Elle occupera la place centrale au sommet européen informel des dirigeants des 27 pays de l’Union européenne, qui s’ouvre à Bruxelles en soirée, ce jeudi 22 janvier. Mette Frederiksen est, depuis des semaines, la cible privilégiée de Donald Trump.
La Première ministre danoise devra donc expliquer à ses pairs ce que contient le fameux projet d’accord sur le Groenland, discuté à Davos entre le président des Etats-Unis et le secrétaire général de l’OTAN. La souveraineté danoise sur le territoire arctique n’est pas négociable, a-t-elle répété, gardant le flou sur les propositions Mark Rutte, le patron de l'Alliance. Alors, comment satisfaire l’appétit du locataire de la Maison Blanche?
Beaucoup d’observateurs estiment que l’élément clé dans la reculade de Trump, passé à Davos des menaces contre l’Europe à la discussion sur un plan «à très long terme», est le résultat direct du déploiement de quelques dizaines de soldats de huit pays européens au Groenland. Dans les faits, l’opération «Arctic Endurance», lancée par le Danemark, semble en effet avoir joué un rôle dissuasif.
Trop tôt pour crier victoire
Mais les cartes manquent encore pour crier victoire et affirmer que Trump a reculé, oubliant sa volonté d’annexer ce territoire grand comme quatre fois la France. La première carte que les Européens n’ont pas est en effet celle des moyens militaires pour sécuriser le Groenland face aux présumées menaces chinoises et russes, évoquées avec exagération par Trump.
Tout passe par l’OTAN, l’Alliance atlantique, et Emmanuel Macron a d’ailleurs proposé que celle-ci assume la responsabilité d’un déploiement plus massif. Or, qui dit OTAN dit Etats-Unis. La preuve: Mark Rutte, son secrétaire général, a négocié en direct avec Trump. Que faire si l'OTAN «couvre» la cession de territoires groenlandais aux Etats-Unis pour y construire de nouvelles bases? Dans ce cas, Trump pourra brandir ce «titre de propriéàté» auquel il tient tant.
Le sommet de Bruxelles est donc déséquilibré. On va y parler de l’avenir du Groenland, mais c’est dans un autre QG que celui du Conseil européen, à savoir au QG de l’Alliance, que tout va vraiment se décider.
Gouvernement groenlandais
La seconde carte qui manque aux Européens pour être certains de tenir Trump et les Etats-Unis à distance est celle du gouvernement groenlandais. Pour le moment, celui-ci a répété fermement sa volonté de conserver le territoire sous souveraineté danoise et de maintenir son partenariat privilégié avec l’Union. Officiellement, les autorités de Nuuk affirment aussi n'avoir pas informées du plan Rutte.
Rien n’empêche toutefois les 57'000 Groenlandais d’essayer de gagner sur les deux tableaux: en conservant les 700 millions d’euros de dotation annuelle du Danemark, tout en accordant des avantages à Washington, synonymes d’aide financière accrue. L’UE, pour rappel, n’a pas de pouvoirs directs au Groenland, qui est considéré comme un territoire associé.
Troisième carte, difficile à jouer: celle de la relation entre le Groenland et l’Ukraine. Le symbole est fort: au moment même où les dirigeants des 27 vont discuter de l’avenir du territoire arctique, les émissaires américains Witkoff et Kushner arriveront à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine au Kremlin.
Ce jeudi 22 janvier, Volodymyr Zelensky était à Davos, où il s’est plaint du manque de volontarisme de ses alliés de l’UE. On voit le piège que tend Donald Trump: si les Etats-Unis n’obtiennent pas complète satisfaction sur le Groenland, il leur faudra des concessions sur un autre dossier… Difficile d’échapper au «donnant-donnant ».
Plans européens
Dernier élément qui perturbe les plans européens: le Danemark. Ce pays a longtemps été très proche des Etats-Unis, et rien ne dit que Copenhague, si la perspective d’un accord avec Washington redevient d’actualité, ne va pas prendre ses distances.
Mette Frederiksen doit, sur ce plan, rassurer ses partenaires, en particulier les huit pays qui ont déployés des soldats au Groenland (même si l'Allemagne les a rappelé après deux jours). Trump n’a en effet pas reculé, même si cela y ressemble. Il est sans doute en train d’obtenir ce qu’il voulait réellement, à savoir une forme de souveraineté partagée ou un droit de veto sur le territoire et tous ses aspects sécuritaires (surveillance des routes commerciales arctiques et des sous-marins stratégiques russes, bases antimissiles, etc.).
Attention, dès lors, aux mauvaises interprétations: l’UE a bien sûr résisté ces derniers jours. Mais il lui faut trouver des solutions tenables et durables pour ce territoire que les Européens, malgré son importance, ont longtemps négligé.