Trump veut l'acheter
Le Groenland a un prix: nous l'avons calculé

Lors de leur rencontre à Washington avec les dirigeants américains ce mercredi 14 janvier, les dirigeants du Danemark et du Groenland vont à nouveau refuser tout chèque des Etats-Unis. Mais le territoire a quand même un prix.
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La capitale du Groenland, Nuuk, n'a jamais été aussi visitée et mentionnée par les gouvernements européens.
Photo: Anadolu via Getty Images
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Richard WerlyJournaliste Blick

Le Groenland n'est pas à vendre. Et cet immense territoire glacé, grand comme quatre fois la France, n'appartiendra pas demain aux États-Unis. Cette évidence sera répétée d'emblée par la Première ministre du Danemark et par son homologue groenlandais à leurs hôtes américains ce mercredi 14 janvier à Washington: le vice-président J. D. Vance et le secrétaire d'État (et conseiller à la sécurité nationale) Marco Rubio. Merci donc à Donald Trump de ranger son carnet de chèques, s'il avait l'intention d'apposer sa fameuse signature en dessous de nombreux zéros! Mais cela veut-il dire que le Groenland n'a pas de prix? Pas sûr.

Si l'on plonge dans les archives et que l'on raisonne sur la base de ses ressources et de sa population (entre 55'000 et 60'000 Groenlandais), cette île énorme, recouverte de glace et riche en ressources naturelles, vaut en 2026 bien plus que d'autres territoires disputés. Combien? Procédons par ordre pour calculer…

L'offre de Truman

Première référence possible: l'offre faite après la Seconde Guerre mondiale au Danemark par Harry Truman. Le président démocrate, successeur de Roosevelt à la Maison-Blanche le 12 avril 1945, veut déjà le Groenland. Il dépose une offre secrète de 100 millions de dollars pour le territoire arctique. Copenhague refuse ce qui représenterait aujourd'hui l'équivalent de 1,4 milliard de dollars! En revanche, le message politique est passé. Le 27 avril 1951, soit presque un an après le début de la guerre de Corée, le gouvernement danois signe avec les Etats-Unis l'accord, toujours en vigueur, sur la présence militaire américaine au Groenland. Il fournit aux Etats-Unis une base légale pour y installer des bases et des troupes, sous l'égide de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). L'objectif est alors, pour Washington, l'implantation d'une surveillance radar. La base spatiale de Pituffik (Thulé), toujours au cœur du différend actuel avec Donald Trump, devient le nœud gordien américain sur l'île. Cette offre sonnante et trébuchante rejetée par Copenhague, mais qui a servi de levier aux Etats-Unis pour obtenir des droits substantiels, serait-elle un modèle pour le tandem JD. Vance-Rubio?

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Seconde référence: les rapports d'universitaires et d'experts, basés sur les ressources naturelles du Groenland (terres rares, réserves d'hydrocarbures estimées à plusieurs dizaines de milliards de barils équivalent pétrole), mais aussi sur les difficultés liées à leur exploitation, compte tenu des conditions climatiques extrêmes. Plusieurs rapports parviennent à une estimation de 700 milliards de dollars pour ce territoire de deux millions de km2. Une fourchette haute est fixée à 900 milliards, soit l'équivalent du budget annuel de la Défense aux Etats-Unis. Pas si cher après tout: un an de budget militaire pour contrôler un territoire que Donald Trump estime stratégique pour la protection de son pays contre d'éventuelles attaques en provenance de Russie ou de Chine! C'est ce chiffre que l'ancien promoteur immobilier a sans doute en tête lorsqu'il répète: «J’adorerais conclure un accord avec eux», à propos du Danemark.

Les îles Caraïbes

Troisième estimation, sans aucun rapport avec les précédentes: celle qui valorise le caractère stratégique de l'île. En 1916, les Etats-Unis ont accepté d’acheter des îles dans les Caraïbes au Danemark. Il s'agit des îles Vierges, achetées 25 millions de dollars avec 26'000 habitants. En tenant compte de la richesse du sous-sol, de la nécessité pour le Danemark de «rembourser» ses investissements – le pays verse chaque année 550 millions d'euros au budget du Groenland autonome – l'addition conduirait au paiement d'une rente annuelle de 2,5 milliards de dollars. Faites le calcul au vu des 2,1 millions de kilomètres carrés: environ 1 400 dollars le km2 (1,4 dollarspar m2)! Une sacrée bonne affaire pour un promoteur comme Trump, habitué aux prix de New York, où le m2 à l'achat se négocie en moyenne autour de 15'000 dollars et à 85 dollars pour la location!

Cher ou pas cher le Groenland? Si, comme Trump l'affirme, le territoire est essentiel pour la sécurité des Etats-Unis, toute les additions sont en réalité possibles. À moins que le vrai prix de l'île soit celui évoqué par Olivier Poivre d'Arvor, ambassadeur français chargé des pôles: «Le Groenland n'a pas une valeur en soi; si vous me demandez la valeur de la France, j'aurais du mal à la donner, parce qu'il faudrait mettre bout à bout des choses qui existent et des choses qui n'existent pas.»

Marco Rubio et J. D. Vance sont de toute façon prévenus: à cette heure, le Groenland n'est tout simplement pas à vendre.

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