A Davos, la détente?
Les solutions aux crises provoquées par Trump sont possibles

Donald Trump arrive au Forum économique mondial avec plusieurs crises sur les bras. Des crises qu'il a lui-même provoquées, et dont il propose un règlement imposé par les Etats-Unis. Et s'il était possible de transiger avec lui?
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Donald Trump débarque ce mercredi à Davos.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Donald Trump vient-il à Davos pour ruer encore plus dans les brancards et obliger les dirigeants européens à lui céder sur le Groenland, via ses menaces tarifaires? Ou a-t-il au contraire fait son «show», après sa conférence de presse surréaliste à la Maison-Blanche, mardi 20 janvier, pour le premier anniversaire de son investiture? Ce qui laisse entrevoir des solutions possibles.

Une chose est sûre: ces solutions existent. Au Groenland, où Emmanuel Macron propose un déploiement de l’OTAN, les États-Unis peuvent obtenir un contrôle plus étroit de la sécurité du territoire. Sur le Conseil de la paix proposé par Trump, la surenchère peut aussi être calmée. Mais tout dépendra de la volonté du président des États-Unis de délaisser, dans la station alpine, l’option «bulldozer».

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Davos peut calmer Trump

Il y a deux scénarios avant l’arrivée du président des États-Unis dans la station des Grisons, sous état d’urgence pour ce visiteur hors normes. Le premier, le plus inquiétant, est celui du coup de force devant l’élite financière et économique mondiale. Si Trump veut démontrer qu’il est le dirigeant le plus puissant de la planète, il peut le faire en Suisse, en mondovision.

Nouvelles attaques directes contre tel ou tel pays, phrases humiliantes, etc. Il sait faire ! Mais un second scénario est plus probable: celui du Trump à la fois impérial et rassurant pour les investisseurs et les grands patrons. N’oublions pas que, pour lui, tout est affaire de business. Trump s’est félicité, lors de sa conférence de presse du premier anniversaire de son investiture, d’avoir récolté 18 000 milliards de dollars de promesses d’investissements pour les États-Unis. Et s’il focalisait sur ce point?

Davos est un terrain neutre

C’est un autre aspect à prendre en compte. Donald Trump, aussi extraverti et «sans filtre» soit-il, a une habitude: attaquer d’abord, puis voir les résultats de son offensive et entamer les discussions. Or, à Davos, depuis deux jours, les milieux d’affaires font savoir leur inquiétude à Scott Bessent, le secrétaire américain au Trésor, arrivé en avant-garde. Davos est aussi un terrain neutre, propice à une réunion sur le Groenland que Donald Trump affirme vouloir organiser.

La première solution à la déferlante trumpiste est donc de rappeler au président des États-Unis, très soucieux de faire du forum de Davos la vitrine du «America is back» (l’Amérique est de retour), qu’il ne peut pas transformer la station des Grisons en base d’attaques tous azimuts. Sous la neige (assez rare, il est vrai, ces jours-ci), la diplomatie?

Un «deal» possible au Groenland

Ce qui ressort de la confrontation verbale entre Trump et ses alliés (le sont-ils encore?) sur le Groenland est qu’un «deal» demeure possible. Emmanuel Macron vient de proposer un déploiement de l’OTAN sur le territoire arctique, ce qui placerait les États-Unis au centre du jeu, puisqu’ils y disposent de bases et de troupes, et qu’ils ont, depuis 1951, un traité avec le Danemark. Le gouvernement danois s’est aussi dit à plusieurs reprises ouvert à des discussions.

Pourquoi pas un «Conseil de la sécurité» du Groenland et de ses ressources, dans lequel trouveraient place les États-Unis, le Danemark et les autorités du Groenland, ce qui garantirait à Trump un droit de veto sur ces confins polaires? Pourquoi pas un accord en bonne et due forme, avec le Groenland sur un partage des ressources naturelles du territoire? Sous la banquise, le réalisme, enfin?

Les indispensables «Merci, Président!»

Donald Trump veut démontrer à son électorat américain qu’il est respecté et que les États-Unis sont inarrêtables dans leur volonté de retrouver leur grandeur. Sa préoccupation actuelle, contrairement aux apparences vues d’Europe, est de convaincre son opinion publique. C’est pour cela qu’il a consacré le long début de sa conférence de presse du 20 janvier au Minnesota et aux rafles de l’agence ICE anti-immigration dans cet État. Trump a montré des dizaines de photos de présumés criminels immigrés, traqués par ICE. Pourquoi mentionner cela à Davos?

Parce que l’ancien promoteur immobilier veut un spectacle qui lui profite. Il veut des «Merci, Monsieur le Président». Il a plus à perdre si des dirigeants en colère devaient, par exemple, quitter la salle où il s’exprimera, alors que le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, est lui aussi présent dans la station suisse. Flatter Donald, la première obligation?

Trump fait ses comptes

Il ne vient pas à Davos pour parler seulement du Groenland. Trump a aussi dans son «panier géopolitique» l’Iran, vers lequel vogue une force aéronavale américaine, et le Venezuela, où l’actuelle vice-présidente se montre très conciliant et où il semble avoir des plans pour l’opposante Maria Corina Machado. Laquelle, après lui avoir remis la médaille de son prix Nobel de la paix 2025, soutient désormais un «Cuba et un Nicaragua libres», ouvrant la porte à d’autres interventions des États-Unis.

Trump doit aussi vendre son plan de reconstruction de Gaza à l’élite financière mondiale et aux délégations du Golfe persique, très nombreuses. Une solution pour le calmer est donc de lui proposer des «deals» sur ces dossiers. Le Groenland, instrument de chantage pour obtenir davantage sous d’autres latitudes?

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