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Les 5 leçons géopolitiques de Trump à Davos

Donald Trump a fait de Davos la vitrine de sa vision du monde, un an après son investiture comme 47e président des Etats-Unis. Peu importe ce que l'on en pense. Voici les 5 leçons qu'il faut retenir.
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Donald Trump a prononcé un grand discours à Davos le 21 janvier.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Donald Trump est reparti de Davos en laissant derrière lui un Forum économique mondial groggy. Qui croire? Le président des Etats-Unis, qui a lancé dans la station grisonne son «Board of Peace» (Conseil de la paix), après un discours fleuve très dur pour les Européens? Ou, au contraire, les deux résistants en chef qui sont montés au créneau contre l’impérialisme américain, à savoir Emmanuel Macron et Mark Carney, le Premier ministre du Canada? Groenland, Europe, droits de douane, Gaza… Trump a balayé large à Davos, ce forum qui a lui a déroulé un tapis rouge presque problématique. Il laisse derrière lui cinq leçons pour les Européens et pour la Suisse.

Leçon n°1 : Trump veut toujours le Groenland

On peut tourner les choses dans tous les sens. On peut se féliciter de la désescalade, suite à la rencontre entre le président des États-Unis et Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN. On peut se satisfaire des négociations qui vont maintenant s'ouvrir entre Copenhague, Washington et le gouvernement groenlandais. Mais parler de recul est très prématuré. Donald Trump veut toujours le contrôle du Groenland, et il réclame un «titre de propriété» sur cette terre arctique qu’il désigne comme «un bout de glace mal placé». Miser sur son recul face aux Européens est donc prématuré. Trump ne va pas lâcher prise. Attention: le froid polaire est toujours au menu dans les relations transatlantiques…

Leçon n°2 : Trump vise l'Iran et Gaza

L’information la plus importante est peut-être tombée après le départ de Trump de Davos: à savoir le déploiement d’une armada navale américaine dans le golfe Persique. Dans le collimateur de Washington figure, bien sûr, l’Iran. Mais il faut relier cette information avec le lancement, à Davos, du «Board of Peace», le nouveau Conseil de la paix «made in Trump», dont le logo ressemble, de loin, à celui de l’ONU (Organisation des Nations unies). Le chantier de la reconstruction de Gaza est enclenché, même si l’on est très loin d’un projet viable. Trump a besoin de fonds pour cela, et il compte bien sur les membres de son «board» pour l’aider dans cette mission. Le Premier ministre israélien, qui hésitait, l’a compris: il est à bord.

Leçon n°3 : Trump veut que l’Ukraine cède

Volodymyr Zelensky n’avait pas prévu de se rendre à Davos. Mais Donald Trump l’a quasiment convoqué. Pas besoin d’être un grand expert de la diplomatie pour comprendre que le président des Etats-Unis veut accélérer la négociation avec la Russie, en profitant du nouveau levier que le Groenland lui donne sur les Européens. En clair: les 27 doivent cesser de faire obstruction au plan américain. Zelensky a d’ailleurs dit avoir scellé un «deal» avec Trump sur les garanties de sécurité. Puis il s’en est pris à ses pairs européens, trop lents et trop timorés. Des remarques pas très bien acceptées à Bruxelles, où se réunissait, jeudi 22 janvier, un sommet extraordinaire.

Leçon n°4 : Trump veut s’approprier Davos

C’est un sujet très délicat, que les autorités helvétiques feraient bien de suivre de près. Veut-on que le Forum de Davos se transforme en scène mondialisée pour Trump? Et peut-on accepter qu’une fois à la tribune, celui-ci moque l’ancienne présidente de la Confédération et dise ouvertement qu’à ses yeux, la Suisse devrait payer davantage de droits de douane? Attention à l’OPA (Offre publique d'achat). Plus Davos apparaît comme un cénacle américain, plus le reste du monde s’en éloignera. L’édition 2027 devra être, pour convaincre de la neutralité du Forum, beaucoup moins trumpiste.

Leçon n°5 : Trump redoute Wall Street

C’est évident: le meilleur argument – et le talon d’Achille – de Donald Trump face à l’élite financière mondiale est la Bourse américaine. Dès que Wall Street tousse, le locataire de la Maison-Blanche se calme et devient plus conciliant. Logique: Trump a besoin de l’appui des grands patrons américains et, notamment, des géants de la tech. Or ceux-ci ont des actionnaires qui, ces temps-ci, voient leurs titres flamber. Tout est donc en ligne. Trump est, pour ces patrons et leurs actionnaires, une machine à cash. Tout retournement boursier, à dix mois des élections de mi-mandat de novembre, serait en revanche problématique. La menace des Européens de vendre de la dette américaine a aussi porté ses fruits. Comprendre Trump, c’est regarder l’indice Dow Jones.

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