À quoi va ressembler le Venezuela, pays de trente millions d’habitants, après l’intervention militaire des États-Unis et la capture de son président Nicolas Maduro dans la nuit du 2 au 3 janvier? La vice-présidente du pays, Delcy Rodriguez, de même que le ministre de l’Intérieur vénézuélien, ont promis de continuer à résister. Mais il est fort probable que l’intervention américaine a bénéficié de complicités au plus haut niveau dans l’armée, les forces de l’ordre, voire au sein de l’unité chargée de protéger le chef de l’État, encadrée par des Cubains. Alors, continuité ou chaos, voire guerre civile dans ce pays d’Amérique latine profondément divisé? La volonté du président Trump de placer le pays sous direction américaine jusqu’à une transition «judicieuse» du pouvoir est-elle réaliste?
Le premier facteur à suivre de près est ce qui va se passer dans les jours qui viennent à Caracas, la capitale. Ce samedi 3 janvier, dès le petit matin, des rassemblements anti-Maduro et pro-Maduro ont eu lieu quasi simultanément, mais à part ces groupes isolés, aucune manifestation de masse. L’impopularité du président interpellé par les forces spéciales américaines ne fait aucun doute. Celle de son épouse, Cilia Flores, qui fut l’avocate du fondateur de la République «bolivarienne», Hugo Chavez (décédé le 5 mars 2013), est identique.
Carcan sécuritaire
Le couple n’avait, comme assise, que celle des forces de sécurité et d’une partie des classes populaires subventionnées par des programmes sociaux devenus de plus en plus maigres, compte tenu de l’asphyxie économique du pays. Parallèlement, l’égérie de l’opposition, Maria Corina Machado, dispose d’une aura internationale incontestable, après l’obtention du prix Nobel de la paix 2025, et sa fuite rocambolesque du Venezuela pour le recevoir (elle est arrivée le lendemain de la remise à Oslo). Trump a toutefois affirmé, lors de sa conférence de presse, qu'elle n'avait pas l'assentiment populaire suffisant. Alors, vers un «deal» avec les autorités sortantes? Bien que décapité, le régime bolivarien conserve encore son appareil sécuritaire. L’armée et la police vénézuéliennes vont-elles rendre les armes?
Deuxième facteur décisif: ce qui va se passer au sein de l’opposition en exil. Outre Maria Corina Machado, auréolée de son prix Nobel, l’homme à suivre est l’ancien diplomate Edmundo Gonzalez Urrutia, ex-ambassadeur du régime bolivarien. Âgé de 75 ans et réfugié à Madrid (Espagne), ce dernier a toujours revendiqué la victoire à la présidentielle du 28 juillet 2024. Un scénario probable est qu’il est en contact étroit avec l’administration Trump, laquelle pourrait l’installer à la tête du pays, moyennant une loi d’amnistie qui permettrait aux cadres «bolivariens» de conserver leur poste et, surtout, d’échapper à la justice.
Centaines de milliards de dollars détournés
Où sont passées les centaines de milliards de dollars accumulés par le régime de Maduro grâce au trafic du pétrole et de la drogue? Si une forme d’immunité leur est accordée, beaucoup de dignitaires chavistes pourraient choisir de coopérer. Mais attention aux divisions au sein de l’opposition en exil: Juan Guaido, 42 ans, ancien président de l’Assemblée nationale entre 2019 et 2021, voudra sans doute jouer aussi les premiers rôles. L’Union européenne l’avait reconnu comme «président par intérim» après la victoire controversée de Maduro à la présidentielle de 2018, une décision révoquée deux ans plus tard.
Troisième élément clé pour la suite de cette opération spectaculaire menée en quelques heures sur le territoire du Venezuela: la volonté des États-Unis. Donald Trump a affirmé, lors de sa conférence de presse ce samedi 3 janvier, que les États-Unis vont «diriger» le Venezuela «jusqu’au moment où nous pourrons effectuer une transition sûre, appropriée et réfléchie». Mais il n’a pas donné plus de précisions sur les moyens et sur ses intentions. Il a aussi affirmé que les États-Unis sont «prêts» à lancer une seconde attaque contre le pays, «beaucoup plus vaste», si nécessaire, ce qui laisse augurer d’une possible escalade. Une autre partie cruciale sera le volet judiciaire avec la présentation attendue de Nicolas Maduro et de son épouse devant un tribunal de New York.
L’état de l’économie
Le dernier sujet à suivre, enfin, est l’économie. Le Venezuela, cofondateur de l'OPEP, est l’un des pays pétroliers les plus riches du monde, confronté à une pauvreté crasse. Comment en sortir? Le meilleur moyen pour les États-Unis d’acheter sa population serait de lancer un vaste plan d’aide, ce qui est peu probable. Or si le pays s’enlise, les Vénézuéliens se retourneront à coup sûr contre Washington. Donald Trump a jeté les dés, mais il n’a pour l'heure remporté – de façon spectaculaire – que la première manche.