Une réponse ferme, plus qu’une provocation. Mais pour Donald Trump, le discours d’Emmanuel Macron à Davos, ce mardi 20 janvier, ressemble à un chiffon rouge. Dans le rôle du taureau? Le président des Etats-Unis, jamais cité, mais reconnaissable presque à chaque phrase derrière ce «nouvel impérialisme» et ce «nouveau colonialisme» rejetés par son homologue français.
Dans le rôle du torero qui doit, pour l’emporter, épuiser l’animal furieux qui lui fait face? Emmanuel Macron, le visage barré par d’imposantes lunettes de soleil destinées à cacher une conjonctivite. L’aspect physique joue aussi: avec son faux air de Joe Biden jeune – vu l’affection que portait l’ex-président des Etats-Unis à ce type de lunettes – Emmanuel Macron est assuré d’avoir encore plus énervé le locataire de la Maison-Blanche.
Une Europe forte
Sur le fond, rien de neuf: Emmanuel Macron a répété son credo pour une Europe forte, qui défend l’Etat de droit et les règles, reconnaissant au passage l’obligation d’aller vite pour ce bloc qui a cruellement besoin d’une union bancaire et d’une union des capitaux pour pleinement profiter de l’épargne massive de sa population.
Reste que la provocation volontaire était au rendez-vous. Donald Trump est attendu à Davos le 21 janvier. Une armada américaine de près de 800 personnes a pris d’assaut la station des Grisons. Or, pour Macron, l’esprit de Davos est, ni plus ni moins, en train d’être trahi par Trump. «Ce forum a été créé pour permettre une discussion sur les enjeux globaux», a-t-il affirmé, après avoir redit l’urgence d’un effort commun pour la paix, la prospérité et le climat.
Sauf que le maître de Washington, lui, n’est pas là pour dialoguer, même s’il a annoncé une réunion sur le Groenland, qu’il continue de vouloir annexer. «Dans un dialogue, tout le monde doit être respecté», a poursuivi Emmanuel Macron. A bon entendeur…
Pilonner Macron
Et maintenant? A coup sûr, Donald Trump va continuer de pilonner Emmanuel Macron comme il l’a fait depuis deux jours, en dévoilant des messages privés reçus du président français (qui proposait d’organiser une rencontre à Paris du G7, dont la France assure la présidence tournante) et en annonçant 200% de droits de douane sur les vins et spiritueux en provenance de France.
Logique: le locataire de l’Elysée, malgré son volontarisme européen, est chroniquement faible. La France aura un budget à l’arraché ce mardi 20 janvier, après le recours à la procédure sans vote de l’article 49.3 de la Constitution. Le pays est enlisé dans une spirale de dépenses publiques qui minent sa crédibilité. Le chancelier allemand a reconnu que les menaces de 10% de droits de douane américains supplémentaires sur les produits importés des huit pays ayant envoyé des soldats au Groenland «nuiraient à l’économie européenne et, en particulier, à l’économie allemande». La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a refusé d’envoyer des troupes sur le territoire arctique…
Merz plus prudent
Une phrase est surtout lue et relue à Davos depuis que le chancelier Friedrich Merz l’a prononcée: «La France n’est pas touchée par les droits de douane américains dans la même mesure que nous. Je comprends donc qu’elle veuille réagir plus durement que nous le souhaitons.»
Est-ce le début d’une faille européenne? Que va-t-il se passer si Trump hausse davantage le ton? Le président français sera a priori reparti mercredi lorsque le chef d'Etat américain s’exprimera. De mauvaises surprises sont-elles à attendre avant le sommet européen extraordinaire du 22 janvier, alors que les rumeurs circulent sur l’arrivée (programmée) d’avions de l’US Air Force sur la base américaine de Pituffik, au Groenland? Le duel Macron-Trump est désormais trop engagé pour ne pas aboutir à une escalade.