Il vient de le décider. Quelques heures à peine après l’échec des pourparlers entre l’Iran et les Etats-Unis à Islamabad, au Pakistan, Donald Trump est passé à l’acte. Ordre a été donné à la flotte américaine présente dans le golfe Persique depuis des semaines de mettre en place un blocus naval de l’Iran et du détroit d’Ormuz. Un détroit par lequel transitent 25 % du transport maritime mondial de pétrole (brut et produits raffinés) en provenance de l'Iran, d'Arabie saoudite, d'Irak, des Émirats arabes unis et du Koweït.
Les conditions de ce blocus demeurent floues, notamment sur la nature des navires qui seront empêchés de traverser ce détroit crucial pour le commerce mondial du gaz et du pétrole. Ses conséquences, en revanche, vont rapidement se faire sentir si Trump ne change pas d’avis.
Asphyxie économique
Première conséquence de ce blocus naval: l’asphyxie économique de l’Iran. Tel est d’ailleurs l’objectif numéro un de Donald Trump, qui veut ainsi punir la République islamique de n’avoir pas capitulé, comme il l’espérait, lors des pourparlers d’Islamabad ce week-end. Pour la première fois depuis 1979, les délégations américaines et iraniennes se sont rencontrées, et elles ont entamé des pourparlers directs qui ont duré 21 heures.
Problème: les positions des deux belligérants sont restées antinomiques. L’Iran, représenté par son ministre des Affaires étrangères Abbas Araghtchi et par le président du Parlement Mohammad Ghalibaf, a refusé d’abandonner son programme nucléaire, de démanteler ses stocks de missiles et d’autoriser le libre passage dans le détroit d’Ormuz, comme cela était le cas avant le déclenchement de la guerre, le 28 février.
Résultat: le vice-président JD Vance, qui conduisait la délégation américaine, a repris son avion. La décision de Trump, annoncée sur son réseau social avant même une entrevue de débriefing à la Maison-Blanche avec JD Vance, a pour but de montrer à Téhéran que les Etats-Unis ne se laisseront pas entraîner dans une négociation longue sans résultats.
Tensions maritimes
Seconde conséquence prévisible: une montée des tensions maritimes dans la région. Deux frégates américaines ont traversé, samedi, le détroit d’Ormuz d’est en ouest. Objectif? Démontrer que le couloir de navigation emprunté dans ce détroit long de 350 kilomètres et large d'environ 50 km, n’est pas miné.
On peut donc s’attendre, de la part des Etats-Unis, à un blocus filtrant. La marine américaine intercepterait tous les navires qui, jusque-là, pouvaient traverser le détroit après avoir obtenu le feu vert de l’Iran, en empruntant un couloit proche des cotes iraniennes et en acquittant un péage payé en yuans chinois.
En revanche, on peut imaginer que les tankers et cargos de pays amis, en particulier en provenance des pays du Golfe, seront autorisés. Que va faire l’Iran dans ces conditions? Tirer sur ces navires pour empêcher leur passage, en violant le cessez-le-feu en vigueur, théoriquement jusqu’au 21 avril? Pas moins de 19 navires marchands ont, depuis le 28 février, été endommagés par les Gardiens de la révolution qui ont juré de conserver le contrôle du détroit. Ces derniers affirment aussi avoir posé des mines navales, dont ils auraient perdu les plans.
Une autre question posée est l’attitude de la Chine, grand client des hydrocarbures iraniens (14% de ses importations), et grand fournisseur du pays. L’armada américaine va-t-elle bloquer les tankers chinois, voire leur tirer dessus? Et que se passerait-il si les Chinois décidaient, dans les eaux internationales, d’escorter ces navires? Donald Trump semble anticiper une réaction de Pékin. Il vient à nouveau de menacer la Chine de 50% de droits de douane. Sa visite à Pékin, à la mi-mai, pourrait être de nouveau reportée.
Séisme énergétique
Troisième conséquence: le séisme économique et énergétique mondial. Il est garanti, et les cours du pétrole risquent d’exploser dès ce lundi matin. Car en bloquant le détroit d’Ormuz, Donald Trump déclenche un séisme sur le marché des hydrocarbures. Que vont faire les Européens, également impactés ?
Est-il vrai, comme l’affirme Trump, que des pays européens, dont le Royaume-Uni, auraient accepté, enfin, d’escorter leurs navires dans le détroit, voire d'aider à son déminage? Rien ne le confirme à ce stade.
Pour rappel, la convention internationale de Montego Bay, signée en 2022 et entrée en vigueur deux ans plus tard, stipule «une absolue liberté de navigation sur les mers, en dehors des eaux territoriales, en temps de paix aussi bien qu’en temps de guerre, sauf si les mers doivent être en partie ou totalement fermées afin de permettre l’application d’alliances internationales». C’est ce dernier argument que Trump va utiliser pour justifier son action.
Bientôt, un assaut terrestre?
Dernier suspense, enfin: la capacité de l’Iran et des pays riverains du Golfe à tenir avec un détroit d’Ormuz fermé à double tour par les Etats-Unis. En Iran, le régime est habitué à fonctionner malgré les dures sanctions prises contre lui depuis des décennies. Des pays tels que Dubaï, Abou Dhabi ou le Qatar ont, en revanche, un cruel besoin de rétablir la libre circulation maritime, car leurs économies dépendent entièrement du pétrole, du gaz et du commerce des denrées qui transitent par le détroit (aluminium, engrais, etc.).
S’il tient parole, Trump va donc conjointement asphyxier l’Iran et les pays amis des Etats-Unis. Ce qui relance une autre question: le blocus est-il un volet des opérations militaires décidées par Washington? Va-t-il s’accompagner d’un assaut terrestre, par exemple pour prendre une ville iranienne ou pour tenter de récupérer les 440 kilos d’uranium enrichi à 60% détenus par l’Iran pour son programme nucléaire militaire?