Abattre des drones de combat ennemis: après quatre ans de guerre, l’Ukraine a acquis un savoir-faire unique au monde dans ce domaine. Depuis cette semaine, les pays arabes du Golfe et même le président américain Donald Trump s’y intéressent. Plusieurs d’entre eux ont contacté Kiev pour demander de l’aide face aux projectiles iraniens de type kamikaze.
Les Ukrainiens se disent prêts à partager leur expertise en matière de drones. Pas seulement avec Donald Trump, mais avec tous ceux qui souhaitent apprendre. C’est notamment le cas à la «Killhouse Academy», une école de drones bien dissimulée de l’armée ukrainienne. Blick a pu visiter ce centre d’entraînement secret.
La Killhouse ressemble à un paradis pour les amateurs de paintball: un immense entrepôt rempli de vieux chars, d’anneaux lumineux et de pneus. Des jeunes gens – dont un nombre étonnamment élevé de femmes – sont installés dans des conteneurs chauffés, devant leurs écrans et leurs consoles, pour piloter des drones en immersion, à la première personne (FPV), à travers le hall. Dans l’air flottent le bourdonnement des appareils et l’odeur du café servi par des distributeurs automatiques.
Depuis 2025, la 3e brigade d’assaut de l’armée ukrainienne y forme des spécialistes du pilotage de drones. Près de la moitié des élèves sont des soldats, l’autre moitié des civils. Au total, 6000 personnes âgées de 11 à 68 ans ont déjà suivi au moins l’un des trois cours d’une semaine proposés: bases du FPV, FPV-Pro ou ingénierie de drones. Les diplômés apprennent à abattre d’autres drones, transporter du matériel d’un point A à un point B, effectuer des missions de reconnaissance et — si nécessaire — tuer des adversaires.
10% des spécialistes sont des femmes
«Environ 5% sont des étrangers, principalement originaires de Colombie, du Brésil et des Etats-Unis. Un peu plus de 10% sont des femmes», explique Anna, responsable des relations publiques de l’académie. Toute personne étrangère âgée d’au moins 18 ans et acceptant une vérification de ses antécédents est la bienvenue. «Les Suisses aussi», précise-t-elle.
«Les pilotes de drones sont les tireurs d’élite de la guerre moderne: sans leurs compétences, aucune armée ne peut survivre sur le champ de bataille», poursuit Anna. Pour sa défense, l’armée ukrainienne s’appuie de plus en plus sur des drones rapides qu’elle fabrique elle-même. Selon les Ukrainiens, 80% des frappes sur le front sont désormais effectuées par ces appareils. Une arme devenue indispensable face aux forces russes, plus nombreuses.
Au milieu du hall de la Killhouse se tient l’instructeur Evgen. «Apprendre à piloter des drones devrait aujourd’hui être aussi naturel que d’apprendre les premiers secours», estime le soldat ukrainien. Selon lui, les drones sont appelés à devenir des outils essentiels, tant pour le combat que pour la logistique ou l’aide humanitaire – partout dans le monde, et pas seulement en temps de guerre. «Nous recevons de nombreuses délégations internationales. Mais après leur visite, il ne se passe généralement rien de concret», regrette Evgen.
«Contribuer à la défense de mon pays»
Assise dans un conteneur jaune au bord du hall, Olha assemble un engin volant noir. «Je voulais contribuer à la défense de mon pays. Je me suis dit: pourquoi ne pas devenir pilote de drone?» raconte la jeune femme originaire de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. Assistante sociale de formation, elle n’avait pourtant aucune expérience dans ce domaine. «Depuis le début de la guerre, voler à l’extérieur est interdit en Ukraine. Pour m’entraîner, j’ai donc construit un mini-parcours de drones dans mon appartement», explique-t-elle.
Tokyo, 26 ans, instructrice à la Killhouse, a suivi un parcours similaire. Debout dans l’entrepôt, vêtue d’une tenue noire, elle parle avec passion de sa discipline. «Les pilotes de drones sont exactement ce dont l’Ukraine a besoin. Je ne peux pas imaginer une activité plus utile», affirme-t-elle.
Les questions sur les explosifs restent taboues
Mais comment fonctionnent les explosifs artisanaux que les soldats ukrainiens fixent parfois à leurs drones pour attaquer les positions russes? Pour répondre aux questions du journaliste de Blick, Bodan, 25 ans, spécialiste des explosifs, est brièvement appelé. Regard dur, barbe épaisse et voix grave: il explique, montre certains éléments, détaille les procédures. Mais une consigne est claire: rien de tout cela ne doit être publié. La guerre impose le secret.
Il est presque midi. Dans un conteneur de formation, au bord du hall, Sebastian, originaire du Chili, pilote un drone dans un environnement virtuel grâce au programme d’entraînement «Lift Off». «J’ai étudié à l’académie militaire américaine de West Point, puis j’ai servi trois ans comme officier dans l’armée chilienne. Mais ça, on ne l’apprend qu’en Ukraine», dit-il en montrant sa console.
La Killhouse Academy prévoit encore cette année d’ouvrir une première école partenaire dans un pays européen. Dans le domaine de la lutte contre les drones hostiles, le monde n’en est encore qu’à ses débuts. On l’a vu l’an dernier avec les mystérieux engins qui sont soudainement apparus au-dessus de plusieurs aéroports européens. On le constate aujourd’hui dans les pays du Golfe, qui peinent à intercepter les drones iraniens — les mêmes que ceux utilisés par la Russie pour attaquer l’Ukraine depuis des années.