Par Richard Werly
Ormuz est le champ de ruines de notre Occident

Les menaces folles du président des Etats-Unis sur une «destruction imminente de la civilisation iranienne» imposent de redire ce que les Européens répètent: cette guerre n'est absolument pas leur guerre. Ni celle de l'Occident, comme l'a prétendu JD Vance en Hongrie.
L'Europe se distancie de Trump.
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Richard WerlyJournaliste Blick

Jusqu’à quand allons-nous accepter cet abus de langage? Jusqu’à quand va-t-on laisser Donald Trump, JD Vance, mais aussi Benjamin Netanyahu, prétendre que la guerre menée contre l’Iran depuis le 28 février est celle de «l’Occident» contre la République islamique? Jusqu’à quand va-t-on accepter que le vice-président des Etats-Unis, en visite ce mardi 7 avril en Hongrie, attaque les Européens, en affirmant de façon mensongère – et contre toute évidence – que leur but est de «détruire» le pays dirigé par «son ami» Viktor Orbán?

Entendons-nous bien. La question de la responsabilité des ayatollahs iraniens, qui ont follement misé sur la course à l’arme nucléaire et menacé de s’en servir contre Israël, ne doit absolument pas être écartée. C’est pour cela que l’Europe et les Etats-Unis avaient investi une énergie diplomatique considérable, obtenant à l’arraché, en 2015, un accord que tous les experts jugeaient de nature à contenir la menace «existentielle» pour l’Etat hébreu. Naïveté? Erreur? 

Le fait est que cet accord tenait jusqu’à ce que Donald Trump s’en retire en 2018, ouvrant la voie à la folle escalade déclenchée par les frappes du 28 février menées aux côtés d’Israël. Où en serions-nous si cet accord avait tenu? C’est cette question qu’il faut toujours se poser, avant de s’extasier devant le spectacle de la guerre qui, à en croire Donald Trump, pourrait conduire dans les heures qui viennent à la «disparition» de la civilisation iranienne.

Guerre sans limites

Le plus urgent, toutefois, est de répéter au monde entier que ce conflit n’est pas celui de l’Occident. Non, l’Occident n’est pas en train de mener des frappes qui, selon la présidente du Comité international de la Croix-Rouge, peuvent conduire à une «guerre menée sans limites, incompatible avec le droit. Une guerre indéfendable, inhumaine et dévastatrice pour des populations entières». Non, l’Occident et ses valeurs ne sont pas menacés par Bruxelles et la Commission européenne, comme l’a répété JD Vance en accusant l’exécutif communautaire d’interférer dans les législatives du 12 avril, au moment même où il est venu, lui-même, défendre Viktor Orbán, donné perdant par les sondages. Et non, l’Occident n’est pas la victime de ce conflit qui, sur le plan énergétique et économique, est en passe de se transformer en séisme planétaire.

Un régime théocratique et dictatorial

Ce conflit, il faut le répéter, est celui que les Etats-Unis et Israël ont choisi de mener seuls, au risque d’exposer tous leurs autres alliés, de l’Asie à l’Europe en passant, bien sûr, par le golfe Persique. Ce conflit a pour but de renverser un régime théocratique et dictatorial, qui pend tous les jours des opposants et terrorise sa population, sans alternative pour le remplacer. Cela arrivera-t-il? Les ultimatums de Trump feront-ils capituler les ayatollahs et les Gardiens de la révolution, ouvrant la porte à une transition qui ne soit pas chaotique et terrible pour un peuple iranien exsangue? Peut-être. Mais gare, dans tous les cas, aux confusions, aux joies trop rapides et aux mauvais soulagements.

Les milliers de bombes et de missiles déversés pour casser les infrastructures d’un grand pays comme l’Iran, mais aussi ceux tirés par la République islamique contre ses voisins, laisseront des traces dont nous paierons tous le prix. Le détroit d’Ormuz, que Trump jure de rouvrir par la force la plus brutale après avoir entraîné sa fermeture, est le champ de ruines d’un Occident qui ne nous appartient plus.

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