Malgré les ultimatums de Trump
Comment le régime iranien peut (encore) tenir et ruiner le Golfe

Les frappes massives promises par le président des Etats-Unis peuvent-elles casser l'Etat iranien qui résiste encore après plus d'un mois de guerre? Rien n'est moins sûr. Voici pourquoi.
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Trump a décidé de remanier son administration en pleine guerre. Il vient de limoger Pam Bondi, sa ministre de la Justice.
Photo: AP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Téhéran a promis de riposter encore plus massivement si Trump fait «tout péter». «Tout péter»: c'est en effet ce que le président des Etats-Unis a promis, dans un entretien accordé au journaliste très informé du site Axios, Barak Ravid, si le régime des mollahs ne rouvre pas le détroit d'Ormuz d'ici ce mardi soir 7 avril.

Concrètement, le président des Etats-Unis a donné le menu de ce que cela pourrait signifier. Il s'agirait de frappes massives, par les aviations américaine et israélienne, sur les infrastructures énergétiques iraniennes et sur des sites civils comme les universités ou les ponts. Au regard du droit international, de telles frappes seraient assimilables à des crimes de guerre.

En Ukraine, Vladimir Poutine a mené la même politique de ciblage des infrastructures, à l'énorme différence près que la Russie bombarde les populations et les villes de façon indiscriminée, ce qui n'est pas le cas jusque-là en Iran. Environ 15'000 sorties aériennes ont été recensées depuis le 28 février par l'US Air Force et l'armée de l'air israélienne. Plus de 10'000 objectifs ont été ciblés, pour l'essentiel des sites militaires et sécuritaires, avec, en prime, des frappes destinées à décapiter le régime iranien en tuant ses dirigeants les plus importants.

La résistance, plus qu'un mot d'ordre

Comment celui-ci peut-il, dans ces conditions, continuer de résister? La réponse est triple, et c'est pour cette raison que la menace de Téhéran contre les pays du Golfe doit être prise très au sérieux. A ce jour, la capacité de Trump à imposer son ultimatum semble fort limitée, surtout après le sauvetage spectaculaire des deux pilotes américains tombés en Iran, que l'armée iranienne n'a pas été en mesure de récupérer à temps.

La première réponse tient au volume d'armement encore aux mains du régime, aujourd'hui dominé par les Gardiens de la révolution, c'est-à-dire par l'aile dure du pouvoir islamique. Après avoir prétendu dans les premiers jours du conflit que 90 à 95% des lanceurs de missiles iraniens avaient été détruits, les porte-parole du Pentagone reconnaissent aujourd'hui que 50% de ses lanceurs sont probablement encore opérationnels.

Il faut ajouter les drones Shahed, qui volent toujours vers leurs cibles dans les pays du Golfe, et les drones navals dont dispose la République islamique. Pour ce qui concerne la navigation dans le détroit d'Ormuz, cruciale pour rétablir la sécurité énergétique mondiale, la pose de mines reste une éventualité, de même que la mise à l'eau de vedettes suicides, armées de roquettes, pour couler les tankers non autorisés (ceux dont les armateurs n'ont pas obtenu le droit de passage de l'Iran). Premier levier de résistance donc: l'armement, et la capacité à plonger toute la région dans la guerre.

Pas de fracture parmi les mollahs

Deuxième réponse: l'absence, jusque-là, de fracture au sein du régime des mollahs. Il est bien sûr très difficile d'affirmer cela, compte tenu de l'opacité qui règne quant à ceux qui dirigent et gouvernent l'Iran aujourd'hui, après six semaines de frappes américaines et israéliennes. Mais la fracture tant espérée par Donald Trump, qui rêvait d'une solution «à la vénézuélienne», ne s'est pas matérialisée. Au Venezuela, l'actuelle vice-présidente a « sacrifié » le chef de l'Etat, Nicolas Maduro, capturé par les forces spéciales américaines le 3 janvier 2026.

Depuis, le régime fonctionne avec l'assentiment de Washington, sous surveillance. La faction «réaliste» l'a emporté. Rien de tel en Iran, où la théocratie des mollahs, en place depuis 1979, s'est construite en opposition viscérale aux Etats-Unis. Et d'ailleurs, quelle faction pourrait aujourd'hui faire confiance à Trump, dont l'avis change presque chaque jour?

Troisième levier de résistance pour les mollahs iraniens: leur contrôle implacable de la population, que Donald Trump avait appelée à se soulever dans un message posté sur les réseaux sociaux en janvier, puis en février, alors que la répression s'abattait après les protestations massives du début d'année. «Lorsque nous aurons fini, emparez-vous du pouvoir», avait-il même affirmé dans un message vidéo pour annoncer les frappes américaines, le 28 février.

Sauf que la réalité est tout autre: les 90 millions d'Iraniens ont peur. Les bombes pleuvent. Chaque jour ou presque, le spectacle de plusieurs pendaisons d'opposants est diffusé à la télévision d'État. Les miliciens du régime patrouillent dans les rues. Le calcul des Etats-Unis se trouve déjoué: les Gardiens de la révolution ne sont pas pris en étau entre leur peuple et les aviations américaine et israélienne.

Le poids des pays du Golfe

Reste enfin l'ultime raison de résister: le régime iranien sait que les Etats riverains du Golfe sont en position très difficile. Trump fait face à ses alliés, qui lui reprochent de les avoir entraînés dans cette guerre. Et même s'ils prétendent être prêts à intervenir militairement pour débloquer le détroit d'Ormuz, après avoir en vain fait appel à l'ONU, ces pays voisins du Golfe persique veulent que le conflit s'arrête.

Washington a donc les mains liées, d'autant que la situation énergétique et économique mondiale se détériore. La politique du pire fonctionne pour la République islamique, qui se ménage les faveurs des pays asiatiques, dont la Chine, en laissant passer leurs bateaux. Céder à Trump? Sauf si une révolution survient au sein du leadership iranien, cette option paraît, à ce jour, très peu probable.

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