Donald Trump est en train de faire un cauchemar. Ce cauchemar porte un nom: l'opération «Eagle Claw» (les serres de l’aigle), qui avait échoué les 24 et 25 avril 1980 à récupérer les 53 otages américains retenus dans l’ambassade de leur pays à Téhéran par les Gardiens de la révolution. Echec militaire. Echec logistique. Et échec géopolitique. La République islamique, née en 1979, avait alors tenu tête aux forces spéciales du Pentagone, avec l’aide d’une opportune tempête de sable. Le démocrate Jimmy Carter, alors président en fin de mandat, ne s’était jamais relevé de cette humiliation. Le 20 janvier 1981, jour de l’investiture du nouveau président républicain Ronald Reagan, les ayatollahs relâchaient leurs otages après 444 jours de captivité…
Ce cauchemar, dans l’Iran de 2026, peut à tout moment se reproduire si l’US Air Force ou l’aviation israélienne perdent un de leurs appareils, victime d’un tir ennemi ou d’un accident, et que leurs pilotes ne sont pas aussitôt récupérés. Or, c’est exactement ce qui est en train de se passer. Washington était encore plongé dans la nuit lorsque, vers 9 heures du matin, heure suisse, ce vendredi 3 avril, les médias d’Etat iraniens annoncent le crash d’un F-15E Strike Eagle du 494ème escadron de chasse américain, basé à Lakenheath, en Angleterre.
Défense antiaérienne
Selon Téhéran, cet appareil aurait été visé avec succès par un missile antiaérien. Mais même si la vérité est différente, et que la cause du crash devait s’avérer accidentelle, Donald Trump va mal dormir. Après la récupération de l’un des deux pilotes, la perte du second, voire sa capture par les Gardiens de la révolution, sonnerait en soi une défaite politique majeure.
Une image remonterait alors à coup sûr à la surface, dans les médias et dans l’opinion américaine: celle des pilotes américains capturés par les communistes lors de la guerre du Vietnam. A commencer par l’image du plus célèbre d’entre eux: John McCain, dont l’avion de chasse fut abattu par la DCA vietnamienne en octobre 1967, lors de l’opération «Rolling Thunder» («Tonnerre roulant»), de bombardement massif du nord du pays. Devenu ensuite un ténor du Parti républicain, sénateur de l’Arizona, McCain fut candidat malheureux à la présidence des Etats-Unis en 2008, contre Barack Obama. Il était à tous égards l’anti-Trump: un vrai «héros américain», ouvert à des compromis bipartisans et favorable à une alliance étroite avec les Européens au sein de l’OTAN.
Plus de contrôle total du ciel
Un pilote perdu en Iran, ou pis encore capturé par les Iraniens, mettrait aussi l’Etat-major américain dans une situation inédite. Impossible de revendiquer le contrôle total du ciel, alors que déjà le Pentagone reconnaît n’avoir détruit que la moitié, ou au mieux les deux tiers, des lanceurs de missiles de la République islamique. La preuve serait à nouveau apportée des erreurs du renseignement de la coalition américano-israélienne, après les frappes du 28 février qui tuèrent, à Téhéran, le Guide suprême Ali Khamenei. Pour rappel: des drones Shahed iraniens continuent d’être tirés chaque jour sur les pays du Golfe et sur Israël. La capacité ballistique de l’Iran n’a pas été anéantie. La possibilité de voir les Gardiens de la révolution activer des mines ou des drones navals dans le détroit d’Ormuz, crucial pour le trafic pétrolier et gazier, demeure réelle.
Que peut faire Trump dans ces conditions? Avec un pilote entre leurs mains, les Iraniens disposeraient d’une «carte majeure», pour reprendre le langage du président américain. La négociation qui peut être engagée, de façon souterraine, via le Pakistan, changerait radicalement de nature. Une arme de communication massive serait entre les mains de la République islamique.
La guerre changera de cours
Un seul pilote capturé par l’Iran et le cours de la guerre pourrait être modifié. Il est trop tôt pour l’affirmer. Mais cette hypothèse est d’autant plus sur la table que Washington continue de semer le chaud et le froid sur une possible intervention terrestre. Or, tout assaut héliporté ferait courir encore plus de risques aux pilotes engagés. Lors de la capture de l’ex-président vénézuélien Maduro, le 3 janvier 2026, le pilote de l’hélicoptère principal avait reçu plusieurs balles, sans lâcher les commandes. Trump l’a depuis honoré publiquement. S’il était mort ou s’il avait été capturé, le cours de l’histoire aurait assurément changé.