Les menaces les plus insensées ont-elles produit ce que dix semaines de frappes aériennes sur l'Iran n'avaient pas obtenu? C'est évidemment la version que Donald Trump va donner dans les heures qui viennent. Le président des États-Unis a aussitôt qualifié de « victoire totale » la conclusion, peu avant 20 heures (à Washington), ce mardi 7 avril, d'un cessez-le-feu de deux semaines, négocié par le Pakistan, où les délégations américaines et iraniennes devraient se retrouver ce vendredi. Un plan de paix en dix points proposé par Téhéran serait sur la table. Voici les cinq leçons à tirer de cette folle nuit durant laquelle le locataire de la Maison-Blanche avait menacé de détruire la civilisation iranienne. Avant de repousser son ultimatum de deux semaines.
La menace de Trump a payé, mais...
Les mots de Donald Trump ont plongé le monde entier dans l'effroi. Apres avoir promis de faire retourner l'Iran à «l'âge de pierre», et apres le sauvetage réussi, ce week-end, de deux pilotes américains abattus, le président des Etats-Unis se disait prêt à détruire, à regrets, la civilisation iranienne.
Le résultat ? Il ressemble à son surnom «Taco» (Trump always chicken out - Trump se comporte toujours comme une poule mouillée). Une heure avant l'expiration de son ultimatum – qu'il avait déjà repoussé – une proposition de cessez-le-feu avancée par le Pakistan a été acceptée par les deux parties. Cette trêve des frappes aériennes est supposée durer deux semaines. Elle est la condition pour une négociation directe entre les Etats-Unis et l'Iran qui s'ouvrira ce vendredi à Islamabad – la capitale du Pakistan, pays doté de l'arme nucléaire et proche de la Chine – désormais installé comme intermédiaire en chef.
Un plan de paix en dix points avancé par Teheran sera discuté. Selon des fuites dans les médias, il porterait sur la fin définitive de la guerre et la réouverture complète du crucial détroit pétrolier d'Ormuz, en échange de la levée de toutes les sanctions contre la Republique islamique et de la fin de toutes les attaques contre les alliés de l'Iran. A ce stade, fait très étonnant: ni l'abandon du programme nucléaire iranien ni la destruction des stocks de missiles du régime ne sont mentionnés. Ils étaient pourtant la raison de cette guerre aérienne entamée le 28 février.
Le pire n'est pas arrivé
Le monde entier retenait son souffle cette nuit. Une vague de frappes aériennes sans précédent menée par les États-Unis et Israël sur les infrastructures énergétiques iraniennes, sur les ponts et sur de nombreuses cibles civiles aurait nourri l'accusation de «crimes de guerre» contre les deux belligérants. La riposte iranienne, si elle avait eu lieu, aurait mis encore plus le feu au golfe Persique, avec des attaques sur les pays voisins déjà paralysés. Le détroit d'Ormuz serait devenu le théâtre d'une crise encore plus grave pour l'énergie et l'économie mondiale.
Où en sommes-nous, au final? Si les informations disponibles sur le plan de paix en dix points sont justes, la réponse est: un régime iranien très affaibli mais toujours en place, un programme nucléaire iranien sans doute pas loin d'être anéanti mais pas abandonné, six semaines d'une guerre très coûteuse (entre vingt et trente milliards de dollars pour les seuls États-Unis, selon les instituts spécialisés) et un choc pétrolier de grande envergure. Le pire n'est pas arrivé, mais rien n'est réglé.
Les Iraniens restent prisonniers
On n'en parle pas, ou presque jamais. Quid des 90'000'000 d'Iraniens que Donald Trump a plusieurs fois appelés à se soulever contre le régime des ayatollahs, dans des messages postés sur les réseaux sociaux? La réalité est que la population, dont une grande majorité déteste la République islamique au pouvoir depuis 1979, est prisonnière. La peur est partout. Les miliciens «bassidjis» et les Gardiens de la révolution, maîtres du pouvoir dans cette théocratie qu'est l'Iran, tiennent les rues. Chaque jour, des pendaisons publiques d'opposants ont lieu. L'opposition en exil autour du fils du Shah est silencieuse. Donald Trump a-t-il compris que ses menaces ont réveillé le nationalisme d'une population iranienne blessée par cette guerre déclenchée, en partie, en son nom? Question :le régime peut-il tenir ou est-il condamné? Si elle obtient la levée des sanctions, la République islamique sera encore plus difficile à renverser après ce conflit.
Israël est le dos au mur
Toute une partie du camp trumpiste, aux États-Unis, accuse Israël d'avoir entraîné Donald Trump dans la guerre et d'en porter la principale responsabilité. L'État hébreu se retrouve donc le dos au mur, d'où son refus d'étendre le cessez-le-feu annoncé au Liban-Sud, où son armée veut occuper une partie du territoire et a entrepris d'y raser des villages pour démanteler le Hezbollah chiite, soutenu par l'Iran. Cela est-il tenable alors que la principale raison de cette guerre est le programme nucléaire militaire iranien, dont on n'a plus de nouvelles? Le Premier ministre Benjamin Netanyahu peut-il cesser les frappes sans avoir la preuve que ce programme est réduit à néant et sans récupérer les 440 kilos d'uranium enrichi à 60 % détenus par la République islamique?
Ormuz est la clé
Ce conflit a complètement changé de nature en six semaines, preuve qu'il n'avait pas été préparé ni anticipé. Et preuve, surtout, que l'idée d'un changement de régime quasi automatique après la mort du guide suprême Ali Khamenei, tué dans les frappes du 28 février, était fausse. La clé de cette guerre est aujourd'hui le détroit d'Ormuz, dont le passage est essentiel pour l'approvisionnement énergétique mondial. C'est pour obtenir sa réouverture que Trump a menacé l'Iran du pire. Pour le reste? Pas d'assaut militaire américain sur l'île pétrolière iranienne de Kharg pour le moment. Le détroit d'Ormuz, long d'environ 200 kilomètres, avec une profondeur comprise entre 50 et 70 mètres, est la clé des pourparlers de paix qui vont démarrer.