Et la neutralité helvétique dans tout ça?
Comment le Pakistan s'est-il imposé en tant que médiateur clé dans la guerre en Iran?

Un cessez-le-feu de deux semaines a été établi ce mercredi entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran. Au milieu de ce chaos, comment le Pakistan a-t-il réussi à s'imposer en tant que principal médiateur?
1/5
Le chef de l'armée pakistanaise, Asim Munir, entretient un lien privilégié avec Donald Trump.
Photo: keystone-sda.ch
RMS_Portrait_AUTOR_242.JPG
Guido Felder

Jusqu'à présent, la Suisse était considérée comme un médiateur important dans la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran. Désormais, et de façon surprenante, le Pakistan a pris le relais. Et avec un certain succès: le président américain Donald Trump a annulé son attaque meurtrière contre l'Iran ce mercredi, ce dernier ayant temporairement rouvert le détroit d'Ormuz. 

A la dernière minute, avant l'ultimatum de Donald Trump, le Premier ministre du Pakistan Shehbaz Sharif et le chef de l'armée pakistanaise Asim Munir ont réussi à obtenir un accord qui l'a convaincu d'accepter une trêve de deux semaines.

Mais pourquoi le Pakistan en particulier? Le pays est lui-même en proie à un conflit perpétuel avec l'Inde au sujet du Cachemire. Cependant, il partage une frontière de 900 kilomètres avec l'Iran, entretient avec lui des liens culturels et religieux étroits et ne possède aucune base aérienne américaine – ce qui lui confère une apparence de neutralité. De plus, le Pakistan a ses propres intérêts dans l'affaire: il est fortement dépendant des importations de pétrole transitant par le détroit d'Ormuz.

Un lien direct avec Donald Trump

Le Pakistan a en outre pu exercer une influence directe sur le président américain. Depuis plusieurs années, Asim Munir entretient de bonnes relations avec Donald Trump et, selon les Etats-Unis, il connaît l'Iran mieux que la plupart des autres responsables politiques pakistanais. Cette relation personnelle a sans doute été décisive pour dissuader le président américain de lancer une attaque immédiate.

Les médiateurs traditionnels, comme la Suisse, jouent cette fois un rôle limité, faute de liens directs avec l'Iran. Le Pakistan, lui, s'impose en défendant ses intérêts économiques et sa stabilité régionale. En parallèle, la Suisse pâtit aussi d'une moindre considération de Donald Trump depuis ces derniers mois.

La situation demeure néanmoins risquée. L'opinion publique pakistanaise est majoritairement pro-iranienne et des manifestations en faveur du pays ont déjà fait plusieurs morts. Un échec des négociations pourrait exacerber les tensions internes.

Articles les plus lus