La guerre déclenchée au Moyen-Orient fait grimper les prix du pétrole sur les marchés mondiaux, ce qui a poussé de nombreux automobilistes à se ruer vers les stations‑service ce week‑end. Les Suisses n'ont pas fait exception. Cette flambée des cours est liée aux perturbations des flux de l'or noir via le détroit d'Ormuz, un point névralgique du commerce pétrolier, suscitant de grandes inquiétudes pour l'approvisionnement.
«Avec le début de la guerre, je redoute déjà la forte hausse des prix de l'essence», confie Esra Uluocak à Blick. A Dintikon (AG), à la station‑service Etzelpark, elle fait le plein ce lundi. D'autres automobilistes font de même, anticipant la répercussion de la hausse du pétrole sur les stations‑service locales. Tous préfèrent sécuriser leur plein.
«C'est un nouveau record»
«Nous n'avons jamais vendu autant d'essence dans nos huit stations-service que le week-end dernier. C'est un nouveau record», déclare le propriétaire d'Etzelpark Michael Knobel à Blick. La petite chaîne de stations-service attire des clients sensibles aux prix dans différents cantons, car elle pratique des prix nettement inférieurs à ceux de la plupart de ses concurrents grâce à des structures allégées.
Michael Knobel a néanmoins été contraint d'ajuster les tarifs: le diesel a augmenté de 5 centimes par litre hier, atteignant 1,64 franc. «Le prix a bondi de 12 centimes depuis l'attaque», précise-t-il. En Suisse, le diesel se vend en moyenne autour de 1,80 franc le litre, tandis que l'essence sans plomb a vu son coût d'achat grimper d'environ 4 centimes par litre.
Les prix augmentent de près de 20%
Dans les autres stations‑service suisses, le prix de l'essence a aussi grimpé de plusieurs centimes. Il est difficile de prévoir jusqu'où cette hausse ira, dépendant notamment de la durée du conflit. «Si le diesel continue d'augmenter de 12 centimes, certaines stations dépasseront les 2 francs le litre», prévient Michael Knobel.
Si les prix à la pompe n'explosent pas encore, c'est en grande partie grâce aux taxes et redevances élevées sur le carburant. Le prix d'achat, transport compris, ne représente qu'un peu plus d'un tiers du prix final pour le consommateur. Cette proportion est nettement plus élevée pour le mazout, ce qui explique pourquoi une livraison coûtait ce lundi, 114 francs suisses les 100 litres, soit près de 20% de plus que vendredi, comme le montre un coup d'œil au comparateur Heizoel24.ch.
L'économie suisse en danger?
Le début de la guerre inquiète bien au‑delà des automobilistes et propriétaires: lundi, les marchés boursiers ont fortement chuté. Depuis les frappes aériennes américaines et israéliennes sur l'Iran, le détroit d'Ormuz est pratiquement bloqué, faisant bondir le prix du pétrole de 10 à 15%. Cette voie stratégique transporte près d'un cinquième du pétrole mondial.
Lundi soir, le baril de pétrole de type Brent coûtait près de 78 dollars. La semaine dernière, il était encore aux alentours de 71 dollars. Si le conflit continue à s'envenimer et que le prix du pétrole atteint les 100 dollars, l'économie suisse en sera sensiblement affectée.
Selon l'institut de recherche BAK Economics, la croissance pourrait alors être inférieure d'environ un tiers aux prévisions. «Un choc pétrolier majeur ralentirait nettement l'économie suisse, mais ne devrait pas la déstabiliser plus que de raison», précise Claude Maurer, économiste en chef de BAK.
Des conséquences indirectes
Cependant, les prix élevés de l'énergie ralentissent l'économie mondiale et affectent le moral des consommateurs. Une guerre prolongée pourrait donc aussi peser sur les secteurs horloger et bancaire en Suisse.
Dans ce scénario, les économistes de la banque Julius Bär prévoient surtout des effets indirects pour la Suisse, comme des délais de livraison plus longs et des coûts plus élevés pour les produits intermédiaires de l'industrie. Une forte hausse du prix du pétrole alimenterait l'inflation mondiale.
En Suisse, cet impact devrait être partiellement atténué par la vigueur du franc: en période d'incertitude, la monnaie nationale attire des capitaux, ce qui tend à la renforcer. Pour l'instant, cet effet reste limité, reflétant l'espoir d'une fin rapide du conflit.