Femme de confiance de Nicolas Maduro, lien avec le patronat et, désormais, présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez s'impose comme le visage pragmatique de la transition face à des Etats-Unis prêts à travailler avec l'administration de l'ex-président Maduro. Ordonnée samedi par la Cour suprême première femme à présider le Venezuela, après la capture de Maduro par les forces américaines, Delcy Eloina Rodriguez Gomez, 56 ans, était vice-présidente depuis 2018 et première dans l'ordre de succession.
«Elle a probablement été l'une des personnes les plus dignes de confiance pour Maduro au fil de ces années», a estimé auprès de l'AFP l'analyste politique et professeur d'université, Pedro Benitez. Cheveux foncés, courts et lisses, lunettes aux larges verres et sourire que ses détracteurs qualifient de cynique, Mme Rodriguez, parfois surnommée la «tigresse», devra désormais, selon des experts, tempérer ses discours incendiaires contre «l'impérialisme nord-américain».
Le Parlement, présidé par son frère Jorge Rodriguez, ne l'a pas encore convoquée pour prêter officiellement serment. «Formellement, elle devrait prêter serment», a indiqué le politologue Benigno Alarcon, même si en «réalité» elle «est déjà» aux commandes. Selon la Constitution, son intérim n'est que de 90 jours, qui peut-être prorogé de trois mois supplémentaires par l'Assemblée nationale. En cas de déclaration de vacance absolue de Nicolas Maduro, qui n'a pas encore été décrétée, la loi l'oblige à convoquer des élections dans les 30 jours suivants.
«Vengeance»
Delcy Rodriguez a été ministre de l'Economie de 2020 à 2024, période durant laquelle elle s'est rapprochée du monde de l'entreprise, diabolisé pendant des années par Maduro et son prédécesseur Hugo Chavez (1999-2013). Le patronat la considère comme une gestionnaire intelligente en matière économique, ouverte au pragmatisme et même au dialogue. Elle a ouvert des ponts entre le privé et le gouvernement qui, quelques années auparavant, semblaient impossibles.
Elle est souvent présentée comme le visage modéré d'une éventuelle transition au Venezuela, même si certains analystes la placent dans la ligne dure du chavisme, doctrine héritée de l'ex-président de gauche Hugo Chavez qui a procédé à de nombreuses nationalisations.
Avec son son frère ils sont les enfants d'un dirigeant communiste mort en 1976 entre les mains de la police. Tous deux exècrent les quatre décennies de bipartisme démocratique qui ont précédé l'arrivée au pouvoir de Chavez. «Leur carburant émotionnel pour arriver là où ils sont parvenus a à voir avec la vengeance», estime pour l'AFP un politologue ayant requis l'anonymat.
Ascension
Son ascension fulgurante jusqu'à la vice-présidence s'est appuyée sur celle de son frère au «moment critique» de l'arrivée au pouvoir de Maduro en 2013, après la mort du charismatique et très populaire Chavez. Si Mme Rodriguez avait été ministre du Secrétariat de la présidence en 2006, au-delà de son militantisme forcené «elle n'avait pas de base politique propre» sous Chavez, estime le politologue Pedro Benitez.
Juriste, titulaire d'un troisième cycle à Paris, Mme Rodriguez a été ministre de la Communication (2013-2014) et, en tant que ministre des Affaires étrangères (2014-2017), a mis en oeuvre la sortie du Venezuela de l'Organisation des Etats américains (OEA). Entre 2017 et 2018, elle a présidé l'Assemblée constituante, bâtie par le chavisme pour contrecarrer le pouvoir du Parlement qui avait alors basculé dans l'opposition à la suite d'élections.
Et elle a pris en main la gestion du pétrole vénézuélien, principale ressource du pays qui détient les plus grandes réserves prouvées au monde, après la chute du puissant ex-ministre Tareck El Aissami. La disgrâce de l'ex-ministre, envoyé en prison, est, pour certains analystes, l'oeuvre de la fratrie Rodriguez.