Faut-il s’inquiéter de l’impact de la guerre en Iran sur notre portemonnaie? Entre la flambée des hydrocarbures, la hausse du franc suisse et de l'or, et la baisse des actions, les ménages helvétiques sont voués à subir quelques impacts liés à l'inflation causée par le conflit. Aperçu des différents risques pour nos finances personnelles.
Potentiel de hausse de l'essence
Depuis l’attaque américano-israélienne en Iran, les prix mondiaux du baril de pétrole brut (Brent et WTI) ont gagné 17% à 18%. Ce 4 mars, alors que le cours du Brent est proche de 84 dollars, l’Iran annonce avoir pris le contrôle total du détroit d’Ormuz, par lequel transite 20% du pétrole mondial.
«Le blocage du détroit d'Ormuz a eu des effets immédiats, à la hausse, sur l'ensemble des énergies fossiles dans le monde, même sur le charbon qui n'est pas produit dans le Golfe persique, en raison de la mondialisation des échanges et de la capacité de substitution partielle d'un agent énergétique par un autre», explique Olivier Epelly, responsable du Département Stratégie, énergie et durabilité chez Amstein + Walthert Genève.
Prix du baril de brent en dollars
Source: Tradingeconomics.com
«Si les flux de pétrole qui transitent par le détroit restent aussi restreints pendant 5 semaines, les prix des contrats à terme du Brent peuvent atteindre 100 dollars le baril», met en garde la banque Goldman Sachs. Une hausse qui se répercuterait directement sur les prix de l’essence en Suisse, comme l’ont anticipé les automobilistes ce week-end en se ruant vers les stations service pour faire le plein.
Les 5 et 6 février, le prix moyen de l’essence sans-plomb était affiché à 1,64 franc par litre pour le SP95 à la pompe, selon l’archive du site du Touring Club Suisse. Les 3 et 4 mars, le même site indiquait 1,72 franc par litre. Pour relativiser, il faut se rappeler qu’en 2022, durant la guerre en Ukraine, les prix ont dépassé 2,20 CHF/l). Si le baril de pétrole devait atteindre 100 dollars, le prix à la pompe pourrait augmenter de plus de 2 francs par litre en Suisse, avait indiqué le 1er mars à Blick Michael Knobel, propriétaire des stations-service Etzelpark. «Les carburants automobiles augmenteront dans quelques semaines si le blocage se maintient», confirme Olivier Epelly.
Prix moyen de l'essence sans-plomb les 5 et 6 février
Prix moyen de l'essence sans-plomb les 3 et 4 mars
Risque de hausse de l'électricité d'ici 2027
Avec les frappes sur l’Iran, les contrats à terme sur le gaz naturel en Europe ont, quant à eux, connu une envolée fulgurante de 60%.
Contrats à terme européens sur le gaz naturel
Source: Tradingeconomics.com
Une hausse qui pourrait affecter à terme le budget des ménages. «Les ménages en Suisse ne verront pas leur facture d'électricité augmenter en 2026, mais cela pourrait être le cas en 2027 si le blocage se prolonge», estime Olivier Epelly. En effet, s'il est vrai que la Suisse possède une production électrique propre, le prix de l'électricité en Suisse demeure impacté par le prix européen pour la part d'électricité que la Suisse importe en hiver.
En revanche, explique Olivier Epelly, «la hausse est immédiate pour les gros consommateurs d'électricité en Suisse qui sont sur le marché libre et qui ont signé des contrats à court terme (marché spot) ou qui achètent de mois en mois». Le prix d'achat d'électricité à terme à 30 jours sur le marché libre en Suisse a déjà augmenté de 15% depuis le 27 février, selon un rapport de la Commission fédérale de l'électricité.
Prix moyen du gaz pour une livraison constante (utilisé dans les analyses énergétiques en Suisse)
Source: Rapport du 3 mars 2026 de la commission fédérale de l'électricité.
