Elles paralysent l'économie mondiale
Les mines marines sont le plus grand atout de l’Iran dans cette guerre

Les mines marines ne coûtent que quelques milliers de dollars l'unité, mais peuvent couler des superpétroliers. Dans le golfe Persique, les mollahs brandissent leur arme de guerre la plus redoutable.
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Des spécialistes américains s'entraînent avec une fausse mine maritime.
Photo: Andrew McKaskle
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Lino Schaeren

Téhéran joue des muscles dans le golfe Persique: la République islamique assouplit de manière sélective le blocus du détroit d’Ormuz tout en proclamant que cette voie maritime, la plus importante au monde, relève de sa seule souveraineté. Quiconque souhaite le traverser doit obtenir l'autorisation des Gardiens de la révolution et s'acquitter d'une somme pouvant atteindre deux millions de dollars.

Plusieurs pétroliers ont emprunté cette semaine la voie maritime avec l'autorisation des mollahs. Tous possédaient des liens avec des pays qui entretiennent des relations étroites avec l'Iran, tels que la Chine, l'Inde, le Pakistan ou la Thaïlande.

Les pétroliers ont dû choisir un nouvel itinéraire qui ne passe plus au milieu du détroit d'Ormuz, mais longe dangereusement les côtes iraniennes. Cette mesure est officiellement présentée comme une question de «sécurité», ce qui laisse supposer que l'itinéraire standard pourrait bien être miné.

L'arme qui préoccupe Trump

Les mines marines préoccupent particulièrement Donald Trump. Elles sont insidieuses car à peine visibles, peu coûteuses à produire et pourtant capables d'endommager, voire de détruire complètement un superpétrolier. La guerre au Moyen-Orient démontre qu'il n'est pas très difficile de paralyser entièrement des routes commerciales. La simple menace d'eaux infestées de mines suffit à mettre l’économie mondiale en état d’alerte.

Les tactiques iraniennes ont des conséquences mondiales. Près d’un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié transite par le détroit d’Ormuz en temps de paix. Face à la menace, le prix du pétrole et de l'essence a pris l'ascenseur, y compris aux Etats-Unis.

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Les mines marines sont faciles à poser et extrêmement difficiles à neutraliser
Philipp von Michaelis, directeur de GCS
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Trump a donc demandé à plusieurs reprises aux pays de l’OTAN et au Japon de contribuer à la sécurisation du passage. Il a notamment demandé le déploiement de dragueurs de mines. Mais ses alliés ont répondu par le silence, l'hésitation ou l'esquive. Personne ne souhaite se laisser entraîner dans une guerre avec l'Iran.

Trump abandonné par ses alliés

Pourtant, les Etats-Unis peuvent difficilement assumer cette tâche à eux seuls. Leurs capacités de lutte contre les mines marines ont été massivement réduites après la fin de la guerre en Irak en 2003. Outre les Etats-Unis, seuls la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas et le Japon disposent encore de capacités significatives. Philipp von Michaelis, directeur de la société Global Clearance Solutions (GCS), basée à Schwyz, met en garde: «Les mines marines sont faciles à poser et extrêmement difficiles à neutraliser.»

La société GCS est spécialisée dans le déminage terrestre. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’usage d’engins explosifs en mer Noire, Philipp von Michaelis et son équipe se concentrent de plus en plus sur les mines marines, tant pour leur détection que pour leur désamorçage.

Pour ce faire, ils utilisent principalement des drones – qu’ils soient aériens, flottants ou submersibles. La société GCS ne les développe pas tous en interne, mais adapte des modèles existants en les équipant de capteurs et de logiciels spécifiques. Selon Philipp von Michaelis, le principal défi ne réside pas dans le déminage, mais dans la détection: «Des zones comme le golfe Persique sont immenses, les inspecter systématiquement prendrait des mois.»

Déminage complexe

Et même lorsqu’une mine est localisée, il n'est pas rare d'en perdre rapidement la trace. Certains modèles sont solidement ancrés au fond de la mer, mais de nombreuses mines dérivent librement dans l’eau. Lorsque l'un d'entre elle est repérée, elle se volatise souvent avant même l'arrivée d'un navire spécialisé sur place.

Les mines explosent soit au contact direct d’un navire, soit via des capteurs qui réagissent au champ magnétique d'un navire ou à son hélice. C’est ce qui rend la conversion de bateaux en navire de déminage si complexe. Ces navires ne peuvent pas simplement détruire les mines sur place, mais doivent les emporter plus loin, en raison de leur énorme puissance de détonation. Et pour que leurs capteurs ne réagissent pas aux navires de déminage, des matériaux spéciaux sont utilisés lors de leur construction pour remplacer le métal.

L'arsenal militaire iranien est vraisemblablement bien approvisionné en mines marines. Selon Philipp von Michaelis, le régime des mollahs possède des modèles de fabrication locale ainsi que des mines provenant de Chine et de Russie.

Le danger persistera après la guerre

GCS est déjà active au Moyen-Orient depuis un certain temps. L'entreprise emploie des spécialistes dans la région et dispose d’un réseau de partenaires. Cependant, selon Philipp von Michaelis, aucune demande concrète concernant la sécurisation du détroit d’Ormuz n’a été formulée à ce jour.

Un tel engagement serait de toute façon difficile pour la Suisse à l’heure actuelle. D'une part, le déminage en zone de guerre est extrêmement complexe. D'autre part, un engagement de GCS au Moyen-Orient pourrait enfreindre les obligations de neutralité de la Suisse – cela pourrait être considéré comme du soutien à l'un des deux camps. Le directeur de GCS s'attend toutefois à recevoir des demandes une fois le conflit armé terminé. «Nous nous y préparons et réfléchissons aux solutions que nous pourrions fournir rapidement», déclare Philipp von Michaelis.

Même si les combats cessent un jour, le problème ne sera pas résolu pour autant. Les spécialistes suisses estiment que les mines du golfe Persique resteront actives longtemps après la fin de la guerre et que la zone nécessitera une surveillance continue, même après son déminage. «A long terme, il sera indispensable de garantir que la zone soit et reste exempte de mines», affirme le chef du GCS.

Le plus grand atout de l'Iran dans cette guerre

Donald Trump met pour sa part tout en œuvre pour lever le plus rapidement possible le blocus du détroit. Le président américain ne peut pas se permettre politiquement une fermeture prolongée. C’est pourquoi il négocie tout en menaçant de nouvelles attaques. Entre-temps, il s'est employé à déployer des milliers de marines dans la région et ordonner à des navires de guerre de patrouiller.

Mais même la plus grande puissance militaire mondiale ne peut pas faire grand-chose face à un danger invisible tapi au fond des mers. Le détroit d'Ormuz reste ce qu'il est depuis des semaines: un piège dont personne ne connaît encore d'issue convaincante, faisant de lui le plus grand atout de l’Iran dans cette guerre.

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