Un discours incendiaire. Au sens propre comme au sens figuré. Alors que certains pensaient qu’il pourrait annoncer aux Américains une trêve, ou une ouverture concrète vers de possibles négociations avec l’Iran, Donald Trump a fait le contraire. Un seul objectif dans les «deux semaines à venir»: plus de frappes et la volonté de «ramener l’Iran à l’âge de pierre où il appartient». «Nous allons finir le travail, et nous allons le faire très rapidement. Nous y sommes presque», a-t-il promis. Et d'ajouter: «Comme je l’ai déclaré lors de l’annonce de l’opération Fureur épique, nos objectifs sont très simples et clairs: nous démantelons systématiquement la capacité du régime à menacer l’Amérique ou à projeter sa puissance au-delà de ses frontières.» Au risque de provoquer encore plus un chaos économique mondial.
Au final? Ces cinq leçons doivent être retenues.
Trump veut la victoire totale
Certaines de ses déclarations antérieures laissent penser que le président des Etats-Unis déclarerait la victoire, puis annoncerait une trêve, voire un arrêt des hostilités. Il n’en est rien. Donald Trump veut la victoire totale. «Nous allons les frapper extrêmement fort. Au cours des deux à trois prochaines semaines, nous allons les ramener à l’âge de pierre, là où est leur place», a-t-il déclaré. Ironie de l’histoire, cette formule fut utilisée, durant la guerre du Vietnam, par le commandant en chef de l’aviation américaine, alors que son pays était en train de perdre sur le terrain face aux communistes vietnamiens. Pour Trump, en tout cas, le choix est clair: la première puissance mondiale doit l’emporter. Ce qui contredit, par défaut, son autre affirmation: «Nous avons vaincu et annihilé l’Iran», a-t-il asséné, «ce pays est anéanti, tant sur le plan militaire qu’économique». Alors, pourquoi continuer de le frapper?
Trump jure défendre les Américains
On sait comment la Republique islamique d'Iran, depuis sa fondation en 1979, marquée par la prise d'otages dans l'ambassade américaine de Teheran (finalement libérés après 444 jours de captivité et une opération de sauvetage ratée), a toujours diabolisé les Etats-Unis, présentés comme «le grand Satan». Donald Trump a fait de même, à sa manière, à propos de l'Iran, pour convaincre ses concitoyens du bien-fondé de sa guerre aérienne. «Ils étaient la terreur du Moyen-Orient, mais ils ne le sont plus, c'est un véritable investissement dans l'avenir de vos enfants et de vos petits-enfants (...) Ce soir, chaque Americain peut se réjouir à l'idée du jour où nous serons enfin libérés de la malveillance iranienne et du spectre du chantage nucléaire; grâce aux mesures que nous avons prises, nous sommes sur le point de mettre fin à la sinistre menace que fait peser l'Iran sur l'Amerique et le monde.» Le message est clair: ce conflit est bon pour les Etats-Unis.
Trump étrangle ses alliés européens
Le président a évité d’annoncer, comme certains le redoutaient, une rupture de l'OTAN (l'Alliance atlantique), ou un retrait américain de celle-ci. Mais sa colère contre ses alliés europeens est maximale. Le fait que la crise économique et énergétique menace l'Europe de plein fouet ne lui importe pas. Au contraire. Les Etats-Unis entendent bien profiter de ce chaos mondial.
«A ces pays qui ont refusé de participer à la décapitation de l'Iran, j'ai des suggestions: premièrement, achetez du pétrole aux Etats-Unis d'Amerique. Nous en avons en abondance. Et deuxièmement, faites preuve d'un peu de courage, même tardif. Vous auriez dû le faire avec nous comme nous vous l'avons demandé: allez dans le détroit, prenez-le, protégez-le, utilisez-le pour vous-mêmes», a lancé Trump.
La volonté de profiter de cette guerre pour étrangler les Europeens est évidente. Tant pis pour eux: «Les Etats-Unis n'ont jamais été aussi bien préparés économiquement pour faire face à cette menace», a-t-il affirmé. «Nous nous portons beaucoup mieux que je ne le pensais. Nous avons dû faire ce petit détour par l'Iran pour nous débarrasser de cette horrible menace, mais notre économie est solide et s'améliore de jour en jour, et elle va bientôt rebondir comme jamais auparavant.»»
Trump veut un Iran à genoux
«Si nous les voyons faire le moindre geste, même un simple geste, nous les frapperons à nouveau très durement avec des missiles. Nous avons toutes les cartes en main. Ils n’en ont aucune.» La formule n’est pas nouvelle. Mais devant les Americains, Trump a joué à fond la carte militaire alors qu’il laissait entendre, depuis des jours, que des négociations avaient lieu, parlant même d’un «troisième régime iranien» au pouvoir, après la mort de nombreux dirigeants de la Republique islamique.
A-t-il des informations sur la chute prochaine du régime? Pense-t-il qu’une partie du leadership iranien va faire sécession et capituler? Sait-il que l’Iran, malgré les nouveaux tirs de missiles et de drones cette nuit contre Israel, va s’écrouler? Pour l’heure, les marchés financiers parient, il est vrai, sur une fin rapide du conflit. Le délai de deux semaines conduit à la mi-avril. Et après, que se passera-t-il si la guerre se poursuit?
Trump ne lâche pas Israël
C’était l’une des grandes questions. Donald Trump allait-il, dans son discours, mettre fin à une guerre présentée par des influenceurs conservateurs aussi puissants que Tucker Carlson comme «la guerre d’Israel»? Non. Tant pis pour les pays arabes alliés des Etats-Unis, que Trump a remerciés et promis d’aider alors qu’ils affrontent une crise économique majeure, endurent des attaques incessantes et sont confrontés à un choc économique majeur.
Trump a qualifié la guerre de «véritable investissement» pour les générations futures et a remercié nommément Israel, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, le Koweit et Bahrein. Ces derniers pays, a-t-il jugé, «ont été formidables, et nous ne les laisserons pas être touchés, sous quelque forme que ce soit». La menace nucléaire de l’Iran contre Israel a, en revanche, été peu évoquée dans le discours. «L’on ne pourra jamais faire confiance à l’Iran pour détenir des armes nucléaires», a-t-il évoqué de façon ambiguë. Pas un mot, par ailleurs, sur les 440 kilos d’uranium enrichi toujours détenus par la Republique islamique. Et rien sur une possible intervention terrestre américaine pour s’en emparer ou pour prendre le contrôle du terminal pétrolier de l’île de Kharg.