JD Vance a-t-il vraiment claqué la porte après 21 heures de négociations sans succès avec l'Iran? Dans les faits, telle est la réalité. Le vice-président des Etats-Unis est remonté dans son «Air Force Two» pour regagner son pays sans avoir obtenu, officiellement du moins, ce qu'il exigeait des négociateurs de la République islamique.
Envoyé par Donald Trump au Pakistan et encadré par le tandem Steve Witkoff - Jared Kushner, JD Vance faisait face au ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghtchi et au président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf. Pour la première fois depuis la révolution islamique de 1979, la négociation semble avoir été directe, avec les deux délégations dans une même pièce. Sans succès.
Deux thèses s'affrontent désormais, et l'on saura très vite laquelle est la bonne. La première est celle d'une négociation qui ne fait que commencer. JD Vance, désormais en première ligne dans ce dossier iranien, aurait donc choisi d'interrompre les pourparlers pour rentrer à Washington et s'assurer de la position de Donald Trump.
Logique: le vice-président, opposé à la guerre aérienne contre l'Iran, sait que le locataire de la Maison-Blanche change très vite d'avis et peut, en un seul message sur son réseau social, réduire à néant des efforts diplomatiques. Ce départ d'Islamabad, qui n'était pas prévu, serait donc une parenthèse. Les autorités pakistanaises, qui assurent la médiation et la sécurité des pourparlers, n'ont d'ailleurs pas annoncé la fin de ceux-ci, même si la délégation iranienne a, elle aussi, quitté la ville.
L'Iran ne capitulera pas
La seconde thèse est celle de l'échec, engendré par le refus de l'Iran de capituler. Pour rappel, les Etats-Unis exigent depuis le début des hostilités trois concessions majeures de la République islamique : l'arrêt complet de son programme d'enrichissement militaire de l'uranium (sur l'état duquel un grand flou règne après six semaines de frappes aériennes), l'abandon du programme de missiles balistiques et l'arrêt de l'assistance militaire de l'Iran à ses alliés régionaux, à commencer par le Hezbollah chiite libanais, en lutte contre Israël.
Mais un autre sujet s'est imposé, plus important encore à court terme pour l'administration américaine: la réouverture du détroit d'Ormuz, pour permettre la reprise d'un trafic pétrolier et gazier normal en provenance du Golfe persique. Vu la menace de crise énergétique et économique mondiale, ce sujet est même devenu prioritaire.
Où en sommes-nous après 21 heures de tractations, sur lesquelles JD Vance est resté discret lors de sa conférence de presse, affirmant que « l’Iran a choisi de ne pas accepter les conditions de Washington»? Selon la presse iranienne, les discussions à Islamabad se sont terminées après que les «exigences excessives» des Etats-Unis ont empêché la conclusion d’un cadre d’accord.
Explications? «Plusieurs questions, notamment le détroit d’Ormuz, les droits nucléaires et d’autres sujets, ont fait partie des points de désaccord.» Sauf que trois éléments incitent à un optimisme prudent. La reprise des frappes aériennes, plusieurs fois évoquée par Donald Trump, n'est donc pas nécessairement à l'agenda.
Maintien du cessez-le-feu
Le premier élément est le maintien, pour l'heure, du cessez-le-feu décidé le 8 avril par Donald Trump pour donner une chance à la diplomatie, juste avant l'expiration de son ultimatum. Les frappes iraniennes contre les pays du Golfe et contre Israël n'ont pas repris, même si le Hezbollah libanais poursuit, lui, ses tirs de roquettes sur l'Etat hébreu. Or, tant que la trêve demeure, la possibilité d'un accord reste sur la table. A noter toutefois que, dans d'autres cas, la diplomatie a fonctionné malgré la guerre, alors que les hostilités se poursuivaient.
Le deuxième élément est le passage de plusieurs navires, samedi, dans le détroit d'Ormuz. Sont-ils le prélude à une opération plus massive, par exemple à l'organisation de convois maritimes pour désengorger le Golfe persique, où les tankers et les cargos se sont accumulés depuis des semaines ? Le signal donné à l'économie mondiale serait positif.
Besoin de la trêve
Le troisième élément qui incite à un relatif optimisme est moins positif. Les deux camps ont besoin de cette trêve après six semaines de frappes. Pour les Etats-Unis, ce cessez-le-feu permet de renforcer les moyens militaires et aéronavals dans la région. Pour l'Iran, cela permet de rétablir la communication entre les différents échelons de l'Etat, dégradés par les bombardements. Cette fenêtre d'opportunité peut dès lors être exploitée par le Pakistan pour reconvoquer bientôt d'autres pourparlers.
Pour les Européens, la question cruciale pourrait être, dans les prochains jours, celle du détroit d'Ormuz si la trêve persiste et qu'il faut accompagner les navires qui le traverseraient. Une opération de convoyage maritime est à l'étude. Plus d'une trentaine de pays ont donné leur accord.
Mais les risques sont importants, surtout si des mines sont dans ce détroit, dont la largeur est de 30 à 50 kilomètres. Donald Trump a, à plusieurs reprises, menacé ses alliés de l'OTAN de représailles s'ils n'agissent pas pour rétablir le passage dans ce détroit essentiel pour leur approvisionnement. Et si c'était cela que JD Vance avait, en priorité, besoin de négocier avant d'avancer dans les négociations directes avec la République islamique ?