Un commentaire de Richard Werly
La souveraineté, c'est refuser le racket de Trump

Tous ceux qui, en Suisse et ailleurs, défendent l'idée de souveraineté, doivent réagir de suite face à Donald Trump. Continuer d'exiger le Groenland, comme il l'a fait dans son discours à Davos, ne mérite qu'une réponse: «Non», écrit notre journaliste Richard Werly
Pour notre journaliste, la pression américaine impose une réaction immédiate de tous ceux qui défendent la souveraineté en Suisse et ailleurs.
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Richard WerlyJournaliste Blick

Donald Trump va trop loin. Il suffit de regarder quelques minutes de son discours au Forum de Davos, ce mercredi 21 janvier, pour s'en rendre compte. Outre la forme décousue de son intervention, ses phrases humiliantes sur la Suisse – qui aurait pu et dû payer davantage de droits de douane – ou sur l’Europe, et ses attaques personnelles contre des dirigeants tels que Karin Keller-Sutter ou Emmanuel Macron et ses «lunettes bleutées», tout, dans cette prise de parole, témoigne du sentiment total d’impunité dont se délecte le président des Etats-Unis.

Avec, un an pile après son investiture à Washington, le 20 janvier 2025, un objectif répété sans cesse: faire payer, sous une forme ou sous une autre, ses alliés, protégés à ses yeux sans contrepartie depuis 1945.

Accord sur le Groenland

Le Groenland, au sujet duquel Donald Trump a annoncé avoir trouvé un accord en fin de journée, sur proposition du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, est, de ce point de vue, un cas d’école. Les Etats-Unis peuvent tout y faire sur le plan de la sécurité, en termes de déploiement de troupes. Et les Groenlandais, de leur côté, ne cessent de demander qu’on les laisse tranquilles, avec leur statut actuel de territoire autonome du royaume du Danemark.

Alors? La vérité est, comme son discours à Davos l’a confirmé, que le président des Etats-Unis considère son appétit territorial comme supérieur à toute considération politique, militaire, diplomatique ou environnementale. Lui refuser ce «morceau de glace» dont il a exigé «le titre de propriété» est inacceptable. Et prétendre que les Européens sont tout à fait capables de le défendre est une pure fiction.

Message à l’élite financière

Le message adressé, devant l’élite financière mondiale, est donc limpide: la première puissance mondiale s’arroge, en 2026, le droit de racketter quiconque commerce avec elle ou, pire, quiconque est lié à elle par une alliance. Même la petite Helvétie, qui se croyait respectée parce que culturellement proche de cette grande sœur américaine, n’est qu’un coffre-fort dont Trump peut demander à tout moment l’ouverture.

Le droit des autres à défendre leurs frontières est bafoué, surtout lorsqu’ils sont beaucoup moins puissants que les Etats-Unis. Le droit à diverger avec Washington est nié. Seules sont autorisées les exclamations d’admiration devant le bilan économique merveilleux de ce président qui, désormais, se juge plus performant que ses prédécesseurs George Washington ou Abraham Lincoln.

Ceux qui, ayant assisté à ce spectacle dans la station des Grisons, continuent de prétendre que Trump n’est pas un danger pour la communauté internationale, pour le droit et pour le continent européen, sont volontairement sourds et aveugles. L’agenda défendu par Trump à Davos est, ni plus ni moins, celui d’un prédateur qui ne conçoit qu’une seule loi: la sienne. Et qu’une seule règle: celle fixée par les États-Unis.

Refuser son racket, faire preuve de solidarité européenne et apprendre à dire non à ses exigences est plus qu’une exigence: c’est une obligation de survie. Et, de ce côté-ci de l’Atlantique, la condition sine qua non de la défense de notre souveraineté.

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