La machine militaire iranienne est totalement détruite. C’est en tout cas ce que Donald Trump a affirmé devant ses concitoyens mercredi 1er avril, lors de son allocution télévisée. Promettant de faire retourner le pays «à l’âge de pierre» à coups de frappes, notamment sur les infrastructures énergétiques si la République islamique ne plie pas, le président des Etats-Unis a vendu à son opinion une victoire imparable. Problème? La réalité des capacités de destruction iraniennes, après plus d’un mois de guerre, est bien supérieure aux affirmations de Trump.
Première affirmation qui ne veut rien dire: l’annonce de la destruction totale de la marine iranienne. Répétée depuis le début de la guerre par Trump, son secrétaire à la Défense Pete Hegseth et son chef de la diplomatie Marco Rubio, cette annonce n’est en rien une victoire. Même si le commandant de la marine des Gardiens de la révolution, Alireza Tangsiri, a bien été tué dans une frappe le 29 mars, le vrai danger provient d’un arsenal maritime iranien pas encore détruit.
Tunnels sur la mer
Le régime dispose en effet de nombreuses vedettes rapides entreposées dans des tunnels avec accès à la mer, et celles-ci peuvent être transformées en bateaux kamikazes, comme l’ont fait dans le passé les Houthis du Yémen, alliés à Téhéran. L’Iran dispose aussi de mines qui peuvent être libérées dans le détroit d’Ormuz, et de sous-marins de poche. Il est même possible aux Iraniens, selon des experts maritimes, de télécommander ces vedettes rapides: l’une sert de pilote à distance, les deux autres sont armées de roquettes. Le risque est maximal.
Seconde mauvaise surprise que l’Iran et ses forces de sécurité (Gardiens de la révolution et armée) peuvent réserver aux Américains et aux Israéliens: les embuscades et les pièges le long du littoral du détroit d’Ormuz, très escarpé et montagneux. C’est d’ailleurs pour cela que Donald Trump, sans doute briefé par son état-major sur les difficultés d’une opération militaire terrestre, même localisée, laisse désormais le sort de ce détroit dans les mains des Européens. A eux de rouvrir ce couloir de navigation crucial s’ils le veulent! A leurs risques et périls! L’équation vaut aussi pour l’île pétrolière de Kharg. En théorie, les Marines et les forces spéciales peuvent s’en saisir, mais après, quid d’éventuels sabotages à retardement ou de tirs de drones ou missiles iraniens?
Menace des drones
La troisième surprise est celle que les Américains, comme les Israéliens, n’avaient pas anticipée. Il s’agit de la menace aérienne iranienne, par le biais des missiles et des drones, en y ajoutant les roquettes tirées vers Israël par le Hezbollah chiite libanais, ou les missiles tirés par les Houthis du Yémen. Après un mois de guerre, les Américains reconnaissent qu’ils n’ont sans doute éliminé que la moitié des lanceurs de missiles. A l’évidence, des milliers de drones Shahed restent disponibles et opérationnels, peut-être acheminés via des tunnels depuis le territoire des pays frontaliers de l’Iran comme l’Irak. Certains médias spécialisés affirment que la Russie, qui produit les drones Geran-2 copiés sur le Shahed, en aurait stocké en pièces détachées, qui peuvent être montées en quelques heures. Les trois semaines de guerre supplémentaires vont-elles permettre d’éliminer la menace des Shahed? Sûrement pas.
Dernière surprise: l’électricité. Donald Trump a promis de frapper les infrastructures énergétiques de l’Iran pour obliger le régime à capituler. Mais s’en prendre à de telles cibles revient à commettre des crimes de guerre, exactement comme l’a fait Vladimir Poutine en Ukraine. En plus, c’est la population iranienne qui paiera ces frappes. Mieux: le régime iranien aura alors une excuse parfaite pour s’en prendre aux infrastructures similaires des pays du Golfe, voire à leurs usines de dessalement. L’Iran sera peut-être à genoux. Mais si Trump continue cette guerre, ses voisins du Golfe paieront le prix de sa chute en termes de destructions et de dégâts économiques.