Depuis le début des frappes au Moyen-Orient, les forces américano-israéliennes ont ciblé tour à tour des centres de commandement du régime iranien, des installations navales et même des sites pétroliers sensibles. Le guide suprême Ali Khamenei a été tué et plusieurs hauts responsables ont été éliminés lors de ces opérations.
Mais les forces iraniennes n'ont pas encore dit leur dernier mot. Les mollahs et les Gardiens de la révolution opposent une résistance acharnée – et souvent efficace. Des frappes ciblées ont notamment perturbé des systèmes antimissiles modernes d'origine américaine dans plusieurs pays du Golfe. Téhéran conserve ainsi des capacités qui pourraient grandement compliquer les plans de Donald Trump.
Plusieurs radars détruits
Les sites de défense visés comprennent plusieurs radars au Qatar et en Jordanie. Celui du Qatar, estimé à 1,1 milliard de dollars, a été lourdement endommagé par un tir iranien, tandis que l'installation jordanienne, d'environ 500 millions de dollars, a été totalement détruite.
Ces deux radars mobiles appartiennent au système THAAD, chargé de repérer les missiles à haute altitude. Leur neutralisation laisse donc plusieurs régions du Golfe sans couverture efficace.
Et ce ne sont pas les seules ripostes iraniennes réussies. Les forces de Téhéran ont aussi mené des attaques contre des terminaux satellites à Bahreïn et d'autres infrastructures à travers la région du Golfe.
Drones bon marché contre armes de pointe
L'un des principaux atouts de l'Iran est la production massive de drones à bas coût, vendus entre 30'000 et 50'000 dollars pièce. Utilisés en essaims plutôt que séparément, ils visent à saturer des systèmes de défense bien plus onéreux. A titre de comparaison, un seul missile antimissile Patriot peut coûter jusqu'à cinq millions de dollars.
Cela signifie que les adversaires de l'Iran doivent décider, après avoir calculé la trajectoire des drones, s'ils veulent lâcher leurs missiles coûteux sur ces petits projectiles ou les laisser faire.
Après dix jours de conflit, il apparaît que la lutte dans le Golfe risque de devenir une guerre d'usure, sauf si les forces américaines et israéliennes réussissent rapidement à détruire les sites de production de drones iraniens, leurs rampes de lancement et leurs entrepôts.
Des «réserves gigantesques»
Depuis le début de la guerre, l'Iran aurait lancé plus de 2000 drones Shahed, mais ce nombre restant est incertain. Certaines sources évoquent entre 2500 et 10’000, voire davantage, potentiellement stockés dans des caches souterraines. Selon le Centre for Information Resilience britannique, l'Iran pouvait produire environ 10'000 drones Shahed par mois avant la guerre. Leur production massive a permis à Téhéran d'en livrer par milliers au Kremlin depuis 2022 pour le conflit en Ukraine.
Politiques et experts soulignent la puissance des forces iraniennes. «Ils disposent de réserves gigantesques», avertit par exemple le sénateur américain Mark Kelly. Dara Massicot, de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, prévient que l'utilisation excessive de missiles Patriot pourrait rapidement épuiser les stocks.
C'est l'Ukraine qui a le plus d'expérience dans la lutte contre les drones. Le président Volodymyr Zelensky a proposé son expertise aux Américains, aux Israéliens et aux pays du Golfe. Il exige toutefois une contrepartie: des missiles de défense pour ses propres systèmes Patriot, que l'Occident lui avait fournis. Son stock est aujourd'hui épuisé.
Mais les Américains en ont actuellement besoin et leur production est limitée par une certaine complexité technique. L'entreprise Lockheed Martin n'a fabriqué qu'environ 600 missiles intercepteurs Patriot en 2025, un volume bien inférieur aux milliers de drones que l'Iran peut produire.
Les Américains s'équipent
D'une part, les Etats-Unis développent leurs propres drones à bas coût pour attaquer l'Iran selon la même tactique, de l'autre, ils parient sur des systèmes de défense innovants, comme les drones intercepteurs. Israël aurait déjà déployé un tel système, mais il présente des limites: la cible doit être maintenue sous irradiation un certain temps et son efficacité dépend grandement des conditions météorologiques et atmosphériques.
Les attaques de drones iraniennes révèlent que même des armées très bien équipées peinent à intercepter ces vagues assaillantes. Les pertes enregistrées constituent un revers embarrassant pour les forces américaines. Christian Mölling, directeur da la fondation European Defence in a New Age (Défense européenne à l'aube d'une nouvelle ère), explique au magazine allemand «Der Spiegel»: «Dans ce conflit, les Américains réalisent enfin ce qu'ils sous-estimaient: vu du ciel, eux aussi sont vulnérables.»