Il plaide non coupable
Maduro n'est qu'un gangster et un trafiquant aux yeux des Américains

Le président vénézuelien capturé par les forces spéciales américaines a été déféré devant la justice à New-York. Pour celle-ci, il est un gangster et un parrain, même si Nicolas Maduro a plaidé non coupable.
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Nicolas Maduro a été présenté à la justice américaine ce lundi 5 janvier à New York.
Photo: keystone-sda.ch
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Richard WerlyJournaliste Blick

Finie, l’époque de l’impunité présidentielle au Venezuela! Tout est fait, depuis sa spectaculaire capture par les forces spéciales de l’armée de terre américaine – la Delta Force – pour ramener Nicolas Maduro et son épouse à leur situation de gangsters, aux yeux de la justice américaine. 

L’énoncé des charges par un juge de New York, ce lundi 5 janvier, démontre que la vie de l’ex-dictateur a bel et bien basculé. Il n’est plus désormais qu’un détenu avec un matricule. Tout comme sa femme. Alors, qui croire? Le justice américaine qui lui a signifié son inculpation par la voix du juge Alvin Hellerstein? Ou le prévenu Maduro, qui plaide non coupable, assurant être «toujours le président» de son pays. «Je suis innocent, je ne suis pas coupable. Je suis un homme honnête», a lancé l'ancien leader de 63 ans.

Ce que la justice des Etats-Unis reproche au couple Maduro est connu. Mais il faut, pour mesurer l’importance du procès à venir, lire en détail l’acte d’inculpation prononcé le 27 mars 2020. Donald Trump finissait alors son premier mandat. L’épidémie de Covid-19 ravageait les Etats-Unis. Or Maduro, à ce moment-là, est définitivement entré dans le viseur de la DEA, la Drug Enforcement Administration. 

Pour ces raisons: «Le prévenu est aujourd’hui à la tête d’un gouvernement corrompu et illégitime qui, depuis des décennies, a utilisé le pouvoir de l’Etat pour protéger et promouvoir des activités illégales, notamment le trafic de drogue. Ce cycle de corruption fondé sur le narcotrafic remplit les poches de responsables vénézuéliens et de leurs familles, tout en profitant également à des narcoterroristes violents qui opèrent en toute impunité sur le sol vénézuélien et qui contribuent à produire, protéger et transporter des tonnes de cocaïne vers les Etats-Unis. »

Un parrain mafieux

Gangster, trafiquant, mais surtout parrain. Car c’est un clan qui est visé par cet acte d’accusation de la justice américaine. «Ce trafic de stupéfiants, peut-on lire, a enrichi et renforcé l’élite politique et militaire du Venezuela, y compris le ministre de l’Intérieur, de la Justice et de la Paix Diosdado Cabello (toujours en place), l’ancien ministre de l’Intérieur et de la Justice Ramón Rodríguez Chacín.

Il a également concentré le pouvoir et la richesse entre les mains de la famille de Maduro Moros (le nom complet de l’ex-président), notamment son épouse, la prétendue Première dame du Venezuela, Cilia Adela Flores de Maduro, et leur fils, membre de l’Assemblée nationale du Venezuela, Nicolás Ernesto Maduro Guerra, alias «Nicolasito», alias «Le Prince».» On se croirait dans Scarface, le fameux film de Brian De Palma, avec Al Pacino dans le rôle de Tony Montana. L'épouse de Maduro, âgée de 69 ans, a comparu à ses côtés ce lundi.

Protecteur des cartels mexicains

Deux cartels mexicains de la drogue sont nommément cités dans les poursuites contre Nicolas Maduro. L’ex-dirigeant vénézuélien est accusé de les avoir protégés et encadrés, dans son pays, pour transporter des «tonnes de cocaïne» vers les Etats-Unis. Il s’agit du cartel de Sinaloa et des Zetas. Le premier était dirigé par «El Chapo», condamné à la perpétuité par la justice américaine et actuellement enfermé dans un pénitencier de haute sécurité du Colorado. Voilà donc l’homme à qui Maduro est comparé: le plus cruel des parrains mexicains.

L’autre organisation que Nicolas Maduro est accusé d’avoir parrainée est le gang Tren de Aragua (TdA), spécialisé dans la traite d’êtres humains et régulièrement dénoncé par Donald Trump comme pourvoyeur de migrants illégaux et de criminels aux Etats-Unis.

Maduro «le parrain» a, selon la justice américaine, «supervisé une organisation criminelle transnationale violente qui est née comme un gang carcéral au Venezuela. Les activités criminelles de TdA comprennent le trafic de migrants et d’autres actes illicites. TdA a développé des sources de revenus supplémentaires grâce à un large éventail d’autres activités criminelles, notamment le trafic de stupéfiants, le trafic d’armes à feu, la traite sexuelle à des fins commerciales, l’enlèvement, le vol à main armée, le vol, la fraude et l’extorsion.»

Tren de Aragua a été désigné comme organisation terroriste en février 2025, pour justifier l’arrestation de ses membres et leur renvoi par la force vers leur pays d’origine.

Le système Chávez

Pour compléter le tableau, Nicolas Maduro, comme son épouse, sont accusés d’être les héritiers du système Chávez.

«A l’instar de l’ancien président Chávez avant lui, ils ont participé à une culture de la corruption, la perpétuent et la protègent. Dans ce système, de puissantes élites vénézuéliennes s’enrichissent grâce au trafic de drogue et à la protection de leurs partenaires trafiquants. Les profits de ces activités illégales sont redistribués à des responsables civils, militaires et des services de renseignement corrompus, à tous les échelons, qui opèrent au sein d’un système de clientélisme dirigé par ceux qui se trouvent au sommet — communément appelé le Cartel de los Soles (ndlr: Cartel des Soleils), en référence aux insignes en forme de soleil apposés sur les uniformes des hauts gradés de l’armée vénézuélienne.»

Hugo Chávez, fondateur du régime bolivarien au Venezuela (décédé en 2013), traitait le président des Etats-Unis de «diable». C’est un autre «diable» que la justice américaine a auditionné ce lundi 5 janvier à New York: Nicolas Maduro.

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