Le Danemark sous pression
A quoi ressemblerait la guerre de Trump au Groenland?

S'emparer du Groenland et de ses ressources naturelles est une priorité assumée pour Donald Trump. Mais comment y parvenir sans un coup de force face au Danemark, dont le territoire dépend, sans être membre de l'Union européenne? Et si une guerre avait lieu?
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Le vice-président des Etats-Unis JD Vance s'est rendu en visite au Groenland le 28 mars 2025.
Photo: AP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Une guerre impossible. Comment imaginer, en effet, que des soldats américains, déjà basés au Groenland où les Etats-Unis disposent d'une base à Thulé, se retrouvent face à l'armée danoise, dans le cadre d'une offensive déclenchée pour prendre le contrôle de ce territoire grand comme quatre fois la France ?

La Première ministre danoise l'a d'ailleurs sèchement répété dans un communiqué publié ce mardi 6 janvier: le Danemark fait partie de l'OTAN, l'Alliance atlantique composée de 31 pays membres autour des Etats-Unis, et le Groenland est donc intégré dans cette coalition d'alliés. Reste l'obligation, pour Copenhague, de préparer des plans...

Acheter le Groenland

Le plus probable, encore une fois, est que l'administration américaine multiplie les offres au gouvernement groenlandais, pour convaincre ce dernier, par exemple, d'organiser un nouveau référendum sur son rattachement aux Etats-Unis. Tel est l'objectif assigné au lobbyiste en chef désigné par Trump: le gouverneur de Louisiane Jeff Landry. 

Celui-ci a un ordre de mission: faire bouger les lignes à Nuuk, la capitale groenlandaise, d'ici «vingt jours», afin que l'annexion du territoire soit bouclée avant le 250e anniversaire de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis, en juillet prochain, et surtout avant les élections législatives de mi-mandat en novembre 2026.

L'offre qui tient le plus la route, et qui s'accompagnerait sans doute d'une promesse d'assistance annuelle bien supérieure à celle octroyée par le Danemark – le royaume paie une subvention annuelle de 700 millions d'euros pour les 56'000 Groenlandais, soit la moitié du budget territorial – est celle d'un statut similaire à celui des lointaines îles du Pacifique, les Samoa.

Le modèle Samoa

Aux Samoa américaines, territoire doté d'un parlement et d'un gouvernement, l'administration est exercée par le département de l'Intérieur des Etats-Unis — ce qui n'est pas le cas à Porto Rico. Les habitants de l'île possèdent la nationalité américaine, mais pas la citoyenneté. Ils disposent de la libre circulation sur le territoire des Etats-Unis, mais pas du droit de vote. Cet archipel est donc, de facto, sous tutelle du gouvernement fédéral. 

En cas de transaction, le fameux «deal» cher à Trump, le prix à payer pour acheter le Groenland a par ailleurs été évalué entre vingt et cent milliards de dollars. Mais cela ne veut rien dire, vu l'importance stratégique de l'Arctique. Pour rappel, l'administration Truman, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, avait fait une offre au Danemark: dix milliards de dollars.

Oublions toutefois le tapis vert des négociations. Que se passerait-il si l'armée des Etats-Unis passait à l'action? Le plus probable, selon les experts, serait un débarquement dans la capitale Nuuk, par voie aéroportée. C'est là qu'est installé le commandement danois pour l'Arctique. Le premier objectif serait donc d'en prendre le contrôle.

Les plans existent

Aussitôt, des structures militaires d'accueil pour des troupes supplémentaires acheminées par voie maritime et aérienne seraient mises en place: « es ports et les pistes d’atterrissage du Groenland ne peuvent actuellement pas soutenir des opérations militaires à grande échelle, mais les Etats-Unis n’y ont pas besoin de grandes bases. Des améliorations ciblées des infrastructures peuvent considérablement améliorer la logistique et l’accès en cas de besoin», peut-on lire dans une note américaine.

Celle-ci recommandait en priorité, pour sécuriser la capitale groenlandaise en cas d'intervention ennemie, « la construction d’une piste de 9'000 pieds dans l’ouest du Groenland, sur un site comme Aasiaat, pour compléter les capacités existantes et prévues à Pituffik et Kangerlussuaq. Cette troisième piste renforcerait la résilience opérationnelle, en garantissant la poursuite des opérations de chasseurs ou de bombardiers malgré les conditions météorologiques arctiques ou d’éventuelles attaques adverses». Le schéma pourrait donc s'appliquer aussi aux forces américaines.

La sidération l'emporterait

Comment réagiraient le Danemark et ses alliés européens, qui viennent de confirmer leur soutien à Copenhague en cosignant le communiqué de ce mardi 6 janvier? Le plus probable est que la sidération l'emporterait. D'où l'importance de décourager en amont les États-Unis d'opérer un tel coup de force. 

Cette semaine, les Forces armées danoises ont annoncé que deux hélicoptères EH-101 Merlin et la frégate HDMS Nils Juel étaient arrivés sur l’île arctique. Des avions de chasse F-16 seront déployés à Kangerlussuaq et ont reçu l'ordre de patrouiller la côte ouest de l’île. Le renforcement de la présence militaire, annoncé par le commandement danois, comprend également des forces spéciales «menant des entraînements et des exercices autour des infrastructures critiques».

La question est celle d'éventuelles opérations de combat. Lesquelles, selon Stephen Miller, secrétaire général adjoint de la Maison-Blanche, n'auront pas lieu: «Les Etats-Unis sont la puissance dominante de l’OTAN. Pour que les Etats-Unis sécurisent la région arctique et protègent l’OTAN ainsi que ses intérêts, le Groenland devrait évidemment faire partie des États-Unis. Personne ne nous fera la guerre militairement pour l’avenir du Groenland», a-t-il répondu à la Première ministre danoise, qui a dit redouter l'effondrement de 80 ans de liens de sécurité transatlantiques.

Si l'Amérique attaque...

«Si les Etats-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’OTAN, alors tout s’arrête, y compris l’OTAN et donc la sécurité assurée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale», a-t-elle déclaré. Réponse de Washington: les Européens bluffent. Ils se résigneront si les Etats-Unis passent à l'action.

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