Un an de présidence
L'OTAN est morte, l'ONU est mourante: et Trump continue...

Le président des Etats-Unis est au pouvoir depuis un an, mais comment croire qu'il va s'arréter là? A la veille de son intervention à Davos le 21 janvier, ses visées sur le Groenland sonnent la mort de l'OTAN et son Conseil de la paix veut remplacer l'ONU...
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Au Groenland, les soldats danois et leurs alliés européens sont en position.
Photo: imago/UPI Photo
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Richard WerlyJournaliste Blick

Il veut la peau de ces deux organisations pourtant créées par le pays qu’il préside de nouveau depuis le 20 janvier 2025: l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et l’Organisation des Nations unies (ONU). Au Forum économique mondial de Davos, où il interviendra ce mercredi 21 janvier, Donald Trump va, à coup sûr, tirer de nouveau une cartouche peut-être fatale sur l’OTAN et sur l'ONU. Il ne cesse de gifler la première et les 31 pays alliés des Etats-Unis en son sein, en réitérant sa volonté d’annexer le Groenland, sans exclure le recours à la force. Et il vient d’asséner un coup de massue à la seconde en proposant de créer un «Conseil de la paix» qui pourrait remplacer, à ses yeux, le Conseil de sécurité de l’ONU.

Un an après son investiture présidentielle à Washington, sous la coupole du Congrès que ses partisans avaient prise d’assaut le 6 janvier 2021 (il a, depuis lors, pardonné tous ceux qui avaient été condamnés par la justice américaine), Donald Trump fracasse l’ordre international élaboré depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Possible qu’il y parvienne?

Davos est la ligne de front

On pensait que Trump fêterait le premier anniversaire de son investiture présidentielle à la Maison-Blanche. Erreur. La vraie célébration aura lieu mercredi 21 janvier en Suisse, au Forum de Davos, où le locataire de la Maison-Blanche prononcera à nouveau un discours. Une «réunion des parties» sur le Groenland, a-t-il promis, sera organisée en Suisse. L’an dernier, Trump s’était déjà exprimé le 23 janvier, trois jours après sa prise de fonction, mais il l’avait fait en visioconférence, à distance. Cette fois, il débarque en force avec une armada américaine de plus de 800 personnes, parmi lesquelles tous les patrons de la tech. La très neutre Confédération helvétique est, cette semaine, la ligne de front. Trump veut impressionner les patrons mondiaux et l’élite financière. Pas sûr que l’audience, dans le Palais des Congrès de la station grisonne, entonne tous «Happy Birthday, Mister President!»

L’OTAN est morte au Groenland

La formule la plus juste serait: «l’OTAN se meurt» dans ce territoire arctique où les Européens ont décidé d’envoyer des soldats — quelques dizaines — en renfort des troupes déployées par le Danemark pour assurer la sécurité de ce territoire autonome, mais placé sous sa souveraineté. Pourquoi cette menace de mort sur l’Alliance atlantique, créée par le Traité de Washington signé le 4 avril 1949? Parce que, pour la première fois de son histoire, un pays membre — en l’occurrence le plus puissant, qui nomme le commandant en chef des forces alliées — veut annexer le territoire d’un allié! 

Terrible ironie de l’histoire: cela pourrait aboutir, ni plus ni moins, à ce que l’ex-URSS fit au sein du Pacte de Varsovie en intervenant militairement à Budapest (1956) et en Tchécoslovaquie (1968) pour y mater les révoltes populaires. Comment les pays alliés — dont la Suisse n’est pas membre — peuvent-ils aujourd’hui faire confiance et partager leurs plans militaires avec les Etats-Unis, dont le président agit en prédateur?

L’ONU est attaquée au cœur

Les détails des missions et du cahier des charges du futur «Conseil de la paix» que Donald Trump veut créer sont encore flous. Tout est parti du plan américain sur Gaza, accompagné d’un projet de charte qui révèle une initiative et un mandat bien plus vastes que la seule question du territoire palestinien, pour lequel un accord a été signé entre Israël et le Hamas le 9 octobre 2025. Voilà que Donald Trump, pour le premier anniversaire de son investiture, propose carrément de remplacer l’ONU. 

Selon le texte proposé, «le Conseil de la paix sera une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits». Des Etats seront «invités» à y siéger. Il leur faudra débourser un milliard de dollars. Un fantasme trumpiste directement lié à la décision du président des Etats-Unis, le 6 janvier, de retirer son pays de 66 organisations internationales, dont la plupart sont représentées à Genève.

L’Union européenne est la cible

Fin programmée de l’OTAN, attaque directe contre l’ONU et… volonté réitérée de Donald Trump de diviser et de déstabiliser l’Union européenne, dont il a très vite dit, dès le début de son second mandat, qu’elle avait été conçue pour «entuber» les Etats-Unis. A travers le Groenland, trois attaques directes sont en effet menées contre l’UE, dont plusieurs dirigeants, comme le président français Emmanuel Macron, s’exprimeront à Davos ce mardi 20 janvier.

Attaque 1: La remise en cause de la souveraineté du Danemark sur le Groenland, puisque Trump veut annexer le territoire, par l’argent ou la force.
Attaque 2: La dénonciation de facto de l’accord commercial à 15% de droits de douane conclu le 28 juillet entre les Etats-Unis et l’Union en Ecosse, avec la menace nouvelle de 10% de tarifs supplémentaires sur les produits importés en provenance des pays qui ont déployé des soldats aux côtés du Danemark. Avec, désormais, une menace de plus: 200% de tarifs sur les vins et spiritueux français.
Attaque 3: La très probable riposte si l’UE s’en prend aux géants du numérique américains, pour lesquels son marché est crucial. Demain, la guerre digitale?

Bruxelles-Washington, la guerre est déclarée

En un an de présidence, Donald Trump a transformé Bruxelles en champ de bataille. Comment faire dans cette capitale où se trouve le siège de l’OTAN, dont le commandant en chef, le général Alexus G. Grynkewich, est aussi, depuis 1949, le patron des forces américaines en Europe, directement placé sous le commandement de la Maison-Blanche? Comment faire au Conseil de l’Union européenne, l’instance qui représente les Etats membres, alors que les Etats-Unis entendent diviser l’Union et qu’au moins trois pays (la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque) sont dirigés par des gouvernements pro-Trump? A qui faire confiance dans les couloirs du Berlaymont, le siège de la Commission européenne, alors que l’Italie, troisième économie de la zone euro, veut toujours être «un pont» avec les Etats-Unis, lancés dans une collision avec l’Union? Ce qui a changé depuis le 20 janvier 2025? Donald Trump s’emploie à faire exploser politiquement la capitale européenne.

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