Qui en profite le plus?
Ni Trump ni Netanyahu ne sont les vrais gagnants de la guerre en Iran

Donald Trump et Benjamin Netanyahu revendiquent un «succès partiel» dans leur guerre contre l'Iran, mais les conséquences géopolitiques et économiques risquent de se faire sentir à long terme. La guerre en Iran semble surtout profiter à Vladimir Poutine.
Le président américain Donald Trump affirme que la guerre sera très bientôt terminée.
Photo: AP
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Samuel Schumacher

Donald Trump n'en ne se lasse pas de gagner. «Nous avons déjà gagné, mais nous n'avons pas encore assez gagné», a-t-il déclaré aux républicains en début de semaine, évoquant la guerre en Iran. Quelques instants après, un journaliste de CBS lui a demandé quand cette guerre serait terminée: «Elle est pratiquement terminée», a répondu Trump.

Cependant, cet avis n'est partagé par personne d'autre. Même le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dont l'armée a mené avec les Américains plus de 4500 raids aériens contre l'Iran en dix jours, n'est pas du même avis. «Nous n'en avons pas encore fini», a-t-il affirmé mardi. Le bilan de la guerre jusqu’à présent? Un échec relatif. Trump et Netanyahu ont atteint un seul objectif et à moitié.

Les forces navales iraniennes sont de facto neutralisées, et les stocks de missiles ont été réduits de moitié environ, selon Reuters. Les installations nucléaires du régime avaient déjà été gravement endommagées lors de la guerre des douze jours de l’été dernier. C'est un succès partiel du point de vue israélo-américain.

Mais l’ayatollah Mojtaba Khamenei n’est pas encore éliminé. L'Iran continue de tirer des missiles et des drones sur ses voisins arabes et sur les positions militaires américaines dans la région. Cela ne devrait pas changer à court terme.

L'appel grandiloquent de Trump

A noter: le Hamas, une force militaire bien plus faible que l'armée iranienne et les Gardiens de la révolution, tire encore régulièrement des roquettes, deux ans après le début des bombardements israéliens sur Gaza.

L’évolution du prix du pétrole est un coup dur pour Trump (et pour nous tous). La semaine dernière, le prix du baril a atteint 119 dollars, un niveau inédit depuis 2022. Aux Etats-Unis, le prix de l’essence a augmenté de 50 centimes par gallon, freinant ainsi l'enthousiasme des Américains. En parallèle, la menace terroriste mondiale augmente, y compris en Suisse.

Le blocage de facto du détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20% du commerce mondial du pétrole, entraînera des conséquences immédiates: des médicaments et des composants importants pour l’industrie des semi-conducteurs restent bloqués. Et alors que les agriculteurs du monde entier devraient semer leurs graines, le commerce d’engrais dans le monde arabe est suspendu. La solution de Trump? Les navires du Golfe devraient «montrer qu'ils ont des couilles» («show some guts») et traverser le détroit malgré les risques extrêmes.

Ce n'est pas tout: cette semaine, l'Iran a frappé pour la première fois une usine de désalinisation dans le Golfe. Environ deux tiers des habitants de la région dépendent de ces installations pour leur eau potable. Si le régime réussit à les mettre hors service, cela pourrait provoquer une catastrophe humanitaire de grande ampleur.

Qui est le véritable gagnant de cette guerre?

Les champs de pétrole en feu en Iran déposent une couche de suie noire et grasse sur la capitale Téhéran, créant une catastrophe environnementale que subissent des millions d’Iraniens... une situation qui aurait pu être évitée.

De retour aux Etats-Unis, Trump doit maintenant justifier la mort de sept soldats américains. Son cabinet semble divisé: le vice-président J.D. Vance, en particulier, n’est pas favorable à cette nouvelle guerre. La tension en coulisses est probablement forte.

Pour l’instant, seul le président russe Vladimir Poutine peut être considéré comme un «gagnant». Le prix élevé du pétrole renfloue le trésor de guerre russe, d'autant plus que Trump a autorisé les Indiens à acheter à nouveau du pétrole russe pour au moins 30 jours. Face à la pénurie, Trump envisage même d’annuler complètement les sanctions contre Moscou.

La relation avec la Russie a été abordée lors de la conférence de presse du ministre de la Guerre, Pete Hegseth, mardi. Apparemment, Trump a discuté avec Poutine au téléphone et évoqué l’Iran. «Le président a dit que c’était une bonne conversation téléphonique», a commenté Pete Hegseth, sans trop de détails.

Ce qui est certain, c’est que les prochaines négociations pour la fin de la guerre en Ukraine ont été repoussées, et de nombreuses armes destinées à l’Ukraine ont été envoyées au Proche-Orient. La guerre en Iran a bien un vainqueur, mais ce n’est pas Trump: il s'appelle Vladimir Poutine.

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