Tensions autour du Groenland
Entre UE et Etats-Unis, la Suisse hésite face aux menaces de Trump

Donald Trump menace huit pays européens de tarifs douaniers pour s'approprier le Groenland. A Davos, Guy Parmelin devrait privilégier la diplomatie, mais des politiciens suisses appellent à s'opposer au président américain.
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Donald Trump veut le Groenland.
Photo: keystone-sda.ch
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Joschka Schaffner

A peine un litige commercial semble-t-il réglé qu'un autre surgit déjà. Parce que le président américain Donald Trump souhaite s'approprier l'île danoise du Groenland, il menace huit Etats européens d'un nouveau coup de massue tarifaire. L'Union européenne brandit, en retour, la menace de ses propres mesures. 

La Suisse, elle, ne réagit que timidement à cet échange de coups. Rien de très surprenant: le président de la Confédération Guy Parmelin entend à tout prix tourner la page des négociations ardues autour d'un accord douanier lors du WEF de cette année.

Mais cette situation ne constitue-t-elle pas aussi une occasion de tracer clairement une ligne face à Trump? Les responsables politiques en charge des affaires étrangères divergent sur l'attitude que le Conseil fédéral devrait adopter après les menaces américaines visant l'UE.

«Se taire et se débrouiller»

Au Parti socialiste (PS), le survol à basse altitude n'est clairement pas une option. «Le Conseil fédéral a choisi la stratégie du 'silence et du bricolage'», critique le conseiller national socialiste Fabian Molina. «Cela ne correspond ni aux intérêts ni aux valeurs de la Suisse.»

Pour Fabian Molina, les menaces visant le Groenland constituent une violation manifeste du droit international. «Les frontières ne se déplacent pas par la force. La menace est déjà illégale. J'attends du président de la Confédération Parmelin qu'il le dise clairement à Donald Trump lors du WEF.»

Afin de briser le silence du gouvernement, Fabian Molina a fondé, avec d'autres figures de la politique étrangère, le Groupe d'amitié Groenland. Le conseiller national socialiste en partage la présidence avec la conseillère nationale du Centre Elisabeth Schneider-Schneiter et le conseiller national Parti libéral-radical (PLR) Laurent Wehrli.

La Confédération se montre diplomate

Interrogé, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) ne souhaite pas dire si la Confédération évoquera le conflit du Groenland avec Trump à Davos. Le DFAE reste également mesuré sur le rôle de la Suisse: «La position de la Suisse est claire. Selon le droit international, le Groenland fait partie du Danemark avec un large statut d'autonomie.» Toute modification de ce statut nécessite l'accord du Danemark et du Groenland.

Pour Fabian Molina, l'objectif de conclure les négociations douanières, poursuivi par le président de la Confédération, ne saurait justifier une telle retenue. «Cet accord est de toute façon déjà mort», tranche le conseiller national.

Si des droits de douane punitifs et réciproques entre l'UE et les Etats-Unis venaient effectivement à être instaurés dans les prochaines semaines, la Suisse devrait, selon Fabian Molina, s'aligner sur les mesures européennes, ne serait-ce que pour des raisons économiques. «Et en tant qu'Etat européen, nous avons aussi tout intérêt à ce qu'aucun autre pays du continent ne soit attaqué. Sinon, nous risquons d'être pris en tenaille.»

«Arbitrer plutôt que juger»

Condamner le comportement de Donald Trump? Au PLR comme à l'Union démocratique du centre (UDC), cette option est largement rejetée. «La Suisse ferait bien de rester à l'écart du conflit et de ne pas prendre parti», estime le conseiller national UDC Franz Grüter. «Ce n'est pas notre rôle.»

Selon lui, le monde traverse une phase où les grandes puissances cherchent à étendre leur influence. Le conflit autour du Groenland est, à ses yeux, particulièrement sensible: «Dans le pire des cas, un affrontement militaire pourrait éclater entre l'UE et les Etats-Unis, donc au sein même de l'OTAN.»

Pour Franz Grüter, une seule voie s'impose à la Suisse: «arbitrer plutôt que juger». Il faut aussi un lieu de dialogue dans ce conflit, estime le politicien UDC. «Nous devrions renforcer notre neutralité et faire preuve de retenue.» A défaut, le risque de représailles américaines contre la Suisse serait considérable.

Ne rien faire pourrait aider la Suisse

Le conseiller national PLR Hans-Peter Portmann tient un discours similaire: «La Suisse ne doit en aucun cas s'impliquer dans un conflit qui ne la concerne pas.» Au lieu d'aborder le Groenland, Guy Parmelin devrait, selon lui, se concentrer sur la conclusion de l'accord douanier lors d'un entretien avec Donald Trump.

Hans-Peter Portmann reconnaît toutefois que le conflit du Groenland place la Suisse dans une position délicate sur l'échiquier commercial international: «Nous nous retrouvons coincés entre l'UE et les Etats-Unis. Ne rien faire est probablement la meilleure manière de s'en sortir à bon compte.»

Et si, par son inaction, la Suisse devait subir des mesures de l'un ou l'autre camp, il faudrait alors contre-attaquer: «Nous avons aussi la possibilité de riposter par des contre-mesures.»

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