Donald Trump est un chasseur de primes. Impossible, lors de sa conférence de presse du 20 janvier, pour le premier anniversaire de son investiture, de ne pas penser aux images de western et de chasse à l'homme, lorsque le président des Etats-Unis a brandi en direct les portraits de migrants illégaux présumés criminels, énumérant leurs crimes horribles. Chasseur de primes, mais aussi maître de la téléréalité. Multiplication de répétitions. Chiffres fantaisistes, comme les supposés 18'000 milliards de dollars de promesses d'investissements étrangers depuis son arrivée à la Maison Blanche. Bref, derrière la logorrhée «sans filtre» trumpiste se cachent peut-être d'autres choses…
Les dirigeants européens évoquent fréquemment ce sujet en privé, et ils en reparleront sans doute dans les couloirs du sommet des 27 pays de l'UE à Bruxelles, jeudi 22 janvier: et si l'octogénaire Donald Trump (il aura 80 ans le 14 juin prochain) était fou? Et s'il avait perdu le sens des réalités, entouré de conseillers encore plus radicaux que lui lorsqu'il s'agit de chasser les immigrants, d'imposer des tarifs douaniers ou de chercher à annexer le Groenland? «Trump donne parfois l'impression de ne plus avoir de repères ou de garde-fous», concède l'ancien ambassadeur français Philippe Etienne dans son livre tout juste publié, Le Sherpa. Une folie psychiatrique ? Non, plutôt un hubris. Un syndrome de toute-puissance exacerbé par son entourage. «Il faut imaginer qu'il est entouré d'un clan d'ultras qui veulent tout casser: les concurrents des États-Unis, les lois électorales en vigueur, le système international», poursuit notre interlocuteur.
Les psychiatres interrogent
La folie de Trump, au sens strict, n'en est pas moins un sujet pour les psychiatres. Dans un long article publié par le site Le Grand Continent, Elisabeth Roudinesco émet des inquiétudes sur la stabilité mentale de l'homme le plus puissant du monde. Exemple: la réception de l'opposante vénézuélienne Maria Machado, qui lui a remis sa médaille de prix Nobel de la Paix. «J’ai vu dans cette cérémonie grotesque le franchissement d’une ligne», explique-t-elle.
«Sachant qu’il n’aura sans doute jamais le prix qu’il convoite, Donald Trump organise une mise en scène: la remise d’un prix qui ne lui est pas destiné et qui est de fait un semblant. (...) C’est précisément là que quelque chose bascule: par cette mise en scène grotesque et sans éprouver un seul instant la crainte du ridicule, ils font advenir une réalité étrange, parallèle, délirante.»
Cette psychanalyste française éminente poursuit: «Là est son délire visible: un délire des grandeurs fondé sur le culte de son ego; un délire narcissique d’histrion qui devient d’autant plus dangereux que son entourage s’y soumet.» Elisabeth Roudinesco se souvient qu'en 2017, après sa première victoire présidentielle, Donald Trump avait été qualifié par les meilleurs psychiatres américains de «mélange de sociopathe, narcissique, sadique, dangereux et incapable de gouverner son pays».
Qu'en est-il presque 10 ans plus tard? «Je peux vous dire que tous les dirigeants des grands pays européens ont demandé son profil psychologique», confie une source à Bruxelles. «Trump n'est plus considéré comme un président comme les autres. Il ne se maîtrise plus et, dans l'Union européenne (UE) où tout est affaire de maîtrise, cela sème un vent de panique.»
Merkel l'avait dit
L'ex-chancelière allemande Angela Merkel l'avait écrit noir sur blanc dans «Liberté», son livre de mémoires paru en 2021. «Je l’ai d'abord pris pour quelqu’un de tout à fait normal», écrivait-elle. Avant de rectifier, en souvenir de sa première rencontre avec Trump en 2017, dans son bureau ovale. Le président des Etats-Unis refuse alors de lui serrer la main devant les caméras. L'exagération et la provocation sont ses marques de fabrique.
«Au lieu de le supporter stoïquement, se souvient Angela Merkel, je lui ai murmuré que nous devrions nous serrer la main à nouveau. Dès que les mots ont quitté ma bouche, j’ai secoué la tête en me reprochant ma naïveté. Comment ai-je pu oublier que Trump savait parfaitement ce qu’il faisait… Il voulait donner aux gens matière à parler par son comportement, tandis que j’avais agi comme si j’avais une conversation avec quelqu’un de tout à fait normal.»
Aux Etats-Unis, la thèse de la folie
Fou, ce Donald Trump qui passe son temps à dénoncer les supposés égarements de Joe Biden, son prédécesseur? Eugene Robinson, longtemps éditorialiste au Washington Post (WP), le croit depuis la première présidentielle de 2016: «Pendant la saison des primaires, alors que les sorties bizarres de Donald Trump l’aidaient à écraser la concurrence, je pensais qu’il faisait preuve d’une folie calculée. Aujourd’hui, je suis de plus en plus convaincu qu’il est tout simplement fou.»
Or, ce jugement est aussi celui de parlementaires américains, en contact avec leurs homologues européens. Ruben Gallego est sénateur de l'Arizona. Il a longuement échangé ces derniers jours avec les dirigeants danois, mais aussi avec le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul. Qu'a-t-il dit? «J’ai été très clair», a-t-il répété sur CNN. «Trump est un fou. Il est dérangé. Il ne pense qu’à lui-même.»
Ses interlocuteurs européens ont relancé la question. Même réponse: «Trump n’est pas rationnel en ce moment. Il détruit la réputation mondiale de notre pays, et potentiellement nos opportunités économiques et notre puissance économique à l’échelle mondiale, simplement parce qu’il se montre mesquin. Rien de tout cela n’est rationnel. Tout le monde doit arrêter de faire semblant que c’est rationnel.» Et si c'était vrai?