L’attention mondiale se concentre désormais sur l’Iran. Après les frappes d’Israël et des Etats-Unis contre le régime des mollahs, la guerre en Ukraine passe momentanément au second plan. Pourtant, les combats continuent en Europe de l’Est.
Au Kremlin, Vladimir Poutine observe la situation de près. Tandis que son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déjà condamné l’escalade, le président russe reste pour l’instant très discret. La guerre en Iran a en effet des répercussions évidentes sur lui et ses ambitions. Ulrich Schmid, spécialiste de la Russie à l'Université de Saint-Gall, qualifie le rôle du Kremlin dans ce conflit de «politique de deux poids deux mesures».
Affaiblissement d'un allié
D’un côté, la crise affaiblit l’influence russe au Moyen-Orient. Pendant des années, Moscou s’est présenté comme un partenaire fiable et le protecteur de régimes autoritaires de la région. «Avec la mort soudaine du dirigeant iranien Khamenei, cette auto-position a subi un sérieux préjudice en termes d'image», explique Ulrich Schmid.
En outre, un partenaire important de Poutine est en train de s'affaiblir fortement: «L'Iran est largement en retrait en tant que fournisseur d'armes et de munitions.» La République islamique avait notamment livré à la Russie les fameux drones Shahed, surnommés «mobylettes» en Ukraine en raison de leurs moteurs de propulsion pétaradants.
Des drones désormais produits en Russie
Poutine n'aura toutefois probablement pas à souffrir d'une pénurie de drones. En effet, la production des drones Shahed a entre-temps été transférée en Russie. «L'interruption de la chaîne d'approvisionnement en provenance d'Iran peut certes affecter la production de drones russes, mais pas l'arrêter», estime l'expert.
Par ailleurs, Poutine tire quelques avantages de la guerre en Iran. L'opinion publique est ainsi détournée de sa propre guerre en Ukraine. La Russie pourrait ainsi passer au second plan sur la liste des priorités du président américain Donald Trump.
C'est peut-être aussi la raison pour laquelle Poutine lui-même ne s'exprime que très modérément sur la guerre en Iran. «Poutine ne veut pas endommager sa relation avec Trump, mais doit en même temps dissimuler sa propre faiblesse en matière de politique étrangère», explique Ulrich Schmid.
Hausse du prix des matières premières
Mais le plus grand avantage du conflit pour la Russie est la hausse des prix des matières premières. «Le budget de l'Etat russe est tributaire des revenus générés par les matières premières», explique Ulrich Schmid. Jusqu'à récemment, celles-ci n'étaient pas satisfaisantes pour Poutine.
«Désormais, le Qatar a cessé d'exporter du gaz liquide, l'Arabie saoudite a réduit sa production de pétrole et le détroit d'Ormuz est de facto fermé aux pétroliers.» Selon lui, cela entraîne une hausse des prix et injecte de l'argent dans le trésor de guerre russe.
Le Kremlin veut jouer les médiateurs
La guerre en Iran est donc une épée à double tranchant pour Poutine. Moscou a déjà tenté à plusieurs reprises de se poser en médiateur entre l'Iran et ses adversaires. Cela pourrait à nouveau être un objectif de Poutine: «Lundi, il a pris contact avec les Etats du Golfe.»
Ulrich Schmid ne pense toutefois pas que la Russie soit une option sérieuse en tant que médiateur dans ce conflit. L'explication est simple: «Le Kremlin est peu crédible en tant que médiateur en raison de sa propre agression en Ukraine.»