Quand Elvis Presley chantait en 1968 «A Little Less Conversation», il ne pensait évidemment pas au Forum économique mondial de Davos. Pourtant, son appel à «un peu moins de bla-bla et un peu plus d’action» colle étonnamment bien aux attentes actuelles envers les élites mondiales. C’est exactement ce que beaucoup espèrent aujourd’hui de la grande messe du Forum économique mondial.
Depuis des années, le rendez-vous de Davos traîne une réputation peu flatteuse: un événement coûteux, gourmand en ressources, où l’on parle beaucoup pour des résultats parfois difficiles à percevoir. Mais cette édition pourrait bien faire exception. Ironie du sort: c’est précisément l’année où le fondateur Klaus Schwab est absent pour la première fois, après son éviction, que les annonces les plus spectaculaires se profilent.
Derrière ces possibles décisions majeures, un nom revient sans surprise: Donald Trump. L’an dernier, le président républicain avait dû renoncer à Davos, son investiture tombant aux mêmes dates. Il s’était contenté d’une allocution vidéo, adressée à son «cher ami Klaus» et à l’aréopage de dirigeants réunis dans les Alpes.
Cette année, Trump viendra en personne et restera un jour et demi dans les Grisons. Il prononcera son discours mercredi à 14h30. Mais deux autres rendez-vous que Trump veut honorer à Davos vont faire des vagues.
L'accord de 800 milliards
Premier dossier explosif: un accord de reconstruction estimé à 800 milliards de dollars, que Trump entend signer avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Les détails restent flous, mais l’essentiel est connu: les Etats-Unis obtiendraient un accès privilégié aux grands chantiers de la future Ukraine d’après-guerre.
A l'instar de l'accord signé l'année dernière sur l'extraction de terres rares dans le pays en guerre, le nouveau contrat de 800 milliards est une tentative ukrainienne de lier les Etats-Unis comme partenaire à long terme. Des équipes de négociation des deux parties se sont entretenues la semaine dernière aux Etats-Unis sur les détails. Si l'accord de Davos est effectivement conclu, il s'agira d'un jalon sur la voie de la fin tant attendue de la guerre en Ukraine.
L'escalade du Groenland
Toutefois, un autre sujet menace d’éclipser tout le reste: la bataille autour de l’avenir du Groenland. Fin de semaine dernière, Trump a durci le ton. À partir du 1er février, le Danemark et tous les pays ayant envoyé récemment des délégations au Groenland se verront infliger une surtaxe douanière de 10%. Dès le 1er juin, celle-ci grimpera à 25% – et restera en vigueur «jusqu’à la vente complète et totale du Groenland aux États-Unis», selon un message publié sur Truth Social.
Sont notamment visés la France, l'Allemagne et la Finlande, dont les dirigeants font le déplacement à Davos. La Suisse, elle, n’est pas concernée. Autant dire que les couloirs du centre des congrès devraient servir de décor à d’intenses discussions diplomatiques, loin des caméras pour rassurer Trump et le dissuader de son idée folle.
Son argument selon lequel le Danemark ne peut pas défendre l'île contre un éventuel assaut des Chinois et des Russes est totalement fallacieux. Le Groenland fait partie de l'OTAN (comme le Danemark et les États-Unis). En d'autres termes, les Etats-Unis seraient aujourd'hui déjà obligés de défendre l'île en cas d'attaque russe ou chinoise réelle, pour laquelle il n'existe aucun indice.
Un deal sur le Groenland à Davos? L’idée paraît folle, mais elle n’est plus totalement exclue. Et au fond, quel décor serait plus symbolique que les hauteurs glacées des Grisons pour tenter de refroidir la question géopolitique la plus brûlante de ce début d’année?