Il est à Budapest pour Orban
Pour JD Vance, Bruxelles veut détruire la Hongrie

La visite du vice-président américain J.D. Vance à Budapest ce mardi, quelques jours avant les élections législatives du 12 avril, est l'ultime tentative de soutenir le Premier ministre de longue date Viktor Orban, à la fois pro-Trump et pro-Poutine.
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Viktor Orban est au pouvoir en Hongrie sans interruption depuis 2010.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Feu sur Bruxelles. Feu sur l'Union européenne (UE), qui veut «détruire l'économie de la Hongrie et faire reculer le pays». Feu sur tous ceux qui, contrairement aux Etats-Unis et au gouvernement de Viktor Orbán, refusent de «défendre les valeurs de la civilisation occidentale». C'est un réquisitoire impitoyable envers l'UE et la Commission européenne qu'a livré à Budapest, ce mardi 7 avril, le vice-président américain J.D. Vance.

Pas de meeting populaire, comme annoncé initialement, mais une conférence de presse en forme de tribunal à la veille des législatives du 12 avril. «Alors que les élections approchent, ce qui se produit en Hongrie est l’un des pires exemples d’interférence politique que j’aie vus», a asséné J. D. Vance. «Moi, je défends la Hongrie. Je suis là pour vous aider.» Et de citer les combats identitaires communs, approuvés aussitôt par Orban: lutte contre l'immigration, contre l'idéologie de genre et défense de la religion chrétienne.

Pas de bain de foule

La venue du vice-président américain au siège du gouvernement hongrois, sur les hauteurs de Budapest, remplies de touristes mais sans aucune foule sur le parvis, n'était pas le scénario idéal pour Viktor Orbán. Le Premier ministre hongrois, au pouvoir sans interruption depuis 2010, espérait recevoir Donald Trump, voire accueillir un sommet tripartite avec Vladimir Poutine. La guerre en Iran, et l'ultimatum de ce mardi 7 avril au soir ayant rendu cela impossible, Orbán a donc concentré ses tirs sur son bouc émissaire favori, qu'il a même accusé de l'avoir menacé: le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dont le portrait figure sur des affiches de son parti Fidesz avec la mention «Dangereux».

«Le soutien à l'Ukraine apporté par les Européens est un échec absolu. Il faut forcer l'Ukraine à rouvrir les gazoducs. L'Ukraine ne doit plus avoir aucune autre option que de garantir notre approvisionnement énergétique. Voilà mon plan. Les services secrets ukrainiens essaient d'interférer dans notre scrutin, comme ils l'ont fait aux Etats-Unis, mais nous ne laisserons pas faire cela», s'est-il emporté.

Orban donné perdant

J.D. Vance a moins de 24 heures pour faire remonter la pente politique à Viktor Orbán, que tous les sondages donnent perdant face à son principal opposant, Péter Magyar, et son parti Tisza (Respect et liberté). Dès mercredi matin, il repartira vers son pays, à moins qu'il ne se dirige vers le golfe Persique pour mener des négociations avec l'Iran. Résultat: une charge impitoyable contre les Européens. «Bruxelles veut dicter sa loi sur les plateformes de réseaux sociaux», a-t-il lâché, contestant la volonté communautaire d'encadrer les géants de l'Internet américains. «Bruxelles veut maîtriser toutes les informations; cela ne va pas dans le bon sens.»

A cinq jours des élections législatives du dimanche 12 avril dans son pays de 9,5 millions d'habitants, le Premier ministre hongrois espère donc que ses concitoyens suivront ce message clair: le meilleur moyen de s'assurer les faveurs de la première puissance mondiale, et d'assurer leur sécurité énergétique, est de le réélire…

Orbán, le sauveur

Voué aux gémonies par la Commission européenne, qui continue de bloquer une partie des fonds communautaires en raison des entraves à l'indépendance de la justice par son gouvernement, Viktor Orbán a joué sa partition habituelle: se présenter comme le «sauveur» de la paix sur le continent. «Il rêvait d'un sommet Trump-Poutine, finalement annulé en octobre 2025, après l'échec de la rencontre entre les deux dirigeants en Alaska, le 15 août», confie un diplomate hongrois rencontré à Budapest. «Et depuis, les mauvaises nouvelles politiques et diplomatiques n'ont fait que s'accumuler.»

