Chocs annoncés
Si l'Europe craque en 2026, ce sera à cause de ces 5 crises

2026 sera une année décisive pour l'Union européenne et ses principaux partenaires, dont la Suisse. A cause de l'Ukraine. A cause du Groenland. A cause de la Chine. A cause des géants de la Tech. 2026, année du sursaut ou du recul?
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Richard WerlyJournaliste Blick

Rendez-vous à Davos du 19 au 23 janvier, puis à Munich du 13 au 15 février. Sur l’agenda helvétique et européen, ces deux dates sont incontournables. Dans la station des Grisons, Donald Trump en personne fera sans doute la leçon à ses partenaires européens. Puis, dans la capitale bavaroise, l’élite de la sécurité mondiale se réunira comme chaque année avec, en arrière-plan, le discours du vice-président JD Vance prononcé en 2025. Trump et Vance ont de toute façon formalisé leur vision de l’Europe. Elle est contenue dans la «National Security Strategy» des Etats-Unis, publiée le 8 décembre. Un document d’une trentaine de pages dans lequel l’actuelle administration américaine s’inquiète de notre «effacement civilisationnel».

Davos et Munich ouvriront une année 2026 à hauts risques pour l’Union européenne et ses principaux partenaires, dont la Suisse. Pourquoi? Parce que les Etats-Unis, la Chine et surtout la Russie vont continuer de tester notre résistance. Avec, en ligne de mire, ces cinq points névralgiques.

En Ukraine, le risque maximal

Le nouveau rendez-vous est pris début janvier à Paris. Emmanuel Macron y recevra la coalition des volontaires autour de l’Ukraine, en présence de Volodymyr Zelensky. Il s’agira, pour les Européens, d’entendre le président ukrainien les «débriefer» sur son long entretien, le 28 décembre en Floride, avec Donald Trump. Ce dernier n’a cessé, lors de leur conférence de presse commune, de saluer, contre toute évidence, la volonté pacifique de Vladimir Poutine. Trump a, dans la foulée, dénoncé l’attaque présumée de drones ukrainiens contre la résidence du président russe.

Trois enjeux pour 2026 en Ukraine pour les Européens: leurs fameuses «garanties de sécurité» et le déploiement éventuel de troupes aux frontières du pays, en plus d’une surveillance aérienne; l’utilisation des 90 milliards d’euros mis à la disposition de Kiev via un emprunt communautaire décidé le 18 décembre à Bruxelles; et surtout, la perspective d’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne, que les Américains voudraient voir dès 2027!

Au Groenland, le poker menteur

Donald Trump veut le Groenland. Il le répète et il a nommé pour cela un émissaire spécial, l’ex-gouverneur de Louisiane Jeff Landry, l’un des ténors de l’aile dure du mouvement MAGA (Make America Great Again). La réponse du Danemark, responsable de la souveraineté du Groenland (territoire non-membre de l’Union européenne)? Fermeté diplomatique, mais recours au carnet de chèques pour calmer le jeu. Le gouvernement danois vient de décider l’acquisition de 2,8 milliards de dollars d’armement américain.

Pas sûr toutefois que Trump lève le pied. Les Etats-Unis veulent d’autres bases militaires au Groenland, indispensables à leur projet de «Dôme d’or», leur futur bouclier antimissiles. Ils convoitent aussi les ressources naturelles du Groenland et le contrôle de la route commerciale de l’Arctique. Le poker menteur va continuer et, pour l’heure, l’UE reste à distance de ce dossier pourtant stratégique.

Sur le front numérique, la guerre

Il n’y a pas d’autres mots pour décrire l’ambiance entre la direction générale de la concurrence de la Commission européenne et les géants de la tech américains. La guerre numérique est déclarée, et les Etats-Unis veulent à tout prix la gagner. La décision prise par Washington d’interdire de visa l’ancien commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, est révélatrice. Elle confirme le décret exécutif signé par Trump le 21 février 2025, pile un mois après son investiture.

Son titre? «Défendre les entreprises et les innovateurs américains contre l’extorsion étrangère et les amendes et pénalités injustes». Son contenu? Défendre par tous les moyens les entreprises numériques américaines, cibles selon lui de mesures «extraterritoriales» qui entravent leur expansion économique, au détriment du «bien-être de la Nation», de la souveraineté américaine et de l’emploi. Son programme? Prendre «toutes les mesures nécessaires pour atténuer le préjudice causé aux Etats-Unis».

Avec la Chine, l’impasse

Emmanuel Macron en a fait l’amère expérience lors de sa visite en Chine du 5 au 7 décembre. Le président français avait initialement convié Ursula von der Leyen à l’accompagner. Pékin a répondu «non». Pas question de recevoir la présidente de la Commission européenne, gardienne du marché intérieur si convoité par les exportateurs chinois.

On a vu, depuis, les polémiques se multiplier, en France et ailleurs, sur les plateformes chinoises comme Shein ou Temu. En clair: l’UE apparaît démunie et incapable d’obtenir de la seconde puissance économique mondiale les concessions commerciales indispensables pour remédier à son déficit (305 milliards d’euros en 2024 en faveur de la Chine). Les industriels allemands aimeraient notamment divorcer de la Chine, qui dispose désormais d’une forte avance technologique dans le secteur de l’automobile électrique. Mais quid des consommateurs européens et de toutes les entreprises dont la rentabilité dépend des importations «made in China»? 2026, année de l’impasse sino-européenne?

Le Mercosur, fracture sociale

La France n’a obtenu qu’un répit lors du sommet de Bruxelles le 18 décembre. L’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay) devrait être signé le 12 janvier à Asunción, au Paraguay. Paris a exigé que les garanties apportées au monde agricole soient confirmées et entérinées avant toute signature. A voir, donc.

Mais le sujet du Mercosur est bien plus large. Il démontre l’incapacité des gouvernements, dans une relation de libre-échange commercial, à rassurer les segments les plus vulnérables de leur population, exposés à une concurrence d’importations moins chères. Or l’UE a besoin de nouveaux marchés pour compenser les tarifs douaniers américains. Les droites nationales-populistes entonnent avec succès le refrain du protectionnisme. Derrière le Mercosur, l’UE livre la bataille la plus risquée politiquement: celle de sa cohésion.

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