Risque de l'éclatement de la bulle IA
Le «prophète de l'apocalypse» alerte contre une crise économique mondiale à cause de l'Iran

La flambée des prix du pétrole liée à la guerre au Moyen-Orient pèse sur l'économie mondiale. Le célèbre économiste Nouriel Roubini prédit une crise mondiale et met en garde contre l'éclatement de la bulle de l'IA.
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Le prix du pétrole crève le plafond.
Photo: keystone-sda.ch
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Martin Schmidt

La guerre en Iran dure depuis plus d’une semaine. Plus le conflit se prolonge, plus les investisseurs deviennent nerveux, et plus les marchés tremblent. Conséquence: les bourses du monde entier chutent.

Ce lundi, l’indice directeur suisse SMI a perdu plus de 3% à l’ouverture après une baisse de 6,6% la semaine précédente. Les titres du géant pharmaceutique Roche sont particulièrement touchés, chutant brièvement à plus de 7,5%. Les actions du groupe de construction Holcim, quant à elles, ont perdu 4,9%. Les actions d’ABB, de Sika et d’Amrize reculent nettement. Les groupes horlogers et de produits de luxe sont aussi affectés: Richemont perd encore 3,8% à l’ouverture de la Bourse, alors que ses actions avaient chuté de plus de 9% la semaine précédente.

Les bourses européennes ont, elles aussi, démarré dans le rouge. Lundi matin, le Dax allemand a perdu environ 2,5% de sa valeur, l’indice directeur français CAC 40 2,4%, tandis que l’EuroStoxx 50 a plongé de 2,6%. C’est aussi le cas des bourses asiatiques: à Tokyo, l’indice Nikkei a baissé de plus de 6% et l’indice directeur sur-coréen KOSPI a même chuté à plus de 7%.

Le prix du pétrole pourrait impacter l’économie

Les marchés craignent que le conflit ne dure encore longtemps. «Aucune stratégie claire ne se dessine pour l’instant», écrit Raiffeisen dans une analyse publiée ce lundi. Cette instabilité attise ainsi les craintes inflationnistes, impactant de ce fait les cours boursiers.

Pour preuve: le prix du pétrole a explosé ces dernières semaines. Dans la nuit de ce dimanche à lundi, il a frôlé les 120 dollars le baril. Cela ne renchérit pas seulement le carburant à la pompe, mais augmente aussi les coûts de transport dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui pourrait à terme faire grimper les prix au supermarché.

L’explosion du prix du pétrole pourrait ébranler l’économie mondiale. Certains vont même plus loin, à l’image de Nouriel Roubini. Ce célèbre professeur d’économie à l’Université de New York estime que ce n’est que le début d’une correction bien plus importante. L’expert s’est fait connaître en prédisant l’éclatement de la bulle immobilière américaine en 2007, et la crise économique qui s’en est suivie. On le surnomme «Dr Doom» (prophète de l’apocalypse en français), en raison de ses mises en garde régulières.

Et en ce qui concerne l’Iran, ses prédictions sont pour le moins pessimistes: selon lui, les marchés boursiers mondiaux sous-estiment massivement les risques d’une guerre généralisée. Il prédit même l’éclatement de la bulle de l’Intelligence artificielle (IA).

Le pétrole n’a jamais été aussi cher depuis des années

Selon Nouriel Roubini, si le prix du pétrole dépasse les 100 dollars – voire 150 dans un scénario extrême – une crise économique mondiale pourrait éclater, touchant particulièrement les secteurs surévalués, comme l’IA. Pour l’heure, le baril de WTI, comme celui de Brent, s’échange autour de 105 dollars. Un niveau qui n’avait plus été atteint depuis plus de trois ans.

Pour les géants de la technologie, gros consommateurs d’énergie, une forte hausse des coûts énergétiques limiterait leurs bénéfices. Par ailleurs, les flux d’argent en provenance des pays du Golfe vers le secteur de l’IA pourraient se tarir. En effet, ces Etats figurent parmi les principaux investisseurs dans les infrastructures et les puces liées à l’intelligence artificielle. Or, leurs revenus reposent largement sur le pétrole. Si l’Iran continue à faire pression en maintenant la fermeture du détroit d’Ormuz, où transite près d’un cinquième du pétrole mondial, la situation n’est pas prête de s’améliorer.

Nous faisons donc face à un cercle vicieux, prévient Nouriel Roubini: si les pays du Golfe ne peuvent plus vendre leur pétrole, ils ne disposeront plus des capitaux nécessaires pour investir dans l’IA. Ce qui affecterait à leur tour les grands groupes de la tech.

La navigation dans le détroit d'Ormuz est bloquée par l'Iran.
Photo: Blick

Les experts parlent d'«alarmisme»

Mais certains experts se montrent plus prudents. «Récemment, Nouriel Roubini s’est montré plutôt alarmiste, met en garde l’expert en investissement zurichois Serge Nussbaumer. Je considère que ses prévisions sont très exagérées. Mais il faut admettre que Nouriel Roubini met le doigt sur une faille qui mérite d’être examinée de plus près.»

Les entreprises tech sont extrêmement bien valorisées. Dans ce contexte, même une crise limitée pourrait provoquer une réaction boursière marquée, estime Serge Nussbaumer. «Si la guerre en Iran se prolonge bien au-delà de quatre semaines, comme le laisse entendre la Maison Blanche, les marchés pourraient connaître une baisse à court terme.» Selon l’expert, un conflit agirait surtout comme un facteur de coûts pour l’économie, ce qui repousserait certains investissements à plus tard. En revanche, il ne croit pas à l’éclatement imminent d’une bulle.

Jeffrey Hochegger, analyste chez Raiffeisen, ne croit pas non plus au pronostic de Nouriel Roubini. «Le prix du pétrole est actuellement nettement plus élevé et comporte un risque d’affaiblissement conjoncturel. Mais nous ne pensons pas que le baril se maintiendra durablement au-dessus de 100 dollars, si bien que les conséquences économiques devraient rester limitées.»

Pas tout le Golfe dans la même situation

Si la guerre se prolonge, l’économie mondiale pourrait toutefois en pâtir, reconnaît Jeffrey Hochegger. «Les entreprises seront confrontées à des coûts de transport et de production plus élevés. Comme la valorisation des marchés des actions est toujours supérieure à la moyenne à long terme, le soutien à cet égard fait défaut.»

Des corrections plus marquées pourraient toutefois toucher certaines actions tech à moyen terme, mais pas forcément en raison de la guerre, estime Jeffrey Hochegger: «Les entreprises investissent plusieurs centaines de milliards dans l’IA. Il est peu probable que tous ces investissements se traduisent par des rendements élevés à l’avenir.»

L’hypothèse de Nouriel Roubini, selon laquelle les fonds souverains du Golfe pourraient être à sec semble irréaliste. Le Koweït et les Emirats arabes unis génèrent d’importants revenus grâce à leurs placements financiers, sous forme de dividendes et d’intérêts, indépendamment des recettes pétrolières. Ils ne seront donc pas à court d’argent du jour au lendemain.

Toutefois, la situation est différente pour le fonds souverain d’Arabie saoudite, qui dépend davantage des revenus du pétrole. Si ces derniers venaient à chuter, le pays pourrait être contraint de revoir à la baisse certains investissements. Et si des coupes devaient toucher le secteur de l’IA, les montants en jeu seraient considérables.

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