La colère des pays du Golfe
Comment Dubaï, Oman ou le Koweït réagissent aux attaques iraniennes

La riposte iranienne dépasse le cadre initial du conflit avec les USA et Israël, frappant civils et militaires voisins. Voici un bref aperçu de l'escalade de la violence dans les pays du Golfe.
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La riposte iranienne s'est étendue au-delà des frappes initiales et touche désormais plusieurs pays du Moyen‑Orient.
Photo: DUKAS
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Samuel Schumacher

La riposte de l'Iran aux frappes américano-israéliennes a largement dépassé le cadre initial du conflit. En réaction aux bombardements, Téhéran a visé plusieurs pays voisins. Durant les quatre premiers jours de cette guerre, des cibles militaires mais aussi des infrastructures civiles ont été touchées.

Le calcul des dirigeants iraniens était le suivant: en frappant les pays arabes voisins, ils espéraient les pousser à faire pression sur Washington et Tel-Aviv pour mettre fin rapidement au conflit. A plus long terme, Téhéran comptait aussi se poser en puissance protectrice alternative aux Etats-Unis dans la région. Mais la stratégie ne semble pas porter ses fruits.

Un bref aperçu de l'escalade de la violence au Proche-Orient illustre la violence des coups que le régime iranien est encore capable de porter, malgré l'assassinat de dizaines de dirigeants.

Israël

Téhéran affirme agir contre l'Etat hébreux en représailles à une frappe américano-israélienne contre une école à Minab, dans le sud de l'Iran, qui aurait tué plus de 160 enfants âgés de 7 à 12 ans. Depuis le Liban, le Hezbollah a également lancé des attaques contre Israël. En réponse, Jérusalem a déployé mardi des dizaines de chars dans le sud du pays. Ce mecredi, Beyrouth a annoncé 11 morts dans des frappes israéliennes au sud de la capitale et à Baalbek.

Emirats arabes unis

Les Emirats arabes unis sont jusqu'ici les principales victimes des représailles iraniennes. Jusqu'à mardi après-midi, les Gardiens de la révolution ont lancé au moins 812 drones et 165 missiles balistiques contre le pays. La chute de débris a touché un complexe hôtelier sur la célèbre île artificielle en forme de palmier à Dubaï, ainsi qu'une raffinerie de pétrole. L'aéroport de la ville a aussi subi de légers dégâts et plus de 11'000 vols ont été annulés.

Arabie saoudite

Le royaume saoudien n'a connu que quelques attaques directes dans les premiers jours du conflit, malgré une vague de drones et de missiles iraniens visant plusieurs pays du Golfe. Les autorités ont notamment signalé une attaque de drones sur l'ambassade américaine à Riyad, qui a causé de légers dégâts matériels sans bilan humain majeur jusqu'ici. Certains estiment que Téhéran a évité de viser massivement l'Arabie saoudite faute de vouloir trop provoquer le royaume, qui possède une puissance militaire importante et des défenses efficaces.

Qatar

Le Qatar déplore au moins 16 blessés après plusieurs attaques contre ses importantes installations de gaz liquide. Le gouvernement a réagi bien plus violemment que d'autres pays arabes et a averti Téhéran qu'il se réservait le droit de répondre à l'attaque «par tous les moyens».

Oman

Après deux attaques de drones contre ses ports, Oman doit s'interroger sur sa stratégie de neutralité. Jusqu'ici, le sultanat se positionnait comme médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran. Ce mardi, Téhéran a affirmé publiquement ne pas être à l’origine des attaques, laissant entendre qu'il pourrait s’agir de manœuvres de diversion israéliennes.

Bahreïn

Le petit Etat du Golfe a enregistré la riposte iranienne la plus médiatisée à ce jour: des enregistrements vidéo montrent en haute résolution un projectile iranien frappant le site de la 5e flotte de la marine américaine et provoquant une énorme explosion. Bahreïn est passé partiellement à l'enseignement en ligne pour des raisons de sécurité et a fermé un pont important.

Koweït

L'exemple du Koweït montre à quel point la situation au Proche-Orient est actuellement confuse. Ces derniers jours, la défense aérienne koweïtienne a abattu par erreur trois avions de combat américains. Les six pilotes ont survécu, mais trois soldats américains ont perdu la vie lors d'une attaque sur une base située dans le pays. Des blessés ont en outre été recensés dans une raffinerie de pétrole.

Jordanie

Le royaume de Jordanie tente de se tenir le plus possible à l'écart du conflit. Mais la chute de débris de missiles tirés a également causé des dégâts matériels dans le pays.

Irak

En Irak, des projectiles iraniens ont touché une base de l'armée en territoire kurde. Deux soldats ont été tués. En outre, des milices pro-iraniennes présentes dans le pays ont apparemment tenté d'attaquer l'aéroport de Bagdad avec des drones. L'Irak a suspendu préventivement le travail sur le plus grand champ pétrolier du pays.

Syrie

La Syrie a mis sa défense aérienne en état d'alerte maximale après une attaque de missiles iraniens sur Suweida. Quatre personnes ont été tuées dans cette ville du sud du pays.

Chypre

Un drone iranien Shahed a également frappé le territoire européen: l'appareil, équipé d'un émetteur GPS et d'un maximum de 90 kilogrammes d'explosifs, a atterri sur un aérodrome militaire britannique à Chypre. La France et la Grèce ont réagi en déployant des appareils de défense antiaérienne et des avions de combat sur l'île.

Téhéran a manqué son objectif stratégique

Pour les Etats du Golfe, voir des colonnes de fumée s'élever au-dessus de leurs villes luxueuses est un désastre. La région vit de sa réputation de zone sûre et stable au cœur d'un Proche-Orient en crise. 

Les premières réactions aux frappes iraniennes montrent que Téhéran n'a pas réussi à mobiliser le monde arabe contre les Etats-Unis et Israël. Au contraire même, puisque l'on observe un regroupement des pays arabes face aux provocations persanes, qui pourrait même, paradoxalement, conduire à un rapprochement avec Israël.

Il n'y a toujours aucun signe d'une entrée imminente des Etats arabes dans la guerre israélo-américaine contre Téhéran. L'Arabie saoudite et plusieurs autres pays de la région continuent de fermer leur espace aérien aux avions de combat américains, par crainte de provoquer l'Iran.

Mais le monde arabe pourrait réagir plus fermement en cas de nouvelle escalade, notamment si l'Iran ciblait les grandes usines de dessalement au Koweït, en Arabie saoudite, à Oman ou aux Emirats arabes unis. Plus des deux tiers de la population de ces pays dépendent de ces installations pour leur approvisionnement en eau. Leur destruction plongerait donc toute la région dans un chaos humanitaire.

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