JD Vance, bélier de Trump
Cet homme veut casser l'Europe et faire capituler l'Iran

Le vice président des Etats-Unis dirigera la délégation américaine aux négociations de paix qui débuteront vendredi avec l'Iran, au Pakistan. Juste avant, il s'en est pris à l'Europe en Hongrie, espérant sauver Viktor Orban.
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JD Vance dirigera la délégation américaine aux pourparlers d'Islamabad avec l'Iran.
Photo: Getty Images
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Richard WerlyJournaliste Blick

Deux missions. Deux faces d’une même personnalité. Deux stratégies aussi.

À 41 ans, J.D. Vance joue double ces jours-ci. En Hongrie, les 7 et 8 avril, le vice-président des États-Unis s’en est violemment pris à l’Union européenne (UE), qui, selon lui, veut «détruire» le pays de Viktor Orban, auquel il a fait d’importantes promesses d’aide énergétique et militaire. Lesquelles se sont déjà matérialisées par l'annonce par le gouvernement d'un achat de 500 millions de dollars de pétrole brut aux États-Unis, sans doute suivies par d'autres si le Premier ministre pro-Trump (et pro-Poutine) est reconduit pour un nouveau mandat à l’issue des législatives de ce dimanche 12 avril. Mais, une fois remonté dans son avion à l’aéroport de Budapest, l’ex-sénateur de l’Ohio s’est aussitôt retrouvé plongé dans sa seconde mission: faire plier les Iraniens lors des négociations directes qui doivent démarrer ce vendredi à Islamabad, au Pakistan.

Pourquoi J.D. Vance?

Pourquoi avoir misé sur J.D. Vance pour ces deux missions? Dans le cas de la Hongrie et du soutien à Viktor Orban, au pouvoir sans interruption depuis 2010, Donald Trump a surtout eu besoin de se faire remplacer. C’est lui, le président des États-Unis, que voulait recevoir le chef du gouvernement hongrois. Idéalement, Orban rêvait même d’accueillir un sommet Trump-Poutine sur l’Ukraine, qui lui aurait permis de montrer aux 26 autres pays membres de l’UE qu’il est incontournable et que leur politique de soutien à l’Ukraine va dans le mur.

Problème: Trump s’est retrouvé bien trop accaparé par la guerre déclenchée contre l’Iran le 28 février aux côtés d’Israël. Et pis: le président américain a réalisé à ses dépens combien il est difficile de négocier avec son homologue russe, après l’échec de leur sommet en Alaska, le 15 août 2025. À J.D. Vance, donc, le soin d’aller «casser» l’Europe sur le sol hongrois, en répétant ce qu’il avait dit dès le mois de février 2025 à la conférence annuelle sur la sécurité de Munich: l’Union européenne, alias Bruxelles, abandonne les valeurs occidentales et chrétiennes, cède devant l’immigration massive et viole la liberté d’expression en refusant de donner plus de place aux partis d’extrême droite comme le Fidesz, le parti hongrois de Viktor Orban. Une attitude d'ingérence caractéristrique dans une campagne électorale en cours, ce que l'ambassadeur des Etats-Unis à Bruxelles s'est empressé de démentir.

Le grand flou d’Islamabad

Dans le cas des négociations annoncées avec l’Iran, sur lesquelles un grand flou continue de planer, c’est un autre J.D. Vance que Trump envoie en première ligne: le Vance isolationniste, opposé à toute nouvelle guerre et seul capable, selon lui, de convaincre encore l’aile de son mouvement MAGA (Make America Great Again) la plus hostile au conflit. Ancien militaire en Irak, durant la guerre menée par l’administration Bush, J.D. Vance a dit à plusieurs reprises, lors d’entretiens accordés à des influenceurs de la sphère MAGA, que son pays doit sortir au plus vite de cette guerre.

Un long article très détaillé du New York Times, publié le 7 avril, confirme que la décision de lancer l’assaut aérien contre la République islamique a été prise lors d’une réunion à la Maison-Blanche, le 11 février, alors que le vice-président était absent de la capitale fédérale, en visite officielle en Azerbaïdjan. La façon dont les Israéliens, selon le New York Times, ont convaincu Donald Trump d’intervenir en promettant un écroulement du régime iranien aurait rendu furieux J.D. Vance, au point que, selon d’autres sources, le numéro deux de l’administration Trump aurait donné son accord à l’influenceur Tucker Carlson pour dire au micro que cette guerre n’est pas celle des États-Unis, mais celle d’Israël.

Pas sûr de réussir

J.D. Vance peut-il réussir sur les fronts que lui a assignés son patron? Pas sûr du tout. En Hongrie, où il n’a pas quitté la capitale, Budapest, les sondages restent obstinément défavorables à Viktor Orban trois jours avant le scrutin, et ses déclarations n’ont pas ébranlé l’opposition. Malgré ses attaques contre Volodymyr Zelensky, dont il a dénoncé (sans fondement) les «agressions verbales» contre le Premier ministre hongrois, sa visite a davantage ressemblé à un service après-vente politique classique. La preuve: le président ukrainien, mis en difficulté par le blocage par la Hongrie du prêt de 90 milliards d’euros consentis en décembre par l’Union européenne, n’a pas jugé bon de réagir ni de commenter.

Avec l’Iran, à Islamabad, J.D. Vance — dont l’épouse, Usha, qui voyage avec lui, est d’origine indienne — aura la tâche encore plus difficile. Car, en plus de devoir amener ses interlocuteurs à capituler, le vice-président devra mettre au pas les deux émissaires attitrés de Donald Trump: Steve Witkoff et Jared Kushner. Or ces deux émissaires sont, on le sait, très proches de l’actuel Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, désireux, lui, de poursuivre les frappes contre l’Iran jusqu’à l’écroulement du régime des ayatollahs.

Trop de défis

Que va faire Vance, dont la mission prioritaire est d’obtenir la réouverture totale du détroit d’Ormuz, l’abandon du programme nucléaire militaire iranien et le lâchage par Téhéran du Hezbollah chiite libanais? «Il devra faire face à de nombreux défis: à peine un jour après son entrée en vigueur, la trêve semble déjà vaciller et les experts doutent que la réunion débouche sur des progrès concrets. L’Iran accuse les États-Unis d’avoir violé le cessez-le-feu, les alliés du Golfe des États-Unis ont intercepté une série d’attaques iraniennes, et le détroit d’Ormuz est toujours fermé», détaille le site bien informé Semafor.

Dernière option pour J.D. Vance, qui se profile naturellement pour succéder en 2028 à Donald Trump: éviter de prendre trop de risques et renvoyer la balle diplomatique vers celui qui est, dans les faits, son principal rival pour la future présidence: le secrétaire d’État Marco Rubio. Une position de prudence qui serait habile, surtout si, à la sortie des urnes dimanche soir en Hongrie, Viktor Orban était battu et que l’Europe, à travers l’opposition hongroise, relève la tête face aux menaces américaines.

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