Donald Trump dira, lors d'une conférence de presse prévue à 11h (17h en Suisse), ce qui s'est passé ces dernières heures à Caracas. Mais d'ores et déjà, l'annonce de son administration est claire: le président vénézuélien Nicolás Maduro, au pouvoir depuis 2013, a été arrêté et exfiltré du pays. Il est maintenant en route pour un tribunal de New-York avec son épouse. Son inculpation lui sera notifiée, conformément aux poursuites engagées contre lui depuis mars 2020, a confirmé le Département américain de la Justice. Parallèlement aux frappes sur la capitale du Venezuela, une opération commando et l'interpellation du couple présidentiel a donc eu lieu. Pourquoi en être arrivé là? Voici les cinq raisons de cette guerre menée par Donald Trump.
Le Venezuela, pré carré américain
C'est l'essentiel. Avec cette intervention militaire directe, composée d'abord d'un blocus pétrolier, puis de frappes sur Caracas, doublées sans doute d'une opération des forces spéciales américaines, Donald Trump fait la preuve de sa nouvelle doctrine Monroe, du nom du président des Etats-Unis (1817-1825) qui considérait l'Amérique du Sud comme la zone réservée de son pays. Cette doctrine, rebaptisée « Donroe » (pour Donald), est désormais mise en œuvre.
Et le message ne s'adresse pas qu'aux gouvernements de la zone: il est envoyé aux deux partenaires économiques de l'ex-gouvernement Maduro, la Russie et la Chine. Trump est le shérif de l'Amérique. Il fait la loi. Coïncidence parlante: l'interpellation de Maduro et de son épouse (ancienne procureure générale du pays et ex présidente de l'Assemblée nationale) est intervenue cette nuit, quelques heures après la réception d'une délégation chinoise de haut niveau par le chef de l'Etat vénézuelien. N'oublions pas non plus que le Secrétaire d'Etat des Etats-Unis Marco Rubio, d'origine cubaine, rève de s'en prendre au régime de La Havane, soutien du Venezuela de Maduro...
Maduro, narco-trafiquant
Ce n'est pas parce que Nicolás Maduro, au pouvoir depuis 2013 au Venezuela, a trafiqué les urnes lors de la présidentielle du 28 juillet 2024 et des dernières législatives du 25 mai 2025 que Donald Trump l'a fait arrêter. Dans de nombreux pays, le président des Etats-Unis se satisfait de régimes non démocratiques, dès lors qu'ils servent ses intérêts.
La raison officielle que Trump va brandir en conférence de presse est le narcotrafic. Le Venezuela est un couloir de transit connu pour la drogue en provenance de Colombie, et les frappes sur les présumés bateaux de trafiquants étaient ainsi justifiées, y compris les exécutions extrajudiciaires commises à ces occasions. Trump va, à coup sûr, présenter Maduro comme un nouvel «El Chapo», l'ancien seigneur des cartels mexicains. Et il a un bon motif judiciaire pour cela: le président vénézuelien est poursuivi par la justice des Etats-Unis depuis le 27 mars 2020. Il a été inculpé, sous l'administration Biden, pour narcoterrorisme et une récompense de 50 millions de dollars était promise pour sa capture. Reste que l'indignation de Trump est à géométrie variable: le 8 décembre, ce dernier a gracié l'ancien président du Honduras, Juan Hernandez, qui avait été condamné pour narcotrafic à 45 ans de prison par la justice américaine et était détenu aux Etats-Unis. Pour témoigner, demain, contre Maduro?
Caracas, capitale à reconstruire
N'oublions pas cet aspect. Pour Donald Trump, tout conflit est une opportunité, dès lors que le retour de la paix ou le changement de régime rime avec reconstruction et chantiers. Or Caracas, la capitale du Venezuela, était dans les années 80 une métropole enviée, dopée par l'argent du pétrole. Dans les années 70, le pays était le plus riche d'Amérique du Sud et l'une des vingt premières économies mondiales. Depuis, la richesse immense de ce pays a été confisquée et détournée par la nomenklatura «bolivarienne» puisque le libérateur Simon Bolivar était le modèle d'Hugo Chavez et de son successeur, l'ancien conducteur de bus Nicolas Maduro.
Le chantier d'une reconstruction du Venezuela a de quoi plaire à Trump, qui envisage sans doute d'installer au pouvoir un régime redevable à sa famille et aux Etats-Unis, ou de sceller un pacte avec le régime sortant, décapité après l'interpellation de son chef. Corina María Machado, lauréate du prix Nobel de la paix 2025 et opposante en cheffe à Maduro, est la première sur la liste pour lui succéder. Y aura-t-il de nouvelles élections libres? On en est pas encore là..
Le pétrole, obsession américaine
Le Venezuela dispose des premières réserves de pétrole au monde, qu'il n'est pas en mesure de raffiner en raison de la vétusté de ses infrastructures. S'il parvient à installer dans le pays un régime ami, Trump aura ainsi en main le robinet pétrolier mondial, puisque son pays est très proche de l'Arabie saoudite, autre principal producteur. C'est essentiel. N'oublions pas que la Russie est sous embargo pétrolier des Occidentaux et que la Chine a cruellement besoin d'énergie. Le grand jeu pétrolier et énergétique cher à Trump est à l'œuvre au Venezuela. la première étape de la montée des tensions récentes entre l'administration Trump et le régime Maduro a d'ailleurs été le déploiement d'une importance armada aéronavale, pour mettre en place un blocus de la flotte servant à exporter le pétrole vénézuélien.
Un conflit, pour oublier le reste
Cette théorie dite du «brouillard de la guerre» a produit de très bons films de cinéma, dont un qui s'intitule «Brume de Guerre» en 2003. En quoi consiste-t-elle? Monopoliser l'attention du public avec un conflit pour miser sur le réflexe nationaliste et faire oublier tout le reste. Or Trump a trouvé en Nicolás Maduro l'ennemi parfait. Le dictateur vénézuélien se moquait des Etats-Unis. Il truquait les élections depuis son arrivée au pouvoir après Hugo Chávez, dénonciateur en chef de l'impérialisme américain (au pouvoir, lui, de 1999 à 2013). Le populisme d'inspiration marxiste de la «République bolivarienne» reposait sur une armée et une police aux ordres, gorgées de l'argent de la drogue.
Maduro est détesté. Il a perdu les dernières élections. Ses largesses aux classes populaires n'ont pas empèché celles-ci de souffrir du naufrage du pays. Huit millions de vénézuéliens ont pris le chemin de l'exil. Trump apparaît donc aux yeux de la population comme le justicier et le libérateur, dans un pays où l'inflation astronomique a imposé le règne du dollar roi. Mais le locataire de la Maison Blanche peut aussi profiter de cette situation pour créer un rideau de fumée aux Etats-Unis, où il est en situation politique compliquée après une année de mandat. Une guerre pour faire oublier, par exemple, les révélations de l'affaire Epstein: refrain connu…