Donald Trump était évidemment informé de l’opération de secours menée samedi 4 avril pour récupérer le second pilote de l’avion F-15 perdu vendredi en Iran. Pourquoi affirmer cela d’emblée? Parce que, dans le cas contraire, le président des États-Unis n’aurait sans doute pas, dans un message posté sur son réseau Truth Social, redit qu’il «ouvrirait les portes de l’enfer» sur le pays si la République islamique ne rouvrait pas le détroit d’Ormuz avant l’expiration de son ultimatum, ce lundi 6 avril.
La capture par les Iraniens de l’officier américain secouru dans la nuit aurait en effet placé Trump dans une position très délicate. Le scénario du pire serait devenu réalité et les images des pilotes capturés lors des conflits perdus en Afghanistan ou au Vietnam auraient immanquablement refait surface. Téhéran se serait retrouvé, avec ce prisonnier de guerre, en position de force.
Sauvetage à hauts risques
Changement radical de situation après l’opération de sauvetage à hauts risques menée la nuit dernière par les forces spéciales et la récupération de ce colonel de l’US Air Force qui, pendant 48 heures, est parvenu à échapper à la traque lancée par les Iraniens. Malgré le déploiement de l’armée régulière dans les contreforts montagneux où son avion s’est écrasé, et malgré le quadrillage de la zone par des brigades de volontaires locaux, le colonel récupéré est parvenu – alors que beaucoup le donnaient déjà mort – à demeurer caché et à activer sa balise de localisation. «Nous l’avons! (…) Je suis ravi de vous apprendre qu’il est maintenant SAIN ET SAUF!», a écrit le président américain Donald Trump, ajoutant que le militaire avait été blessé. Des combats intenses auraient eu lieu sur la zone de sauvetage, conduisant, d’après les autorités iraniennes, à la destruction d’un deuxième avion. Ce qui n’a pas encore été confirmé.
Pourquoi ce changement ? Parce que Donald Trump vient, avec ce sauvetage réussi, d’empocher une victoire médiatique importante. Il y a fort à parier que, dans les heures ou les jours à venir, les deux pilotes secourus s’exprimeront dans les médias. Le président des Etats-Unis Donald Trump va pouvoir aussi vanter, comme il aime le faire auprès de son électorat MAGA (Make America Great Again), la puissance inarrêtable de l’armée américaine, «la plus puissante du monde». Et ce, pendant qu’il met à exécution – sur le terrain en Iran – une vague de bombardements qui n’a plus rien à voir avec les opérations aériennes menées depuis le 28 février, date du déclenchement de la guerre aux côtés d’Israel.
Plus de 10'000 frappes aériennes
Jusque-là, les quelque 10'000 frappes exécutées par les deux aviations avaient surtout pour but des objectifs militaires, politiques ou sécuritaires. Il s’agissait avant tout de décapiter la République islamique en tuant ses dirigeants et de la priver de ses moyens de riposte: drones, missiles, systèmes de communications. Une stratégie qui n’a pas empêché les Gardiens de la révolution de continuer à riposter, comme ils l’ont encore fait cette nuit en tirant des missiles sur Israël ou sur les pays du Golfe.
Les objectifs désormais sont a priori beaucoup moins «vendables» à une opinion américaine lassée des «guerres sans fin» menées ces deux dernières décennies par les Etats-Unis en Irak ou en Afghanistan: destruction des universités, frappes sur les ponts et les axes de communication, multiplication des cibles civiles... Un tournant qui – pour être négocié avec succès – exige de ne pas perdre d’hommes sur le terrain ou dans les airs, et de ne pas déclencher une crise économique et énergétique mondiale dans laquelle l’Amerique se retrouverait aspirée.
La capitulation, coûte que coûte
Trump doit donc obtenir coûte que coûte ce qu’il a promis à plusieurs reprises : la capitulation du régime islamique et la disparition consécutive de la « menace existentielle » que le programme militaire nucléaire iranien faisait peser sur Israël. « Les portes de l’enfer » qu’il compte ouvrir ont cet objectif. C’est une question de jours après six semaines de conflit, soit la durée initialement évoquée par le locataire de la Maison-Blanche. Son chef de la diplomatie, Marco Rubio, a lui aussi parlé, le 1er avril, de « deux à trois semaines » supplémentaires de frappes. Nous y sommes. La récupération à hauts risques des deux pilotes permet d’accélérer cette phase présumée finale.
L’enfer va ressembler à quoi? En plus des destructions massives d’infrastructures civiles, la volonté sera sans doute de plonger l’Iran dans l’obscurité en frappant les centrales électriques, y compris en forçant la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr à interrompre son activité. Cette centrale compte deux réacteurs – l’un en service depuis 2013, l’autre depuis 2019. Elle a déjà subi des frappes et une partie de son personnel russe vient d’être évacuée. Le risque est bien sûr maximal si une bombe venait à toucher l’un de ses réacteurs.
Récupérer les 440 kilos d’uranium
On peut penser que l’autre obsession de Trump et de son allié Benjamin Netanyahu va être maintenant de récupérer les 440 kilos d’uranium enrichi, susceptibles de permettre la fabrication d’une bombe atomique, que le régime iranien détient encore dans un lieu bien sûr tenu secret. Cela conforte l’idée d’un ou plusieurs assauts terrestres à venir. Les forces spéciales américaines et les milliers de Marines déployés sur l’armada aéronavale américaine présente dans le golfe Persique pourraient fondre sur plusieurs cibles: la cache présumée des cylindres contenant l’uranium enrichi, des cibles militaires le long du détroit d’Ormuz pour rouvrir le détroit, l’île de Kharg et son terminal pétrolier…
L’enfer, pour l’Iran, rime avec une nouvelle escalade. Problème: le régime des ayatollahs, désormais aux mains des Gardiens de la révolution, a pour l’heure choisi d’y répondre lui aussi par des frappes plus importantes contre les pays riverains du Golfe. Avec, en plus, un risque supplémentaire pour Donald Trump: s’il passe à l’acte avec des forces terrestres, le risque de pertes humaines ou de prisonniers américains deviendra exponentiel.