depuis l’élimination, le 31 juillet 2024, du dirigeant du Hamas palestinien Ismaël Haniyeh en plein Téhéran, est une évidence. Comment, dans ces conditions, compter sur la loyauté des forces de police, dont tous les commandants sont sans doute identifiés?
Frapper à nouveau
Trump l’a dit: il est prêt, s’il le faut, à frapper de nouveau, comme il l’a fait pour stopper le programme nucléaire iranien. Or cette menace pèse lourd. Les manifestants ne se sentent plus seuls, ce qui était largement le cas lors des protestations du mouvement «Femme, Vie, Liberté» de 2022-2023, à la suite de la mort, après son arrestation, de Mahsa Amini, une jeune femme kurde de 22 ans qui refusait de porter le voile.
Comment réprimer un mouvement qui prend de l’ampleur sans entrer en confrontation ouverte avec le «shérif» de Washington? Tel est le dilemme d’Ali Khamenei, le guide suprême âgé de 86 ans.