La guerre en Iran fait exploser les prix de l'essence jour après jour. Dans certains pays, l'essence et le diesel commencent à se faire rares. La Confédération indique suivre la situation de près. Mais l'Office fédéral pour l'approvisionnement économique du pays (OFAE) se montre rassurant: «Nous ne réagirons qu'en cas de besoin. L'approvisionnement de la Suisse en produits pétroliers est encore stable.» Mais pour combien de temps encore?
Selon une étude de la grande banque américaine J.P. Morgan, la fermeture du détroit d'Ormuz devrait commencer à se faire réellement ressentir en Europe à partir du 10 avril. D'après cette étude, les dernières cargaisons de pétrole brut expédiées avant le début de la guerre arriveraient à ce moment-là. Après cette échéance, les importations risqueraient d'être largement interrompues.
Plus que trois jours pour l'Europe
Cette analyse dresse un tableau de la crise pétrolière: l'Asie et le sud de l'Afrique seraient déjà pratiquement coupés des livraisons depuis début avril, l'Europe pourrait suivre dès le 10 avril, l'Amérique du Nord à partir du 15. Des régions comme la Chine et l'Inde, qui dépendent fortement du pétrole du golfe Persique, seraient particulièrement touchées.
En dépit de la situation, les autorités suisses se montrent rassurantes. «L'approvisionnement est assuré jusqu'à la fin du mois d'avril, si les livraisons commandées arrivent.» En cas de besoin, la Confédération a la possibilité de puiser dans ses réserves obligatoires de pétrole, qui couvrent les besoins pour trois à quatre mois et demi supplémentaires. Mais pour l'instant, l'OFAE n'envisage pas cette option.
Quelles menaces pour la Suisse?
En Suisse, le problème ne concernerait pas tant les stocks de pétrole que le niveau des prix. Michael Knobel, propriétaire d'une station-service en Suisse alémanique qui s'illustre par ses prix cassés, ressent déjà les effets du phénomène: «Les prix ne cessent de grimper. Aujourd'hui, à 10 heures du matin, le coût d'achat atteignait son niveau le plus élevé depuis le début de la guerre. Mais je ne constate pas encore de pénurie de pétrole», explique-t-il à Blick.
Un blocage prolongé du détroit d'Ormuz entraînerait des répercussions sur le prix du mazout et de l'essence. A cela s'ajouteraient d'éventuels retards dans les chaînes d'approvisionnement, notamment pour le transport de marchandises et l'industrie. «Si le prix du pétrole atteint 125 dollars le baril, le litre d'essence (le sans plomb 95) franchira probablement la barre des deux francs. Pour le diesel, ce seuil sera franchi à 130 dollars, atteignant alors 2,50 francs le litre», met en garde Michael Knobel.
Faire le plein, mais sans trop paniquer
A moyen terme, il est primordial de déterminer si les exportations de pétrole peuvent passer par des itinéraires alternatifs, et si les stocks peuvent être stabilisés. Si le conflit venait à se prolonger, la Suisse pourrait se retrouver dans le sillage d'une crise européenne. Michael Knobel conseille malgré tout de rester serein: «La semaine prochaine, continuez à faire le plein, la situation reste volatile. Mais pas de panique: pour le moment, il y a toujours suffisamment d'essence.»
Contrairement à ses voisins allemands et français, la Suisse est bien approvisionnée. «Les Suisses disposent d'une certaine flexibilité financière. Dans le pire des scénarios, il pourrait y avoir une sorte de priorité dans la distribution. Les pays qui sont prêts à payer davantage seraient prioritaires. D'autres mesures pourraient ensuite suivre», explique Michael Knobel. Pour résumer, il conseille de «faire le plein, comparer les prix et éviter les trajets inutiles. Et de ne surtout pas paniquer».