Alors que le conflit contre l'Iran s'enlise, Donald Trump veut sortir de la guerre le plus vite possible. Une volonté compréhensible: le prix de l'essence augmente aux Etats-Unis, les stocks de munitions se vident, de nombreux anciens alliés désapprouvent les actions menées dans le Golfe persique.
Le moyen le plus rapide de mettre fin à cette guerre serait de la perdre. Mais c'est hors de question pour le président américain, obsédé par son avidité de victoire. Trump veut encore rapidement «renvoyer l'Iran à l'âge de pierre», comme il l'a annoncé dans la nuit de mercredi à jeudi. Dans son plan, le retrait des soldats américains suivrait rapidement – même avec le régime actuel de Téhéran et malgré le blocage du détroit d'Ormuz. Si Trump met ce plan à exécution, ce serait non seulement dangereux pour l'Amérique, mais aussi fatal pour l'Europe.
Il ne lui reste guère d'alternatives. Les négociations avec les représentants du nouvel ayatollah, Mojtaba Khamenei, sont au point mort. Une invasion terrestre ou même une attaque sur l'île pétrolière iranienne de Kharg serait extrêmement risquée pour les Etats-Unis et ferait encore grimper les prix du pétrole. Et surtout, le statu quo deviendrait rapidement hors de prix pour Washington: selon le Center for International and Strategic Studies, la guerre coûte chaque jour plus de deux milliards de dollars aux contribuables américains.
Le retrait semble donc être la seule option. Mais un problème subsiste: il est peu probable que l'Iran reste immobile après un retrait américain. Les attaques massives de l'alliance américano-israélienne ont encore radicalisé le régime. Téhéran instrumentalise la frappe sur une école de Minab, qui a causé la mort de plus de 160 enfants, pour attiser la haine envers les agresseurs.
Sept millions d'Iraniens prêts au combat
Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a souligné cette semaine que l'Iran avait tiré les leçons des précédentes guerres américaines au Proche-Orient et avait décentralisé ses structures militaires ainsi que ses dépôts d'armes. Malgré l'impact médiatique retentissant des frappes sur Téhéran, le régime n'en est pas ressorti significativement affaibli.
Après le discours de Trump, un porte-parole de l'armée iranienne a juré aux Etats-Unis que l'Iran continuerait à se battre «jusqu'à l'humiliation et la capitulation» de ses ennemis. Selon le président du Parlement Mohammad Ghalibaf, plus de sept millions d'Iraniens se sont déclarés prêts à poursuivre la lutte contre l'Amérique.
Pays du Golfe fragilisés
Les pays du Golfe seraient particulièrement touchés. Leur modèle économique – basé sur la stabilité, la sécurité, les plages de palmiers et le luxe – est déjà sérieusement endommagé. Tant que la menace des drones et des missiles iraniens persistera, les investisseurs et les touristes risquent de se détourner. Goldman Sachs estime que l'économie de l'Arabie saoudite, de Dubaï et du Koweït pourrait se contracter de 5 à 14% en 2026 si le conflit perdure ne serait ce que jusqu'à la fin du mois.
Il reste donc deux options pour le Golfe: soit faire pression sur les Américains pour qu'ils poursuivent la guerre jusqu'à la chute du régime iranien, soit expulser les Etats-Unis et leurs 40'000 à 50'000 soldats de la région. Jusqu'à présent, l'Iran a concentré ses attaques sur les bases américaines ou les hôtels où la présence américaine était supposée. En renvoyant les soldats américains chez eux, le message aux mollahs serait clair: il n'y a plus de cibles légitimes chez nous.
L'Iran a assuré aux Etats du Golfe qu'il était disposé à une collaboration constructive et qu'il succéderait volontiers à Washington en tant que puissance protectrice dans la région. Selon Muhammad Ghalibaf, l'ancien système centré sur les Etats-Unis est dépassé. «Nous pouvons créer ensemble des conditions sûres et stables pour les investisseurs», poursuit le président du parlement iranien.
Le danger se rapproche de la Suisse
Pour les Etats-Unis, une éviction du Golfe équivaudrait à une humiliation historique. On peut en outre se demander si les Saoudiens, par exemple, réaliseraient effectivement les 600 milliards d'investissements promis aux Etats-Unis d'ici la fin du mandat de Trump. Ou encore si les Qataris offriraient vraiment l'avion présidentiel à 400 millions de dollars promis à Trump.
Pour l'Europe, un retrait prématuré des Etats-Unis serait extrêmement dangereux. Le risque d'attentats terroristes contre des cibles américaines ou proches des Etats-Unis augmente. De plus, certains missiles iraniens peuvent atteindre l'Europe.
Des entrepôts d'armes et des bases américaines se trouvent également à proximité immédiate de la Suisse – par exemple dans les villes allemandes de Stuttgart et Garmisch ou sur la base aérienne militaire de Ghedi en Italie. Du point de vue de Téhéran, il s'agirait d'objectifs légitimes, surtout si Trump retirait ses troupes du Proche-Orient et si l'Iran cherchait à se venger ailleurs.
Donald Trump pourrait malgré tout retirer les troupes américaines. Mais cela ne suffirait probablement pas à mettre fin à la guerre.