J.D. Vance sait que le Premier ministre nationaliste hongrois, considéré comme l'archétype du dirigeant «illibéral» au sein de l'Union européenne, fait face à la réélection la plus difficile de sa carrière politique. «J’ai hâte de voir mon bon ami Viktor, et nous parlerons de nombreux sujets liés aux relations entre les Etats-Unis et la Hongrie», a déclaré celui qui, en février 2025, à la conférence annuelle sur la sécurité de Munich, avait reproché aux Européens de ne plus défendre leurs valeurs et de trahir leur promesse de liberté en diabolisant les partis d'extrême droite. 

Problème: personne, ou presque, ne connaît J.D. Vance en Hongrie. La venue de Trump aurait été un atout maître. Celle de son vice-président pourrait faire long feu. «Le public d'Orbán, en particulier les retraités et la droite, aime l'homme fort chez Trump. Le discours beaucoup plus politique de Vance les ennuie», complète notre interlocuteur, ancien ambassadeur sous le gouvernement dominé depuis 2010 par le Fidesz, le parti hégémonique de Viktor Orbán.

Orbán marginalisé

Pour la plupart des dirigeants européens qui regardent eux aussi vers Budapest, cette visite ultra-rapide de J.D. Vance (sans doute guère plus de 24 heures) est aussi un test. A l'exception de deux autres pays, la Slovaquie et la République tchèque, dont les dirigeants cherchent aussi à se ménager coûte que coûte les bonnes faveurs de Trump et de Poutine, l'Union européenne a réussi à marginaliser Viktor Orbán. La Hongrie est souvent mise de côté lors des discussions à 27. 

Mais problème: les décisions prises à l'unanimité continuent de lui accorder un droit de veto. C'est le cas pour le prêt de 90 milliards d'euros accordé par l'UE à l'Ukraine. L'accord a été donné à Bruxelles en décembre 2025, mais lors du Conseil européen du 19 mars, le Premier ministre hongrois a refusé de débloquer l'aide promise à Kiev. Il a conditionné son feu vert à la reprise des livraisons de pétrole russe via l'oléoduc Droujba (qui court depuis le sud-est de la Russie vers l'Allemagne à travers l'Ukraine, la Hongrie et la Pologne). En riposte, la Commission a suspendu le déblocage de 17 milliards d'euros pour financer l'industrie de défense hongroise.

60% des Hongrois se disent insatisfaits de la situation actuelle, selon les sondages. Après cinq mandats consécutifs pour Orbán, le ras-le-bol s'est enraciné. Viktor Orbán, l'ancien combattant de la démocratie des années 1990, tourne en boucle en comparant sans cesse la situation actuelle à la défunte Union soviétique, dont les troupes envahirent Budapest en 1956 pour y mater la révolte. 

Dans tous les secteurs de la société, le contrôle du gouvernement et du parti majoritaire, le Fidesz, attise les frustrations. Les enseignants hongrois doivent ainsi, depuis 2024, signer un contrat leur interdisant de sympathiser avec un parti politique, avec possibilité pour l'Etat de surveiller leur activité. La corruption est rampante dans l'entourage du Premier ministre. 28 milliards d'euros de marchés publics auraient été empochés par ses proches, selon une enquête du «Financial Times». La jeunesse regarde bien davantage du côté de Bruxelles, Paris, Vienne ou Berlin que vers Washington ou, pire, Moscou.

Bloc illibéral

J.D. Vance peut-il faire basculer cela? L'enjeu est en tout cas majeur pour Washington: «Pour l’administration Trump, Orbán n’est pas seulement un conservateur allié, mais une figure centrale des efforts visant à établir un bloc illibéral en Europe. Si Orbán échoue, ce mouvement en souffrira», explique Stephen Wertheim, historien et chercheur principal au Carnegie Endowment for International Peace.

Les opposants au Premier ministre sortant sont d'ailleurs prévenus: lors d’un voyage en Hongrie en février, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a averti que la poursuite de relations bilatérales solides avec Budapest dépendait de sa réélection. «C'est Orbán qui va remporter le scrutin, donc nos relations positives continueront», a prédit pour sa part J.D. Vance, avant de répondre rapidement à une question… sur l'Iran, bien plus important que l'élection à venir dans ce pays ami.

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