Donald Trump a-t-il vraiment reculé à Davos, quelques heures après avoir prononcé un discours aussi décousu que menaçant, durant lequel il a clamé le droit des États-Unis à être «remboursés» pour la paix en Europe depuis 1945? Il faudra attendre, pour le savoir, de connaître le détail du «cadre de l’accord» sur le Groenland que lui a soumis, avec succès, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Il faudra voir, aussi, ce que les dirigeants européens répondront aux invectives américaines à Davos, lors de leur sommet extraordinaire à Bruxelles ce jeudi 22 janvier.
Cinq raisons cachées expliquent en revanche largement l’apparente volte-face du président des États-Unis, au risque pour celui-ci de mériter de nouveau son surnom de TACO (Trump Always Chickens Out – Trump est toujours une poule mouillée). Les voici.
Au Groenland, l’annexion impossible
C’est simple: demander le «titre de propriété» du Groenland, comme Trump l’a fait dans son discours à Davos, en demandant qu’on lui donne ce «morceau de glace mal placé», ne menait nulle part. Pourquoi? Parce que le gouvernement groenlandais, incontournable sur l’avenir de son territoire autonome au sein du royaume du Danemark, a clairement dit non. Trump a d’ailleurs très peu, lors de son intervention, parlé des Groenlandais. Logique: les pourparlers secrets de son émissaire, le gouverneur de Louisiane Jeff Landry, semblent avoir échoué.
L’idée d’un gros chèque aux 57'000 habitants du territoire s’est évaporée. Le chiffre de 700 milliards de dollars pour acheter l’île n’a pas ouvert de brèche entre Nuuk et Copenhague. L’utilisation de la force était refusée par l’état-major américain. L’annexion était impossible. Mais attendons d’en savoir plus sur le supposé accord négocié par le secrétaire général de l’OTAN…
À Wall Street, le début de tempête
C’est à la fois la grande réussite et le talon d’Achille de Donald Trump depuis le début de son second mandat. Malgré les avertissements des économistes sur le non-sens des tarifs douaniers et les risques d’une guerre commerciale mondiale pour les Etats-Unis, la Bourse américaine bat tous les records depuis un an. Or, à Davos, tous les grands patrons des firmes cotées à Wall Street étaient présents dans la salle pour écouter Donald Trump.
Une écoute inquiète: depuis quelques jours, ses dernières menaces contre l’Europe déstabilisaient les marchés. Les indices boursiers étaient à la baisse, alors que les taux des Treasuries repartaient à la hausse, comme au lendemain de l’annonce chaotique des tarifs douaniers, le 2 avril 2025. Moins de 2,1% à Wall Street mardi. Or Trump redoute une tempête boursière…
À Washington, le couperet judiciaire
C’est le scénario avancé par l’entourage d’Emmanuel Macron, qui avait présenté la veille de l’arrivée de Trump à Davos un plan de déploiement des forces de l’OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord) au Groenland. Lisez bien, car il faut expliquer. A priori, déployer l’OTAN au Groenland, territoire sur lequel les Etats-Unis disposent de bases et d’un accord de sécurité avec le Danemark depuis 1951, semblait étonnant, alors que les Européens ont de moins en moins confiance dans cette alliance militaire dominée par les Américains.
Mais en faisant cela, Macron a envoyé un message à la Cour suprême des Etats-Unis, qui doit se prononcer sur les tarifs douaniers. Impossible pour les juges, même les plus conservateurs, de ne pas voir que les 10% de droits de douane supplémentaires que Trump voulait infliger aux huit pays européens ayant déployé des soldats au Groenland étaient, en réalité, utilisés comme une arme punitive, exigeant donc l’approbation préalable du Congrès. En clair: Trump agressait ses alliés. Il ne ripostait pas à une menace. Le couperet judiciaire pouvait tomber.
À Davos, le prix Nobel en suspens
Donald Trump veut encore ce prix, dont il possède désormais la médaille, remise dans le bureau ovale par la lauréate de 2025, l'opposante vénézuélienne Maria Corina Machado. Contrairement à ce qu’il a écrit au Premier ministre norvégien reçu récemment à la Maison-Blanche, le président des Etats-Unis n’a pas tourné la page. Trump est clairement vexé de ne pas avoir obtenu le Nobel durant la première année de son second mandat, lui qui affirme avoir mis fin à huit guerres. Il a donc dit à son hôte norvégien qu’il ne s’occuperait plus seulement de «paix».
Sauf que son ego dit le contraire. Et à Davos, où il installe ce jeudi 22 janvier son «Conseil de la paix» aux contours flous, avec le soutien d’Etats arabes, mais aussi de l'Indonésie, de l'Argentine ou de la Hongrie, ses interlocuteurs l’ont flatté. Pourquoi gâcher sa chance d’un futur Nobel avec un coup de force au Groenland? Une paix durable au Moyen Orient, aidée par la reconstruction de Gaza, lui conférerait une nouvelle chance. N'oublions pas que l’ego démesuré de Trump reste sa principale force. Et sa faiblesse…
À Bruxelles, le front commun
L’annonce de la tenue d’un sommet européen extraordinaire des dirigeants des 27 pays de l’Union européenne (UE) à Bruxelles, ce jeudi 22 janvier, a compliqué les affaires de Donald Trump. La veille de son discours à Davos, déjà, l’appel au refus catégorique de toute pression américaine par le Premier ministre du Canada et par Emmanuel Macron avait marqué les esprits.
Contrairement à son pronostic, l’UE n’était pas en train de se déliter sous la menace. Au contraire. Le risque d’activation du mécanisme européen anticoercition, avec sanctions à la clé contre les Big Tech américaines, était sur la table. Or l’objectif central de Trump demeure de protéger ces géants numériques qui font la force des Etats-Unis et de diviser l’Union européenne. Elon Musk est d'ailleurs attendu à Davos. Après le bâton, la carotte?