La Suisse importe en effet de l’électricité d’Europe car elle est intégrée au réseau électrique continental. C’est par ce biais qu’elle peut importer de l’inflation sur l’électricité si les prix restent élevés. En tous les cas, les prévisions d’une baisse de 4% des prix de l’électricité cette année, qui datent de septembre, semblent bien avoir été trop optimistes.
Effet global sur l'inflation suisse
Au niveau du renchérissement global, l'inflation en Suisse est actuellement très faible, à 0,1% en ce début d'année, mais les événements dans le Golfe risquent de faire monter l'indice, selon Arthur Jurus, chef des investissements chez Oddo BHF (Switzerland).
«Une augmentation de 10% du prix du Brent peut augmenter l’inflation suisse de 0,1 point», selon l'expert. Une augmentation de 30% pourrait donc impliquer jusqu’à 0,4 point supplémentaires».
Des prix durablement plus élevés du pétrole et du gaz ont des impacts directs sur les prix de l’énergie pour les consommateurs suisses, ajoute-t-il, ainsi que des impacts indirects, notamment via le prix des transports. Par conséquent, la BNS pourrait réviser à la hausse sa prévision d’inflation pour 2026 (qui est actuellement à 0,2%).
Franc fort: rempart et poison à la fois
Le franc suisse a gagné 0,4% contre l'euro depuis l'attaque américano-israéliene de l'Iran. La monnaie helvétique se renforçait déjà contre l'euro depuis la fin 2025. Qu'est-ce que cela signifie pour l'économie suisse?
Un franc fort est «un bouclier pour le consommateur, mais un revers brutal pour l'exportation», résume Brewen Latimier, consultant chez Colombus Consulting. Il explique que, pour le consommateur suisse, la monnaie forte est un rempart en temps de crise énergétique, car elle rend les importations moins chères (carburants, denrées, électronique). «C'est ce qui permet à la Suisse de maintenir un taux d'inflation bien inférieur à celui de ses voisins européens.»
Mais le revers de la médaille est sombre pour l'industrie helvétique, d'après Brewen Latimier. Pour les exportateurs des secteurs des machines, de l'électronique et de l'horlogerie, «un franc qui s'apprécie trop vite est un "poison lent".»
Dès lors, pour la Banque Nationale Suisse (BNS), c'est un dilemme cornélien, selon l'expert de Colombus Consulting: elle devra trouver un équilibre entre laisser le franc suisse monter pour combattre l'inflation énergétique, ou intervenir massivement sur les marchés des changes pour affaiblir le franc, afin d'éviter que l'économie d'exportation (horlogerie, chimie) ne s'effondre, conclut l'expert.
Les actions chutent, l'or monte
Les épargnants qui ont des actions de fleurons suisses dans leurs portefeuilles les ont vues virer au rouge avec le conflit dans le Golfe. Le SMI, indice suisse des grandes valeurs cotées, a perdu 2,4% entre le 27 février et le 4 mars. Parmi les plus gros perdants, les secteurs de la construction, des assurances, de la chimie et de l'énergie: Holcim (-8%), Swiss Re (-6%), Sika (-5,7%), Zurich (-5,6%), ABB (-5,2%), Givaudan (-5%) et Swiss Life (-4,7%).
Evolution de l'indice SMI (Swiss Market Index)
Source: graphiques Google.
En revanche, l'or, considéré comme la valeur refuge par excellence, y compris par les banques centrales des grands pays émergents, a bondi le 2 mars, passant de 5100 à 5400 dollars par once.
Les cours se sont ensuite détendus aux alentours de 5150, puis les marchés à terme (contrats à terme d'avril) s'orientaient à la hausse le 4 mars. La banque HSBC prévoit une poursuite de la hausse du métal jaune à la faveur de la poursuite du conflit.
Les sites financiers s'accordent en général à dire que le métal jaune aura la faveur des investisseurs ces prochains temps, également en raison des inquiétudes liées aux perturbations logistiques du marché de l'or de Dubai. La ville des Emirats arabes unis est en effet un hub de trading, de raffinage et de redistribution vers les marchés consommateurs, et le trafic aérien y est fortement perturbé.