Peur justifiée ou pas?
Comment et pourquoi l'Iran attaqué nous menace (encore)

Emmanuel Macron s'exprimera sur la guerre en Iran ce mardi soir 3 mars. Au cœur de l'intervention du président français: la menace que fait peser le conflit sur son pays, et sur ses voisins. La Suisse, elle, est ménagée par l'Iran.
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L'hypothèse d'un missile iranien tiré sur un pays européen est très improbable. Mais Chypre a tout de même été visée.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Attention, risque de manipulation colossal! Avant d'évoquer la menace que l'Iran fait potentiellement peser sur les pays européens, la plus grande prudence s'impose. En 2003, avant l'invasion américaine de l'Irak, ce pays dirigé par Saddam Hussein était présenté comme détenteur d'armes chimiques et comme un danger immédiat pour la communauté internationale. Le dictateur irakien était aussi accusé par les Etats-Unis, contre toute évidence, d'avoir une part de responsabilité dans les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Gare, donc, à ne pas attribuer à l'Iran, pays attaqué par les Etats-Unis et Israël, des menaces exagérées.

Une chose est certaine: la menace nucléaire «existentielle» brandie par Israël pour justifier ses frappes aériennes préventives a été largement retardée par la guerre de douze jours de juin 2005. «Nous les avons fait reculer d'au moins deux ans», nous confiait récemment, dans son bureau de la Knesset (le Parlement) à Jérusalem, la vice-ministre des Affaires étrangères Sharren Haskel.

Qu'en est-il aujourd'hui, après quatre jours de guerre? Et quelles conséquences doivent en tirer les Européens, qui ne participent pas à cette guerre aérienne, même s'ils n'ont pas exclu d'y être entraînés si des pays alliés comme les Emirats arabes unis devaient se défendre? Un pays européen, pour l'heure, est ménagé par Téhéran: il s'agit de la Suisse. Berne conserve les «capacités» et le «potentiel» pour jouer un «rôle constructif», a déclaré mardi l'ambassadeur iranien à l'ONU à Genève. Alors que d’autres pays européens ont en revanche «perdu» cette possibilité, après leur refus de condamner les frappes, y compris celles ayant conduit, le 28 février, à la mort du Guide suprême Ali Khamenei lors d'une réunion au sommet des dirigeants iraniens.

Macron face aux Français

C'est dans ce contexte qu'Emmanuel Macron a choisi de s'exprimer devant les Français ce mardi soir 3 mars. Au moment où le président français parlera, le chancelier allemand Friedrich Merz sera tout juste reparti de la Maison Blanche, où il a rencontré Donald Trump. Ces deux dirigeants européens, comme le Premier ministre britannique, disposent de renseignements très complets sur la menace iranienne: menace ballistique, avec les missiles à longue portée capables «d'accrocher» un territoire proche de l'UE; menace terroriste, avec la possibilité de voir des agents dormants se réveiller pour la lutte finale entre la République islamique et l'Occident; menace économique, avec le risque de fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20% du pétrole consommé dans le monde.

La plus immédiate de ces menaces est le terrorisme. Lundi 2 mars, l'administration Trump a publié une liste de tous les attentats commis ou commandités par des agents iraniens contre des intérêts américains depuis la fondation de la République islamique en 1979. Plus d'une cinquantaine d'explosions, assassinats ou prises d'otages sont mentionnés.

La France pourrait en faire autant, et la liste serait encore plus longue. L'Iran, promoteur mondial du terrorisme islamiste, peut s'en prendre à nouveau aux troupes européennes déployées dans la région (bases françaises et britanniques, troupes allemandes en Irak...). A Paris, le souvenir de l'attentat de la rue de Rennes en 1986, ou celui de l'attentat contre l'immeuble Drakkar à Beyrouth le 23 octobre 1983, hante la mémoire collective. Dans les deux cas, l'Iran était impliqué. Très récemment, une activiste islamiste iranienne a été traduite en justice. Plusieurs suspects en lien avec l'Iran avaient été arrêtés en 2023 et 2024, suspectés d'envisager des actions terroristes.

Menace ballistique

La menace ballistique, à savoir celle d'un tir de missile, est beaucoup moins probable. L'Europe de l'Ouest est a priori hors de portée. Mais ce n'est pas le cas de pays du sud de l'Europe, où des bases navales comme Souda (Grèce) ou Naples (Italie) sont exposées. Les cibles européennes les plus faciles à atteindre sont les installations militaires françaises et britanniques à Chypre, en Jordanie, aux Emirats arabes unis ou à Djibouti. Sans parler des cibles constituées par les dizaines de milliers de ressortissants européens agglutinés dans les hôtels et les aéroports du Moyen-Orient. Un attentat-suicide dans l'un de ces endroits endeuillerait, à coup sûr, plusieurs pays de l'UE.

Menace économique

Dernière menace: celle qui pèse sur nos portefeuilles. Un Iran qui résiste est un Iran qui, potentiellement, plongera l'économie mondiale dans le chaos. La question du pétrole est bien sûr décisive. Mais l'on sait aussi combien les Bourses, montées au plus haut depuis un an, sont fragiles. La tactique de la République islamique est d'ailleurs sans doute de semer la terreur pour faire monter le plus possible le coût économique de cette guerre. Au lendemain de l'attaque russe contre l'Ukraine, le 24 février 2022, le prix du baril de pétrole avait dépassé les 100 dollars. Bis repetita dans les jours à venir?

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