Au moins 45 morts
Manifestations massives en Iran, internet coupé dans tout le pays

L'Iran est coupé d'internet depuis jeudi, au 12e jour d'un mouvement de contestation meurtrier ayant fait au moins 45 morts. Des manifestations d'une ampleur inédite secouent le pays, dénonçant la crise économique et le régime islamique.
Les manifestations en Iran ont fait au moins 45 morts.
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

Le réseau internet a été coupé jeudi sur l'ensemble du territoire iranien, a rapporté une ONG au douzième jour d'un mouvement de contestation défiant le pouvoir. Le bilan est monté à 45 morts, selon une organisation basée en Norvège.

L'Iran est «actuellement en proie à une coupure d'internet à l'échelle nationale», selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks, se basant sur des «données en temps réel». «Cet incident fait suite à une série de mesures de censure numérique de plus en plus strictes visant les manifestations à travers le pays, et entrave le droit du public à communiquer à un moment critique», a écrit Netblocks sur le réseau social X.

Depuis le début du mouvement, parti le 28 décembre de Téhéran, des rassemblements ont eu lieu dans au moins une cinquantaine de villes, surtout dans l'ouest du pays, touchant 25 provinces sur 31, selon un décompte de l'AFP basé sur les annonces officielles et des médias. Ces manifestations, initialement liées au coût de la vie, sont les plus importantes en Iran depuis celles ayant eu lieu après la mort en 2022 de Mahsa Amini, arrêtée pour un voile prétendument mal ajusté.

Grosse foule à Téhéran

Plusieurs vidéos circulent sur différents comptes sur les réseaux sociaux montrant l'ampleur des manifestations à travers le pays. Une foule de manifestants s'est pressée jeudi sur une artère majeure du nord-ouest de Téhéran, au douzième jour d'un mouvement de contestation défiant le pouvoir en Iran, selon des vidéos publiées sur les réseaux sociaux et authentifiées par l'AFP. Dans ces images, de nombreux protestataires à pied et d'autres klaxonnant dans des voitures investissent une partie du boulevard Ayatollah Kashani.

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Des chaînes de télévision persanes basées en dehors de l'Iran et d'autres médias sociaux ont par ailleurs diffusé des images de grosses manifestations dans d'autres villes comme Tabriz, dans le nord du pays, et la ville sainte de Mashhad, à l'est.

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Journée meurtrière

Au moins 45 manifestants, dont huit mineurs, ont été tués au total, d'après un nouveau bilan publié jeudi par l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège. Mercredi a été la journée la plus meurtrière, avec 13 manifestants tués, selon elle.

«La répression s'étend et devient chaque jour plus violente», a déploré le directeur de l'ONG, Mahmood Amiry-Moghaddam, ajoutant que «des centaines» de personnes avaient également été blessées et plus de 2000 arrêtées.

Les médias iraniens et les autorités ont de leur côté fait état d'au moins 21 personnes tuées depuis le début des manifestations, dont des membres de forces de l'ordre, selon un décompte de l'AFP.

«Changement radical»

Dans ce contexte de plus en plus tendu, le président iranien Massoud Pezeshkian a de nouveau appelé à «la plus grande retenue» face aux manifestants, ainsi qu'au «dialogue» et à «l'écoute des revendications du peuple». Selon des vidéos authentifiées par l'AFP, les protestataires scandent des slogans tels que «c'est la bataille finale, Pahlavi reviendra», en référence à la dynastie chassée par la Révolution islamique en 1979. Ou encore «Seyyed Ali sera démis», du nom du guide suprême Ali Khamenei, au pouvoir depuis 1989.

«J'ai participé à toutes les manifestations depuis 2009», témoigne un habitant de Kermanshah (est), joint par messagerie. «La différence principale aujourd'hui, c'est la situation économique des gens (...), quoiqu'on fasse, on ne peut pas suivre l'inflation dont le régime est responsable», dit cet homme de 43 ans, appelant à «un changement radical et à la fin de la République islamique».

Les ONG rapportent un usage de gaz lacrymogène dans plusieurs localités pour réprimer les manifestations, ainsi que des tirs à balles réelles, notamment à Kermanshah et Kamyaran (est), où plusieurs personnes ont été blessées. A Abadan (ouest), selon l'IHR, une femme s'est fait tirer dessus, directement dans l'oeil, lors d'une manifestation mercredi soir. Un policier iranien a par ailleurs été poignardé en «participant aux efforts destinés à contrôler des troubles» près de Téhéran et est mort quelques heures après, a annoncé jeudi l'agence de presse iranienne Fars.

«Usage illégal de la force» des forces iraniennes

Selon Amnesty International, un «usage illégal de la force» a été observé depuis le début du mouvement. «Les forces de sécurité iraniennes ont blessé et tué» des manifestants mais aussi de simples témoins de ces événements, d'après l'organisation. Le chef de la diplomatie allemande a dénoncé jeudi un «usage excessif de la force» de la part du pouvoir iranien «contre des manifestants pacifiques», et appelé les autorités de Téhéran à «respecter leurs obligations internationales» en la matière.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des manifestants à Kuhchenar(sud), ont applaudi après avoir renversé une statue de Qassem Soleimani, important commandant des Gardiens de la Révolution tué dans une frappe américaine en Irak en 2020 et célébré en héros par la République islamique, selon une vidéo authentifiée par l'AFP.

Des chaînes de télévision en langue persane basées hors d'Iran ont également diffusé des images montrant une statue de Soleimani en feu dans la ville Kashan (centre). L'AFP n'était pas en mesure de vérifier ces images pour l'heure. La participation aux manifestations de mercredi est «sans précédent» depuis le début du mouvement, a soutenu Reza Pahlavi, fils de l'ancien shah et figure de l'opposition en exil, en appelant à poursuivre la mobilisation.

Trump menace

Donald Trump a menacé jeudi de «frapper très fort» l'Iran si les autorités «commençaient à tuer» des manifestants. «Je leur ai fait savoir que s'ils commençaient à tuer des gens, ce qu'ils ont tendance à faire pendant leurs émeutes, ils ont beaucoup d'émeutes, s'ils le font, nous les frapperons très fort», a dit le président américain pendant un entretien avec l'animateur radio conservateur Hugh Hewitt.

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