Officiellement, le gouvernement de Donald Trump n’a jamais exprimé de volonté de changement de régime en Iran. Toutefois, les messages de Washington apparaissent contradictoires. Dès le premier jour des récentes attaques sur le territoire iranien, le 28 février, le président américain s’adressa à la population du pays de manière claire: «L'heure de votre liberté est arrivée. Lorsque nous aurons fini, vous prendrez le contrôle de votre gouvernement.»
Lors de la conférence de presse de mardi, le ministre de la Défense, Pete Hegseth, n’a cependant évoqué que des objectifs militaires. Il n’a pas été question de renverser le régime en place.
On constate ainsi, une fois de plus, que les Etats-Unis agissent sans stratégie clairement définie. Un changement de pouvoir à Téhéran semble d’ailleurs peu réaliste, ni par un soulèvement populaire, ni par un retour du fils du shah, Reza Pahlavi, qui vit en exil.
Succession à Téhéran
Dimanche, le Conseil des experts a officiellement élu Mojtaba Khamenei pour succéder à son père défunt, l’ayatollah Ali Khamenei. Le fils est perçu comme aussi conservateur que son père et a été proche, depuis plusieurs années, des Gardiens de la révolution, le noyau du régime.
Ainsi, peu d’éléments laissent penser que la ligne politique de l’Iran devienne plus libérale. Au contraire, le système se stabilise pour l’instant à l’intérieur.
Vieilles promesses, vieilles erreurs
Ce ne serait pas la première fois que des présidents américains annoncent la liberté et la démocratie comme objectifs (ou excuses) d’interventions militaires. L’expérience des dernières décennies montre toutefois que de telles missions ont rarement tenu leurs promesses.
Irak (2003)
Le 20 mars 2003, les Etats-Unis attaquent l’Irak sous le règne du dictateur Saddam Hussein. On parlait déjà, à l’époque, de renversement du régime. L’attaque avait été justifiée par la présence d’armes de destruction massive, que l’Irak ne possédait pourtant pas.
Le président George W. Bush avait également promis à la population irakienne une ère de liberté. Mais au lieu de la prospérité, c’est le chaos qui suivit la chute de Saddam Hussein. La proclamation symbolique de la «mission accomplie» s’avéra être une illusion, laissant place à la terreur de l'Etat islamique (EI).
Libye (2011)
A partir du 19 mars 2011, une coalition internationale dirigée par les Etats-Unis attaqua la Libye, même avec un mandat de l’ONU. L’opération fut justifiée par la protection des populations qui luttaient pour la démocratie et les droits de l’homme. Là aussi, les assaillants visaient un régime à renverser, celui du dirigeant Mouammar Kadhafi (1942-2011).
Le président Barack Obama avait suscité un grand espoir pour voir un pays libéré et démocratique. Pourtant, la Libye se retrouva plongée dans une guerre civile entre des milices rivales, avec deux gouvernements qui s’affrontent encore aujourd’hui pour le pouvoir et la richesse pétrolière. Ni en Irak, ni en Libye, aucun plan de paix n’avait été mis en place.
Afghanistan (2001-2021)
Après les attentats du 11 septembre 2001, la plus longue mission étrangère de l’histoire des Etats-Unis débuta. La justification était de défendre «la liberté de tous les peuples», comme l’avait déclaré George W. Bush.
Mais après 20 ans de guerre, les Etats-Unis se retirèrent précipitamment en 2021. Les images dramatiques des avions américains s'envolant, avec des Afghans désespérés accrochés aux trains d'atterrissage, marquèrent la mémoire collective. Le retrait américain laissa un vide de pouvoir rapidement comblé par les talibans, ennemis de la liberté. Ce fut une défaite pour l’Occident, et une catastrophe pour le peuple afghan.
Un bilan décevant
Le bilan des trois interventions militaires est catastrophique: des Etats en ruine, des sociétés divisées, des millions de réfugiés. Les Etats-Unis laissent toujours un vide que les forces autoritaires occupent. Reste à savoir si cela se passera de même pour l'Iran.
Les signes de la guerre sont toujours présents et il est encore trop tôt pour parler de désescalade. Mais une chose est claire: si les Etats-Unis se retirent sans avoir atteint leurs objectifs, Donald Trump devra faire face à une question embarrassante: à quoi cela a-t-il servi?